0% de réussite au BTS AVA : rectorat et CFA de Saint-Pierre se renvoient la balle

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Incroyable mais vrai ! Ce BTS AVA (Après Vente Automobile) existe depuis au moins quatre ans au CFA de Saint-Pierre. Mais depuis sa création, tous les étudiants inscrits, sans exception, ont systématiquement raté leur examen au terme de leur formation. Pourquoi ? « C’est pas moi, c’est lui ! » se défend le CFA de Saint-Pierre qui conseille de regarder en direction du rectorat responsable de l’organisation du jury d’examen. Lequel rectorat, à son tour, renvoie la balle au CFA de Saint-Pierre.

Pendant ce temps, cabris (en l’occurrence les étudiants et leurs parents) i mangent salade. Personne ne bouge. Et la vie continue, comme si de rien n’était, pour l’administration, qui fait la sourde oreille au même titre que la direction du CFA de Saint-Pierre.

Les jeunes Réunionnais quant à eux se retrouvent presqu’à la rue sans savoir à quel saint se vouer. Direction Pôle emploi. Le début d’une longue galère. Celui aussi d’un casse-tête sans nom pour des parents dépités qui ne cessent de frapper vainement aux portes closes, un peu comme s’ils pissaient dans un violon.

C’est le cas de Mme Marie-Pascaline Hoareau, maman de Mike (voir notre photo) qui a passé sans succès son examen, le fameux BTS AVA. Un échec, ça peut évidemment arriver à n’importe qui. Sauf que là, l’insuccès frappe tous les étudiants. Et pas seulement ceux de la dernière session en date, mais tous les étudiants depuis qu’existe ce BTS au CFA de Saint-Pierre.

Raison pour laquelle, Mme Hoareau ne veut pas croire à la fatalité, à l’incompétence de son fils. « On aurait pu dire que mon fils n’a pas bossé comme il le faut, que pour des raisons diverses il a raté son examen, mais on ne va pas me faire croire que tous les étudiants de ce BTS sont à ce point aussi nuls ». Marie Pascaline Hoareau, une maman qui travaille dur pour élever ses 3 enfants, ne veut pas laisser tomber « cette affaire ». Elle se bat depuis un peu plus de deux mois pour comprendre. Pour obtenir « justice ».

Le 25 septembre dernier, elle a écrit au ministre de l’éducation nationale afin de porter au niveau national ce qu’elle qualifie dans son langage de « choses anormales » ou encore de « dysfonctionnements » concernant l’organisation de cet examen. Mme Hoareau ne juge pas le BTS en lui-même. Elle fait confiance aux enseignants. Les étudiants eux mêmes, dont son fils, estiment que l’enseignement dispensé « est bon ». Ils en veulent pour preuves les observations faites par les professionnels qu’ils ont eu l’occasion de côtoyer durant les deux années de leur formation. Mais là où le bât blesse, c’est au moment de l’examen qui se déroule à Saint-Denis, dans les locaux du lycée Georges Brassens, le deuxième établissement de l’île où est également dispensé cette formation. « Comme par hasard, chaque année, tous les étudiants qui sont reçus sont issus de cet établissement », explique Mme Hoareau. « 60% de réussite chaque année à Brassens, 0% au CFA de Saint-Pierre », alerte la maman de Mike qui ne comprend pas le silence de la direction du CFA de Saint-Pierre et « les explications ambigües » d’un fonctionnaire du service de la Direction des examens et concours (DEC) qu’elle a pu rencontrer au rectorat de Saint-Denis.

Au ministre de l’éducation nationale, Mme Hoareau ne cache pas ses mots. Elle considère que « tout est fait volontairement pour privilégier les étudiants de Brassens au détriment de ceux du CFA de Saint-Pierre ». Mme Hoareau parle carrément de « discrimination » et souhaiterait vivement que l’administration « se bouge » sur ce dossier afin d’éviter « un gaspillage d’argent public ». Son raisonnement est simple : « ce BTS du CFA de Saint-Pierre est financé avec l’argent des contribuables. Si aucun des étudiants n’obtient son examen en fin d’année et si toute la réussite n’est que pour Brassens, pourquoi donc garder ce BTS à Saint-Pierre où les jeunes sont considérés, avant même de passer leur examen, comme des incapables ? Ce serait vraiment dommage d’en arriver à là, mais si personne ne fait rien, il faut reconnaître que le système prépare nos jeunes de 18 à 25 ans au chômage. Tout le monde s’en lave les mains. Ils sont assis dans leur bureau climatisé et n’ont rien à cirer de l’avenir de nos marmailles alors qu’ils sont payés pour veiller au bon déroulement des examens, pour voir s’il n’y a pas discrimination, de favoritisme entre un établissement par rapport à un autre ».

Mme Hoareau ne s’explique pas comment « des étudiants peuvent être moyens voire même bons ou très bons durant toute leur formation, ils sont félicités par leurs professeurs et leurs maîtres de stages et, arrivés à l’examen, ils se payent des 0,75 sur 20. De l’avis même des enseignants du CFA de Saint-Pierre et des professionnels qui ont suivi nos gamins, c’est du n’importe quoi, c’est du foutage de gueule ». Toujours selon la maman de Mike, qui s’appuie sur les témoignages des étudiants, « le jour de l’examen à Saint-Denis, il y avait des enseignants de Brassens dans le jury, qui faisaient passer les épreuves orales aussi bien aux BTS de Saint-Pierre qu’à ceux de leur propre établissement. C’est du parti pris flagrant ».

Selon des étudiants de Saint-Pierre, « le jour de l’examen, les profs et les élèves de Brassens n’ont pas cessé de nous narguer en nous disant que pour nous c’était mort, qu’il ne fallait rien espérer ».

Mme Hoareau explique que le 30 août dernier, suite à de multiples sollicitations de sa part, elle a pu décrocher un rendez-vous auprès du rectorat avec des fonctionnaires chargés de l’organisation des examens dont le BTS AVA. « Nous avons rencontré un des responsables du service, Mr Lau-Wen-Taï. J’étais partie avec des témoins. Ce monsieur nous a conseillé de voir auprès du CFA de Saint-Pierre. Il nous a laissé entendre que les enseignants du CFA, qui ont plus l’habitude des Bac Pro, n’étaient peut-être pas habilités à enseigner en BTS, ce qui expliquerait les échecs au BTS AVA de Saint-Pierre… »

« Dysfonctionnements, anomalies, discrimination »

 Parallèlement aux démarches entamées par sa mère, l’étudiant Mike Hoareau a lui aussi écrit plus de trois courriers au recteur de l’académie de la Réunion Mr Vellayoudom Marimoutou pour attirer son attention sur « les anomalies » survenues lors de l’examen. « Lors de l’épreuve Activités-Maintenance-véhicule, le professeur qui était présent et qui m’avait examiné m’a dit que ma note dépendra d’un autre professeur qui, lui, n’était pas présent », relève le jeune Tamponnais. Qui précise par ailleurs : « lors de mon épreuve d’analyse système et contrôle performance, j’ai rendu une copie parfaite et l’examinateur m’a même dit que j’allais avoir facilement au moins 14 sur 20. Or, sur mon relevé de notes, c’était écrit 05,50/20 ». Mike Hoareau a également saisi le Tribunal administratif de Saint-Denis le 27 septembre dernier. Lequel a bien enregistré la requête le 13 octobre et se donne un délai de 60 jours pour l’examiner. Quant au ministre de l’éducation nationale, toujours pas de réponse à ce niveau.

Freedom a appelé l’académie de la Réunion et, plus précisément le service des examens, pour en savoir plus. Nous avons eu au téléphone Mr Lau-Wen-Taï. Ce dernier nous a dirigé vers le service Communication du rectorat, indiquant qu’il n’était pas habilité à nous répondre.

Nous avons alors contacté le service Communication du rectorat. Sa responsable nous a gentiment expliqué que « toutes les précautions ont été prises pour les examens afin d’éviter des dysfonctionnements » et que pour les BTS, « le jury était présidé par un universitaire » et qu’il était composé « aussi bien d’enseignants de la Réunion que de métropole, sans oublier les professionnels du secteur ».

Et pour le BTS AVA, y’avait-il également des enseignants de Brassens dans le jury ? « Non, ce n’est pas possible. Je ne le pense pas… Je pense qu’il faut voir le problème du côté du CFA… Il ne faut pas jeter le discrédit sur l’académie de la Réunion qui a fait son travail ».

Freedom a alors pris contact avec la direction du CFA de Saint-Pierre. Le directeur de cet établissement, Gérard Dijoux, a bien voulu nous consacrer quelques minutes de son emploi du temps. Il est effectivement au courant du 0% de réussite au BTS AVA mais balaye d’emblée d’un revers de main toute critique qui pourrait mettre en cause l’enseignement au sein du CFA de Saint-Pierre. En revanche, dit-il, « je ne connais pas précisément la composition du jury pour cet examen. C’est le rectorat qui est responsable de la composition du jury. En tant que directeur, je fais de mon mieux avec les moyens qu’on a, nous y mettons toute notre bonne volonté, tout notre enthousiasme… Si le résultat est négatif, je le déplore. Mais je répète que moi je suis responsable de la formation, mais pas de la composition du jury. Je ne suis pas l’instance validante, je n’y peux rien ». Autrement dit, chaque chose a sa place et les vaches seront bien gardées. Lui, en tant que directeur du CFA, fait comprendre qu’il n’a rien à se reprocher même si le BTS AVA a toujours connu un taux de réussite de 0% depuis sa création. Idem du côté du rectorat qui se disculpe de toute responsabilité dans le taux d’échec des étudiants du CFA de Saint-Pierre à cet examen. C’est pas moi, c’est lui ! Des deux côtés, on se renvoie la balle. Et les étudiants ainsi que leurs parents sont pour leur part condamnés, un peu comme à une partie de ping-pong ou de tennis, à regarder un coup vers le Nord (rectorat), un coup vers le Sud (CFA de Saint-Pierre) mais sans pour autant obtenir une réponse précise à leurs interrogations.

Aux dernières nouvelles, Mike pointe à Pôle Emploi. Certains de ses camarades tout aussi déçus que lui sont partis en métropole via le Cnarm pour tenter une autre formation. Et de nouveaux lycéens se sont inscrits au BTS AVA de Saint-Pierre. Pour quel taux de réussite cette fois-ci? Une vraie bataille du pot de terre contre pot de fer, comme il en existe beaucoup dans notre société. Les parents des étudiants du BTS AVA de Saint-Pierre devraient peut-être interpeller les parlementaires de la Réunion afin de porter ce problème auprès du gouvernement, lequel interpellera à son tour le préfet qui, seul, pourrait faire bouger les choses pour que les jeunes du CFA de Saint-Pierre n’aillent plus systématiquement au « casse-pipe », qui, plus est dans une espèce d’indifférence quasi totale, au terme de leur formation en BTS AVA. A suivre !

Y.M.

([email protected])

 

4 Commentaires

  1. je crois qu’il faut mettre en lumière les lacunes des élèves qui viennent de BAC PRO la majorité en obtenu le bac mais juste pour dire qu’il ont un diplôme. 1% a un niveau pour suivre les études du BTS car les épreuves reste nationale et c’est assez costaud quand vous comparez au bac pro avec les ccf à la carte on est comme au resto si ça ne vous plait pas on vous sert un autre sujet mais c’est le système qui veut ça le rectorat le ministère etc.. bref la politique du chiffre.

  2. Sachez cher monsieur Mont-Rouge que les parlementaires et même bien plus que ceux la on déjà été saisis. Monique Orphé député de l’ancien gouvernement, Ericka Bareigts ministre de l’outre mer, Belgacem ministre de l’éducation nationale, Didier Robert président de région, Bernard Picardo président de la chambre de métiers, monsieur Dijoux directeur du CFA, François Hollande président de la république, Emmanuelle Macron, les recteurs de l’académie : Thierry Terret, Marimoutou, le ministre de l’éducation nationale Jean Michel Blanquer. Tous sont restés dans le mutisme total.
    Le CFA de Saint Pierre présente en ce qui concerne le bac pro ainsi que bts Ava une carence évidente dans l’enseignement professionnel, le programme de formation est un programme fantôme. Et bien plus grave encore, tout le personnel de cet établissement ainsi que nos jeunes apprentis se trouvent en situation d’insécurité majeur puisque le bâtiment campus pro fait l’objet d’une interdiction réglementaire d’utiliser ses locaux. Ce bâtiment menace de s’effondrer.
    Alors pour citer les paroles de la directrice de formation de la chambre de métiers quand je lui ai fait part du dysfonctionnement du CFA : « je n’ai jamais vu ça, mais que peut on faire ? »

  3. Bjr quand je lie cette article,Je constate que l’injustice envers les petits existera toujours, et pourtant on a un recteur réunionnais….. je vous encourage madame de continuer votre démarches pour l’avenir de votre enfant ….

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