7e circonscription : la grande victoire du « ras-le-bol » politique !

dans Edito de Yves Montrouge/Législatives/Politique

Tout triomphalisme serait complètement dépassé pour ne pas dire insolent au regard des résultats qui sont tombés hier soir au terme du premier tour de la législative partielle qui s’est déroulée dans la 7e circonscription. Insolent, parce que le verdict sorti des urnes est tout simplement méprisant pour la chose politique et celles et ceux qui la représentent ou la représentaient à travers leurs candidatures. Une vraie claque au civisme. Une défiance. Une méfiance. Une désaffection entre la population et celles et ceux qui sont censés les diriger demain. Un désintérêt qui en dit long. Plus que ça encore : une rupture de confiance totale entre les électeurs et la politique. Ce premier tour du scrutin dans la 7e circonscription ne permet de tirer aucun enseignement fondamental quant aux échéances à venir, à savoir les municipales de 2020 et les régionales et départementales de 2021 pour une raison simple : une participation ridicule de seulement 20,63%.

« Rupture de confiance »

Pas besoin d’être grand clerc, ni d’avoir fait l’ENA pour comprendre ce « ras-le-bol » de la population face aux politiques. Le rejet est flagrant. Méprisant même. Le message est on ne peut plus clair : le peuple ne croit plus en la politique et aux élus. Les chiffres sont parlants. Dans cette 7e circonscription qui compte 8 cantons (Saint-Paul 4 et 5, Trois-Bassins, Saint-Leu 1 et 2, Les Avirons, l’Etang-Salé, Saint-Louis 1), 111 889 électrices et électeurs étaient appelés aux urnes, hier, dimanche, pour ce premier tour de la législative partielle se déroulant suite à la destitution du député sortant, Thierry Robert, par le Conseil Constitutionnel pour manquements à ses obligations fiscales.

Or, sur ces 111 889 personnes inscrites, moins de 10 000 se sont déplacées aux urnes pour accomplir leur devoir civique. Le taux d’abstention s’élève ainsi, à l’issue de ce premier tour, à 76,85%. Il était de 67% au premier tour du scrutin des législatives dans cette même circonscription en 2017 (contre 60% au second tour). De façon plus générale, ce phénomène d’abstention va en s’empirant dans le sens où il ne cesse de grimper dans le département : 65% aux législatives de 2017 dans toute l’île, alors que ces élections se déroulaient dans la foulée de la présidentielle. Même les municipales ne passionnent plus : 53% d’abstention lors des dernières échéances en 2014. Ne parlons même pas des Européennes où l’abstention culmine jusqu’à 80%.

Les résultats de la 7e circonscription peuvent servir de loupe pour analyser ce phénomène. Les électeurs ne se retrouvent plus dans ce paysage politique brouillé par tant d’opportunisme et dans lequel l’individualisme tend à primer de plus en plus sur l’intérêt général. Chacun essaye de défendre son bout gras avant de penser collectif. Les querelles de personnes dominent la vision de l’intérêt commun.

Les électeurs constatent aussi l’impuissance des politiques à faire bouger les lignes face à une technocratie puissante qui, tapis dans l’ombre des ministères, pondent des réformes complètement déconnectées de la réalité du terrain et des besoins réels d’une population en souffrance sociale dont les doléances sont quasiment systématiquement « zappées ». Il y a cette impression, sorte de défaitisme ambiant, selon laquelle « plus rien ne changera » quels que soient les politiques en place puisque, de façon générale, que ce soit la gauche ou la droite ou encore Macron (c’est-à-dire ni droite, ni gauche). les maux de notre société ne font qu’empirer : le chômage, la baisse du pouvoir d’achat. Les plus démunis ont vraiment le sentiment de prêcher dans le désert politique ou de pisser dans un violon tant leur vie quotidienne demeure toujours difficile : baisse des petites retraites, suppression de l’aide au logement, disparition des contrats aidés…

« Aurélien Centon, le 3e homme »

C’est dans ce sentiment général d’abandon qu’il faut sans doute aller chercher la signification du score réalisé, hier soir, par Aurélien Centon, le « 3e homme » de ce premier tour : 15,77% des suffrages. Il lui manquait moins de 500 voix pour se retrouver en finale. Le jeune homme de 27 ans qui travaille bénévolement au service des plus faibles a réalisé l’exploit d’arriver en tête dans 3 cantons (24,15% à Saint-Paul 1 et 2) et (35,45% à Trois-Bassins). Il a mené une campagne électorale sans de véritables moyens mais plutôt « ek lo ker ». Aurélien Centon a incontestablement fédéré les plus vulnérables, ceux qui espèrent que le salut politique viendra du combat social. Mais ce n’est manifestement pas suffisant pour changer le cours des événements. Qu’adviendra-t-il de ses 15,77% ? Bien malin celui qui pourra le dire ! Aurélien Centon a bien laissé entendre hier soir qu’il ne donnera pas de consigne puisque ce « vote » ne lui appartient pas et que « les électeurs étaient libres ». On imagine que son téléphone a dû sonner plus d’une fois cette nuit, que les sollicitations doivent être multiples. Aurélien Centon doit être, depuis hier soir, l’homme le plus courtisé de cette 7e circonscription, mais se risquera-t-il à ce petit jeu politique qui tend de plus en plus à devenir la règle générale, à savoir dire une chose et son contraire ? Aurélien Centon s’est toujours gardé de faire de la politique politicienne. S’il s’est lancé dans la compétition politique en étant d’ailleurs le premier à se déclarer candidat dans cette 7e circonscription, suite à la destitution de Thierry Robert, c’était justement pour se démarquer des autres « politiciens ». Il va sans dire que s’il appelle publiquement, cette semaine, à soutenir tel ou tel candidat, sa cote de popularité pourrait être écornée. Il perdrait ainsi ce « capital » confiance en vue des municipales à Saint-Paul si d’aventure il souhaiterait tenter l’expérience en 2020. Sa position – politique s’entend – n’est pas des plus faciles. Se laissera-t-il tenter par des propositions alléchantes (qui ne manqueront pas) pour son confort social personnel ou continuera-t-il à se battre pour les plus faibles, en renonçant à l’amélioration de sa propre situation de vie ? Un vrai dilemme pour ce jeune homme pétri d’ambition et, surtout, de bonne volonté, celle de bien faire pour les plus démunis.

« La victoire de Jean-Luc Poudroux ? »

L’ancien maire de Saint-Leu (1989-2008) et ancien président du conseil général (1998-2004) termine, certes, en tête de ce scrutin avec 27,11% des suffrages exprimés, soit 5,77% des inscrits). Sur papier, il est le vainqueur de la compétition face aux douze autres candidats. Un peu comme, au royaume des aveugles, le borgne est roi.

Avec 37,18% des suffrages, Jean-Luc Poudroux arrive en tête à Saint-Leu, devant les Robert (Pierrick bien sûr mais surtout Thierry qui a fait sienne cette campagne électorale), qui ne totalisent que 27% des voix. Une claque pour les Robert dans leur propre fief. Jean-Luc Poudroux, 68 ans, termine également en tête aux Avirons, commune limitrophe, avec 18,13% des voix alors que l’ancien maire et actuel sénateur (LREM), Michel Dennemont, s’était engagé personnellement en faveur de Pierrick Robert (14, 85%). Enfin, Jean-Luc Poudroux arrive premier à Etang-Salé (30,13%), commune toujours fidèle à son maire Jean-Claude Lacouture. A partir de là, peut-on pour autant tirer des plans sur la comète ? L’on se retrouve ici dans la même configuration que celle de la 5ème circonscription, l’année dernière, où Daniel Gonthier, candidat de la droite unie (tout est relatif !) se trouvait en tête et avait le soutien de 5 maires sur 7. Et, à l’issue du second tour, à la surprise générale, c’est Jean-Hugues Ratenon, le candidat de La France Insoumise (LFI) qui a été élu. Parce qu’en politique, il est bien connu que logique électorale ne rime pas toujours avec logique mathématique. En clair, 2+2 ne font jamais quatre. Ou, dit autrement, il arrive souvent en politique que « quand i couve ti poule, i sort ti canard ». Tout cela pour dire que même si, sur papier Jean-Luc Poudroux est premier, même s’il a le soutien de Didier Robert, président d’Objectif Réunion et président de Région, sans compter celui relativement discret de « LR » de Michel Fontaine, l’ancien maire de Saint-Leu sait, au fond de lui, qu’il lui reste encore un long chemin à parcourir pour franchir la ligne d’arrivée. Cela dit, personne ne pourra l’empêcher de savourer déjà son succès d’hier soir face aux frères Robert sur Saint-Leu. Sa petite revanche personnelle de 2008 où il avait été sorti de la mairie par Thierry Robert. S’il veut gagner dimanche prochain, il lui faudra mettre les bouchées doubles et convaincre Joseph Sinimalé à Saint-Paul, Daniel Pausé à Trois-Bassins et Patrick Malet à Saint-Louis de mouiller d’avantage leur chemise si tant est qu’ils en sont encore capables et qu’ils maîtrisent encore leur électorat. Ce qui n’a pas été le cas hier, à moins qu’ils aient joué, comme c’est souvent la technique, sur plusieurs tableaux, pour ne mécontenter personne. Le deuxième tour nous le dira. Mais là encore, avec un tel taux de participation, difficile de tirer des enseignements politiques fondamentaux. En un mot, ce n’est pas parce que Poudroux a perdu dans ces communes que les maires en place vont perdre en 2020. Cela ne veut rien dire du tout.

« La défaite des frères Robert »

Tout en restant relatif compte-tenu de la participation enregistrée lors de ce premier tour du scrutin, s’il y a bien un résultat qui sonne comme un désaveu pour les frères Robert, c’est celui de Saint-Leu où Pierrick est devancé de 10 points par son opposant Jean-Luc Poudroux. Est-ce à dire que Poudroux a fait le plein de voix dès le premier tour ? Un peu courte comme explication. En ne totalisant que 27% des suffrages et en terminant surtout deuxième dans une commune qui était jusqu’ici considérée comme leur fief électoral, les frères Robert prennent un sérieux revers. Il leur faudra négocier dur avec les autres candidats et aller chercher chez les abstentionnistes s’ils veulent faire la différence dimanche prochain. Il leur faudra aussi se positionner clairement : avec ou contre la politique gouvernementale portée par Emmanuel Macron. Pierrick Robert est candidat LPA/MoDem. Le MoDem, via un contrat national, est l’allié d’En Marche donc partisan de la politique gouvernementale. D’où le besoin urgent de clarification de la part de Thierry Robert. On ne peut pas avoir un pied dedans et un pied dehors. Pierrick Robert a perdu dans tous les cantons de la circonscription sauf à Saint-Louis où il est conseiller municipal de l’opposition et où il a eu le soutien de l’ancien maire communiste Claude Hoarau, qui souhaite se positionner pour 2020. On ne le dira jamais assez, le taux d’abstention enregistré ici et là ne permet aucune analyse raisonnable et encore moins de se projeter en 2020 ou en 2021.

« Manger cochon » politique et désunion »

Désunion à gauche. C’est une évidence. Chacun a voulu défendre son bout de gras : Perceval Gaillard (La France Insoumise), Emmanuel Séraphin (Pour La Réunion), Gilles Leperlier (PCR). Une dynamique d’union, de rassemblement axée sur une campagne politique « anti-Macron », « anti-gouvernementale » aurait sans doute changé la donne.

Quelle va être la consigne de vote de ces trois candidats pour le second tour ? Pas évident d’autant qu’il reste deux candidats « Macron-Compatible » en lice. Thierry Robert, frère de Pierrick, n’a jamais voté contre le gouvernement du temps où il siégeait à l’Assemblée nationale. Quant au positionnement de Jean-Luc Poudroux, il est plus subtil et un brin opportuniste. Jean-Luc Poudroux a déclaré que s’il était élu il se rangerait du côté de l’opposition à l’Assemblée nationale. Il a obtenu le soutien de « LR ». Il bénéficie aussi du soutien très actif de Didier Robert dont on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il s’inscrit dans l’opposition à Macron. Le président d’Objectif Réunion est proche du gouvernement. Les députés réunionnais qui lui sont très proches ne sont pas non plus anti-Macron ou anti-gouvernementale. Bien au contraire. On l’a vu encore récemment : celui qui a pris les rênes du mouvement « AGIR » (mouvement initié par le Premier ministre) à La Réunion n’est autre qu’un très proche de la députée Nathalie Bassire qui, elle même, est la petite protégée de Didier Robert. Personne ne peut donc avoir la certitude que Jean-Luc Poudroux sera, demain, un fervent opposant de la politique gouvernementale ou s’il exécutera les ordres de son mentor politique local, c’est-à-dire celui qui se sera le plus activement impliqué dans sa campagne électorale et qui essaye, dès à présent, de poser des « petites pierres » un peu partout, tel le petit Poucet, pour baliser le chemin des régionales de 2021, quitte à flirter avec une posture politique qui n’est pas des plus cohérentes.

Y.M.

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10 Commentaires sur "7e circonscription : la grande victoire du « ras-le-bol » politique !"

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chantal
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chantal

Au fait, c’est qui le candidat : Thierry ou Pierrick ? Y veut dire que Pierrick va chauffe la chaise pendant trois ans, comme le maire de saint-leu, en attendant que l’autre y soit éligible. Et pendant ce temps là cabris y mange salade…

Ti mail
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Ti mail

Il n’y a pas de victoire, qui est élu?

Les pères des abstentionnistes
Invité
Si les électeurs ne font plus leurs devoirs , c’est que les élus ne les respectent plus et ne font plus leurs devoirs . Les élus sont les pères de l’abstention . Ils ont été élus pour défendre et représenter les intérêts de la population . A quoi assiste – t -on ? Les élus ne s’intéressent qu’au fric , traquent les indemnités, cumulent les mandats , placent épouses , copines , toute la fratrie , embauchent que des personnes qui assurent leur réélection , distribuent primes légales ou illégales . Les élus dilapident les finances publiques, engagent des dépenses… Lire la suite »
Nadine
Invité
Nadine

Le peu de personnes qui se sont déplacées ce dimanche ont donné un bon coup de pied dans le derrière de ceux qui utilisent la politique en famille : frère, garçon, maman, femme… La politique familiale pour se remplir les poches, monter des SCI et gonfler leurs patrimoines doit être condamner partout.

Jean foudsa
Invité
Ils n’ont rien à foutre des coups de pieds au derrière .. D’ailleurs ils s’en foutent de tout . D’abord des électeurs qu’ils tournent en bourrique et qu’ils mènent en bateau . Ils s’en foutent des abstentionnistes car cela arrange leurs affaires , les électeurs alimentaires qui occupent les places dans les collectivités et qui suffisent à leur réélection . Ils s’en foutent de la justice, les mises en examen et les condamnations augmentent leurs chances d’être élu ou réélu . Les insultes et le mépris de leurs con / citoyens ne les touchent pas tant que les indemnités rentrent… Lire la suite »
noé
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noé

On voit que c’est la victoire du « Sérieux » sur le « frimeur » ! On attends la suite … Les réunionnais n’ont pas besoin d’être représenté par un « supérieur du préfet » , un blagueur , un frimeur … ils veulent une personne vraiment sérieuse !

RIPOSTE974
Invité
RIPOSTE974

… » L’ancien maire de Saint-Leu (1989-2008) et ancien président du conseil général (1998-2004) termine, certes, en tête de ce scrutin avec 27,11% des suffrages exprimés, soit 5,77% des inscrits  » …
Tout est dit , en clair un pantin où les ficelles sont tirées par d’autres dans l’ombre .
Un futur Macron compatible semble t-il , si élu dimanche 30 septembre dé pi té ?

Pollution politique
Invité
Les frères robert vont perdre l’élection par leur arrogance et leurs manigances . Non pas parce que le papy est meilleur et le plus apprécié mais parce qu’il est opportuniste . Il est bien avec tout le monde et il arrivera à faire embrasser DR et Fontaine , sous les applaudissements des militants . Voyant que TR s’est vu démis de ses fonctions de député , poudroux a compris qu’il avait une occasion à saisir pour ramasser le pactole , c’est l’entre soi avec le soutien des maires . Autre signe de défaite annoncée , les roberts font de la… Lire la suite »
kok bengal
Invité
kok bengal

j’en profite que freedom et Mr MONROUGE nous laisse le droit d’expression sans nous attaquer en justice . ma question est la suivante! didier robert est de quelle bort politique ? une fois il ne se retrouve plus dans la politique des républicains , et là, dès qu’il ya une (victoire) d’un républicain il vient jubilé devant la caméra

Le sens du vent
Invité
DR bat tous les records de retournement de veste, de chemise , de pantalons , de caleçon si nécessaire . Il ne lui reste qu’à mettre la cravate dans le dos mais ça viendra en temps voulu . Il était ump , il crée un parti pour lui OBJECTIF RÉUNION , il est LR , soutient FILLON ,renie Fillon pour soutenir SARKO , lâche Sarko pour soutenir Fillon ,devient Macron compatible, ne veut plus avoir à faire avec LR et Fontaine , condamne les dinausores et fait campagne pour eux . Il traite Fontaine , Vira de tous les noms… Lire la suite »