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Anthony, le « démolisseur » des paillottes illégales, serait-il « fiché S » ?

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C’est la rumeur qui circule depuis hier mais que personne au niveau des autorités compétentes locales (judiciaire, administrative…) ne confirme, ni n’infirme pour l’instant. Selon certaines sources, Anthony, le grand gaillard qui portait un tee-shirt bleu et que vous avez pu voir sur les réseaux sociaux en train de démolir une des paillotes de l’Hermitage à grands coups de massette serait, dit-on, « fiché S ». Nous avons essayé de rentrer en contact avec Anthony qui habite dans l’Ouest. En vain. Nous avons en revanche pu contacter le papa de l’autre personne, le jeune agriculteur de Sainte-Anne qui avait, lui aussi, été interpellé le soir du 9 avril dernier, avant d’être placé en garde à vue, tout comme Anthony, puis déféré au parquet et, finalement, remis en liberté avec une convocation à comparaître devant le tribunal prochainement. Nous avons posé la question à Beurty Dubard, militant au sein du KURR (Koléktif Union Réyoné Responsab). « Il y a une rumeur qui circule depuis peu selon laquelle Anthony serait fiché S. En avez-vous entendu parler ? ».

Réponse d’une voix très posée de Mr Dubard : « Non moin l’a jamais entendu ça, mais quand bien même li serait fiché S comme ou dit, cela i vé pas dire pour autant que li lé un terroriste. Mon fils et moin même nous lé peut-être aussi fichés S, ou conné ! La déjà arrive à nou en effet de nous battre face la milice que l’avait été mise en place par les usiniers. Nou l’avait fé ça pou défend’ nout’ outil de travail et, donc, à partir de là, nou aussi nou pé être considéré comme des gens qui troublent l’ordre public et nou pé être fichés S ». Beurty Dubard rappelle «qu’au niveau du KURR, mi revendique pleinement mon statut de militant indépendantiste mais cela i fé pas de moin un terroriste. I faut pas tout mélanzé. Dans le cadre des manifestations des paillottes moin la discute quelques fois avec Anthony, c’est un gentil garçon ». Un autre camarade d’Anthony, que nous avons pu joindre hier soir, tient à préciser : « s’il avait été un violent, il y serait allé non pas avec une massette mais il aurait carrément « plastiqué » les paillottes en faisant comme en Corse. Si c’est ça l’argument qu’ont trouvé les autorités pour essayer de le nuire, c’est franchement pitoyable ! Anthony n’a fait que démolir une paillotte construite illégalement sur l’espace public. Il n’a blessé, ni tué personne… Fiché S ne veut pas dire grand-chose ici car quelqu’un qui ne paye pas ses impôts peut être considéré comme un fiché S ». Comme le souligne à son tour Beurty Dubard : « militants politiques oui, activistes oui, indépendantistes oui, mais terroristes non ! » Alors, Anthony serait-il fiché S ? Nous en saurons davantage dans les heures ou jours qui viennent. En attendant, nous nous sommes replongés dans les archives pour mieux comprendre ce qu’est un « fiché S ». Voici nos questions-réponses pour vous éclairer sur le sujet.

 – Ça veut dire quoi « être fiché S » ?

Les fiches S, qui ont été créées à l’origine pour contrôler les déplacements des diplomates, sont une des sous-catégories du fichier des personnes recherchées (FPR), qui regroupe aussi le fichier M (pour les mineurs fugueurs), le fichier V (pour les évadés) ou le fichier T (pour les débiteurs du Trésor). Au total, 400.000 personnes figureraient dans ce FPR qui fut créé en 1969.

Selon la loi, la fiche S (S comme sûreté de l’Etat) vise des personnes «faisant l’objet de recherches pour prévenir des menaces graves pour la sécurité publique ou la sûreté de l’Etat, dès lors que des informations ou des indices réels ont été recueillis à leur égard ». La fiche S peut ainsi être attribuée à des personnes soupçonnées de visées terroristes ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat, sans pour autant que lesdites personnes aient commis de délit ou de crime. A titre d’exemple, une fiche S peut concerner une simple relation d’un terroriste connu.

Sur une fiche S, figurent l’état civil complet de la personne recherchée (nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe, nationalité, pseudo), une photo et un signalement, les motifs de la recherche et la conduite à tenir en présence d’une personne fichée.

Il faut savoir aussi qu’il y a plusieurs degrés dans les fiches S afin d’assurer un suivi des personnes fichées en fonction de leur dangerosité. Selon un article de Florence Renard paru en juillet 2016 dans les Echos, « ces degrés sont matérialisés par des chiffres qui vont de 1 à 16. Un S16 ne sera pas nécessairement plus dangereux qu’un S1. Le chiffre est surtout destiné à aider les forces de l’ordre à mettre en place les actions les plus corrélées à la situation des individus qu’elles surveillent. Par exemple, en fonction du niveau, il peut être recommandé aux forces de l’ordre de « ne pas attirer à l’attention « , « rendre compte immédiatement au service demandeur », « relever les identités des accompagnants », faire « une photocopie des documents d’identité  » ou bien encore signaler les passages à la frontière. Une personne peut être visée par plusieurs fiches. A noter que la fiche S14 correspond aux combattants djihadistes revenant d’Irak ou de Syrie ».

– Ça sert à quoi une fiche S ?

Quand une personne est l’objet d’une fiche S, cela ne signifie pas que celle-ci est surveillée en permanence ou même occasionnellement.

La fiche S est surtout destinée à attirer l’attention des forces de sécurité si l’une des personnes fichées est interpellée. Elles doivent alors en référer aussitôt aux services de renseignement.

– Qui émet les fiches S ?

Les fiches S sont émises par la Direction générale du renseignement intérieur (DGSI), une des branches du renseignement français. Mais une telle fiche peut être délivrée suite à des informations provenant d’autres pays ou dans le cadre de collaborations internationales : la personne visée peut ou non se trouver sur le territoire français.

– Quel est le nombre de personnes fichées S en France ?

Selon des articles publiés en 2016 dans la presse nationale, le Premier ministre Manuel Valls avait affirmé en novembre 2015 que 20.000 personnes faisaient l’objet d’une fiche dite « S  » dont « 10.500 » pour leur « appartenance ou leur lien avec la mouvance islamique ». «Tous les autres peuvent concerner des membres d’autres mouvements considérés comme terroristes : le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), la ligue liée à des mouvements tamouls, la branche militaire du Hezbollah, des militants violents liés à l’ultra droite ou à l’ultra gauche, des hooligans, etc. « , avait précisé le chef du gouvernement. Les potentiels djihadistes étaient au nombre de 850 environ fin 2015. Ces personnes sont suspectées mais ne sont pas passées à l’acte.

Un autre fichier, beaucoup moins connu mais très proche dans ses critères des fiches S, est celui tenu par l’UCLAT (Unité de coordination de lutte anti-terroriste). Il comporterait quelque 10.000 noms également. On peut encore ajouter le fichier européen SIS qui contient les noms de personnes recherchées ou placées sous surveillance et sert à mieux contrôler les entrées dans l’espace Schengen. Il en existe bien évidemment à La Réunion, mais cela ne veut pas dire pour autant que ce sont des terroristes.

Y.M.

([email protected])

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