CHU : le rapport de l’IGAS massacre la gestion catastrophique de Gruson-Calenge

dans Actualités/Edito de Yves Montrouge/Infos Réunion/Politique

En exclusivité pour vous chers « Freedonautes » : un rapport accablant, cinglant. Un document de plus de 250 pages qui a été rédigé par l’IGAS, l’Inspection générale des affaires sociales, à la demande de la ministre de la Santé, l’ancienne. La lettre de mission date de septembre 2016. Le rapport – confidentiel – a été bouclé en janvier 2017. Il s’intitule « Mission de contrôle du Centre Hospitalier Universitaire de La Réunion » et porte sur la période de 2012 à 2016, c’est-à-dire depuis la création du CHU. Mais un CHU qui n’a de CHU que le nom puisque dans les faits il n’en est pas encore un, comme l’ont relevé, en argumentant, les inspecteurs de l’IGAS. Ce rapport qui passe au scalpel toute la gestion du CHU depuis 2012, dénonce les « dérives financières » des directions concernées, celles de David Gruson (avril 2012 à mai 2016) et de Lionel Calenge (directeur-adjoint de Gruson avant mai 2016, directeur par intérim à partir du 8 février 2016 et directeur général depuis le 30 mai 2016 et toujours en service).

Ce rapport est sidérant tant il met en lumière une gestion « gros doigt » qui a entraîné l’établissement hospitalier dans un précipice pour ne pas dire un gouffre financier, d’où les déficits abyssaux (20 millions d’euros en 2015 et 35 millions d’euros en 2016) que le gouvernement est contraint aujourd’hui de combler avec l’argent des contribuables. Sur intervention d’Huguette Bello et des autres députés de La Réunion, le gouvernement vient d’accorder une subvention de 56 millions d’euros au CHU… Nous y reviendrons dans quelques instants, le temps pour moi de passer rapidement en revue quelques sujets qui, localement, ont fait l’actualité cette semaine.

« Quand Ratenon s’excuse presque de voyager en classe « Affaires » »

Tout d’abord l’augmentation de 15% que s’est accordée Bruno Domen, le nouveau maire de Saint-Leu, lors de son premier conseil municipal. Ce qui lui fera une indemnité de 1 315 euros pour gérer une commune, être disponible quasiment 24 h/24, qu’il pleuve ou qu’il vente. Un job qui passe aussi par le sacrifice de la vie de famille car il sera souvent pris sur le terrain, samedi et dimanche compris. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui accepteraient de faire un tel job pour ce Smic qui est à peine majoré de quelques dizaines d’euros ?

Evidemment, on ne va pas pleurer sur son sort puisqu’il a accepté le poste, mais de là à trouver moralement scandaleux qu’il s’augmente de 15%… Que dire alors de Nicolas Sarkozy qui lui s’était augmenté de plus de 40 % ? Et de Didier Robert qui s’était augmenté de 45%, sans compter ses 2300 euros (voire plus) pour son logement ? Et que penser d’Eric Fruteau, jeune maire élu à Saint-André en 2008 qui avait augmenté l’indemnité de tous ses élus dès son premier conseil municipal ?

Idem pour Joseph Sinimalé à Saint-Paul et pour bien d’autres encore. Que dire encore de ces patrons d’entreprises privées qui perçoivent plus de 10 000 euros nets/mois, sans oublier un « tacon » d’avantages ; Lesquelles entreprises sont abondamment subventionnées (des millions d’euros), gavées d’argent public, c’est-à-dire celui des contribuables ? Que dire donc de ces patrons qui mènent grand train de vie avec notre argent ? Il n’y a vraiment pas de quoi faire tout un foin avec les 1 315 euros d’indemnités de Bruno Domen !

Autre sujet qui a fait réagir plus d’un la semaine dernière : le voyage en classe « Affaires » de Jean-Luc Mélenchon, big boss de la France Insoumise, venu rendre visite aux Réunionnais. Un billet à 3000 (ou peut-être 4000 euros) payé de sa poche. Et alors ? S’il a payé de sa poche, où est le problème ? Certes, il défend les « prolétaires » dans ses discours, mais il a le droit d’utiliser son argent (y compris celui de député) comme bon lui semble. Le Pape aussi défend les plus faibles, mais vous trouvez sincèrement que le Vatican ressemble à un bidonville ? Vous pensez vraiment que « François » voyage en classe « Eco » et mange du pain et des sardines en boîte? Arrêtez l’hypocrisie s’il vous plaît ! Paul Vergès aussi (sans déranger son âme) se faisait l’apôtre des plus démunis, des précaires. Vous pensez sérieusement qu’il était assis dans « la queue l’avion » lors de ces multiples voyages du temps où il pouvait encore voyager ? Et que dire de certains de nos élus locaux qui prennent l’avion parfois jusqu’à 2 à 3 fois par mois, avec prolongement du séjour en Europe ou Outre-Atlantique, accompagnés de leur « moitié », notamment si les « moitiés » en question travaillent avec eux dans la même collectivité. Tout cela en classe « Affaires » et avec des billets d’avion payés grâce à l’argent des contribuables. Mélenchon, lui, a payé son billet de sa poche.

Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion Insoumise, n’avait donc pas à se justifier avec des trémolos dans la voix comme si Mélenchon était un voleur. Non, Jean-Hugues, ce n’est pas parce que votre papa était coupeur de cannes ou que vous même étiez Rmiste (ou Rsaste) avant d’être élu député au suffrage universel qu’il faut aujourd’hui avoir honte. Vous n’êtes pas plus ou pas moins que n’importe quel autre député de la République, qu’il soit de France ou de Navarre !

N’oubliez jamais cher Monsieur le député Ratenon : « ou lé pas plus, ou lé pas moins… ». Donc vous n’avez pas à vous justifier sur vos voyages (pour le travail) en classe « Affaires » entre La Réunion et Paris, tout comme vous ne devez pas vous sentir obligé de voyager parfois (comme c’était le cas samedi soir entre Paris et La Réunion) en classe « Eco » et de l’afficher sur votre page Facebook pour faire « peuple ». Cette classe n’est pas uniquement réservée aux « grands fonctionnaires d’Etat », ou aux « grands » directeurs des entreprises privées et subventionnées. Faudra bien arrêter un jour de se comporter comme des « colonisés » et croire que tous ces grands privilèges ne doivent être réservés qu’aux « gros blancs »  non Réunionnais. Ou Réunionnais !

Plutôt que de voir du scandale là où il n’y en a pas, pourquoi ne pas dénoncer ce qui est dramatiquement révoltant ? La presse « bien pensante » s’est alarmée pour un billet d’avion que Mélenchon a payé de sa poche ou encore pour 1 315 euros d’indemnité que s’est accordée le nouveau maire de Saint-Leu. Ça c’est l’arbre qui cache la forêt !

Moi je ne trouve pas de mots, en revanche, pour qualifier ce que j’ai entendu sur radio Free Dom, lundi dernier : cette dame en pleurs, qui racontait la disparition tragique de son mari, tout juste quinquagénaire, qui s’est donné la mort par pendaison.

Un petit artisan poussé à bout par les organismes sociaux et les huissiers pour des dettes sociales évaluées à 8-9 000 euros (vous avez bien lu : 8 à 9 000 euros). Un artisan, un père de famille, qui a vu ses biens saisis. Il s’est pendu dans son garage. Quatre jours plus tard, président de Chambre de métiers et autres responsables syndicaux ont versé des larmes de crocodiles… Trop tard ! Le mal était fait. Fallait réagir avant.

Consternant : on constate que l’Etat peut apurer les dettes de certaines entreprises jusqu’à hauteur de 85% (c’est tout récent), les banques peuvent apurer les dettes de ces mêmes entreprises jusqu’à 80%, des collectivités peuvent accorder des millions d’euros de subventions pour aider certaines sociétés privées de sortir du redressement judiciaire, mais nos politiques, l’Etat, les organismes sociaux, les collectivités n’ont manifestement pas bougé le petit doigt pour voler au secours de ce petit artisan de Sainte-Marie. Révoltant ! Véritablement scandaleux ! A méditer !

« Dérives financières » au CHU de La Réunion

Venons-en à présent au rapport de l’IGAS relatif à la gestion du CHU de 2012 à septembre 2016. Mais juste avant, histoire de bien introduire le sujet, un petit mot pour vous dire que Lionel Calenge, l’actuel directeur du CHU de La Réunion, n’est pas content. Pas content avec mon édito de lundi dernier où vidéo et nombre de témoignages de salariés à l’appui, je racontais qu’il se passait des choses bizarres au GHER (hôpital) de Saint-Benoit, situé route des Plaines. Je racontais que le samedi matin avant le lever du soleil de préférence, comme le montrent les images captées sur la vidéo détenue aujourd’hui par des syndicalistes, venaient donc se garer sur le parking de l’établissement, parfois cote-à-cote, la voiture du directeur (ou de celui qui fait fonction) du GHER et celle de la pharmacienne de l’hôpital. Les images montrent que le directeur se dirigeait ensuite vers la pharmacie, qui se trouve en sous-sol et qu’à aucun moment il ne prenait l’ascenseur pour aller vers son bureau où il aurait, peut-être, pu profiter de l’heure matinale pour examiner les dossiers en retard. Non, aux dires des employés de permanence le samedi, une fois parvenu à l’intérieur de la pharmacie, en compagnie de la pharmacienne, la porte était verrouillée. Ce petit manège de la part de ces deux personnes qui ne sont pourtant pas censées travailler le samedi au petit matin a duré plus d’une fois et a intrigué certains employés de l’établissement au point qu’ils ont cru bon de venir en parler à un journaliste, à moi en l’occurrence. Ce qui n’a pas du tout été du goût – on peut le comprendre – de Monsieur Calenge qui s’est alors fendu, fin de la semaine dernière, d’un virulent « droit de réponse » qu’il a adressé à tous, sauf à moi. Mais curieux comme pas possible, j’ai pu en prendre connaissance. J’y apprends ainsi, et c’est lui qui l’écrit dans son « droit de réponse » qui ne m’a jamais été adressé (alors que mon mail figure pourtant systématiquement au bas de tous mes articles sur Freedom), qu’il s’agirait d’une « supposée existence de relations intimes entre le directeur de l’établissement et une pharmacienne » (sic !). « Supposée » ou pas, heureux de l’apprendre en tout cas. Personnellement, je ne le savais pas et ce n’est pas ce que j’ai écrit. Je me suis contenté de relater le stationnement de deux voitures sur le parking, le samedi matin très tôt, et de la présence du directeur et de la pharmacienne enfermés à clé dans la pharmacie en sous sol du GHER, plus d’une fois. Tout le reste ne me regarde pas… Dans ce « droit de réponse » j’apprends encore, selon Monsieur Calenge, que je serai « un coutumier de ces méthodes » à savoir « raconter des supposées histoires de mœurs » comme il a pu le remarquer dans mes éditos de « décembre 2015 jusqu’à mon éviction du JIR ». Ainsi donc j’aurai été « évincé » du JIR. Là encore, heureux de l’apprendre !!! Pour Monsieur Calenge, mon « article tombe potentiellement sous le coup d’une accusation pénale ». Et il « étudie actuellement la possibilité de saisir le procureur d’une plainte pour divulgation de fausse nouvelle ». Faut pas étudier cher Monsieur, faut y aller carrément ! Monsieur Calenge souligne enfin que ces « procédés de caniveau, ragots en dessous de la ceinture et autres boules puantes médiatiques » ne « l’empêcheront pas de mener avec l’ensemble de mes équipes un travail de fond… ». Et patati, et patata…

« Une présentation opacifiée de la situation budgétaire »

 Monsieur Calenge veut du concret, du sérieux, du dur… Eh ben, j’ai cherché, j’ai trouvé… dans ma boîte aux lettres un volumineux document déposé par… la Poste dans une grosse enveloppe onéreusement « timbrée » (oblitérée). Monsieur (Calenge) voulait du vrai. Monsieur le directeur est servi ! Cette fois ci il ne s’agit plus de « voyeurisme » mais bien de la gestion du CHU, la sienne et celle de son prédécesseur et proche David Gruson, gestion « épinglée », pas par moi (ni par des employés du GHER de Saint-Benoît), mais bien par des spécialistes, des inspecteurs de l’IGAS, qui est un corps de contrôle interministériel du secteur social. Il ne s’agit donc pas de « supposées relations intimes » (pour reprendre son expression), ni de mal-être psycho-social de certains employés (ées) dont certaines sont venues pleurer avec moi, lundi dernier, suite à la publication de mon édito, pour me dire à quel point elles étaient « terrorisées », « moralement harcelées » par le responsable du bureau des entrées et du secrétariat, celui là-même qui a été suspendu pendant 3 mois. Une affaire sur laquelle se penche d’ailleurs la médecine du Travail suite à une dizaine de plaintes…

Cette fois, si Monsieur Calenge n’est pas d’accord, il lui faudra rédiger un « droit de réponse » et « étudier la possibilité de saisir le procureur d’une plainte… » à l’encontre de l’IGAS et contre son ministère de tutelle.

Car dans ce rapport, David Gruson (aujourd’hui directeur de la Fédération hospitalière à Paris), Lionel Calenge, directeur du CHU, Chantal de Singly et François Maury, l’ancienne directrice et l’actuel directeur de l’ARS-OI, en prennent pour leur grade. Les inspecteurs de l’IGAS ne mettent pas de gants (pas comme les chirurgiens).

Leur mission consistait à contrôler le CHU depuis sa création en 2012. Elle portait sur 4 thèmes : l’examen du fonctionnement de la gouvernance et des instances de l’établissement ; La gestion budgétaire et financière sous l’angle de la régularité, de la maîtrise et de la pertinence des opérations et des décisions ; La vérification de la régularité des procédures de gestion des personnels du CHU et, enfin, l’analyse de la conduite et du contenu des deux principaux projets immobiliers menés par le CHU.

Dès les premières pages du rapport, en « synthèse », le ton est donné, le décor est planté. Rien n’est bon. Zéro pointé. Autant dire que s’il s’était agi de directeurs d’une entreprise privée, non seulement les deux directeurs auraient été virés depuis longtemps et l’entreprise aurait déjà fait faillite. Mais là il est question d’établissement public, donc financé avec de l’argent public, donc secourable à tout moment avec l’argent de nos impôts.

Quelques extraits pris aux hasard, toujours dès la première page : « s’agissant du premier thème, la mission relève que le système de management mis en place a considérablement accru les risques de l’établissement, notamment sur le plan financier, sur le plan juridique et sur le plan de la maîtrise des processus de gestion » ; « le contenu des protocoles signés avant la création du CHU a enrayé la fusion en empêchant le CHU de dépasser les différences qui caractérisent les deux établissements fondateurs de Saint-Denis et de Saint-Pierre, et en prolongeant la bipolarité. Si le CHU s’est fédéré délibérément autour du projet social, il n’a pas fait du projet médical le vecteur de mise en cohérence institutionnelle qu’il est sensé constituer habituellement » ; « De plus, la présentation opacifiée de la réalité du CHU aux instances et à la tutelle a empêché de mettre en évidence l’aggravation continue de sa situation budgétaire et de son niveau d’activité, alors que les charges continuaient de croître de manière excessive, notamment la masse salariale sous l’effet conjugué de créations conséquentes d’ETP et de titularisations massives. Tandis que l’ARS manifestait une trop grande indulgence ainsi qu’une prudence difficilement compréhensible, le CHU n’a pas souhaité prendre les mesures que son redressement nécessitait, préférant voir dans son environnement les causes de son déficit et demeurer dans une logique de revendication d’aides financières extérieures » ; « Enfermées elles aussi dans une forme de déni, les instances de l’établissement ont également contribué au système de management mis en place, le conseil de surveillance et le comité technique d’établissement n’ont pas joué tous les rôles qui leur sont dévolus par la loi notamment sur le plan du contrôle de la politique générale et des effectifs » ; « Enfin, la mission a pu constater que les risques juridiques étaient accrus par une maîtrise insuffisante de certains processus de gestion particulièrement pour certains marchés et les délégations de signature ».

« Les facteurs du déséquilibre n’ont jamais été traités »

 Nous ne sommes qu’à la première page du rapport. Toutes les autres pages sont du même acabit et attestent du « gros bordel » (ça c’est de moi) concernant le management du personnel et la gestion financière de l’établissement. « Les facteurs de déséquilibre n’ont pas été traités et donc corrigés et l’année 2016 n’aura vu aucune décision destinée à inverser la tendance alors que l’exercice 2015 a constitué un signal d’alerte particulièrement fort et que les projections 2016 ne permettaient aucun doute sur la poursuite mécanique de la dégradation. Les sureffectifs pourtant connus du CHU et la structure capacitaire n’ont fait l’objet d’aucun traitement particulier » ; « L’incertitude sur les comptes et une insuffisante maîtrise des processus de contrôle interne expliquent le refus de certification des comptes opposé par le certificateur pour l’exercice 2015 » ; « S’agissant du thème de la gestion des ressources humaine, la mission constate que la problématique la plus forte porte sur l’attribution de majorations de rémunération aux divers personnels concernés » ; « Certaines indemnités et primes allouées aux personnels non médicaux sont indument indexées » ; « Certaines situations individuelles analysées par la mission nécessitent des réajustements immédiats tant ils sont révélateurs de décalages par rapport à la réglementation ou d’abus, notamment pour ce qui concerne les déplacements » ; « Concernant les deux projets immobiliers majeurs menés par le CHU, la mission constate qu’ils pâtissent tous deux des conséquences du système managérial de l’établissement : la poursuite d’une logique de site et, par déclinaison, l’absence de projet médical pensant le CHU comme entité unique. Aucune des deux opérations (bâtiment des soins critiques sur le site de Saint-Denis et bâtiment central sur le site de Saint-Pierre) n’a été conçue en référence à un projet d’ensemble ».

Les appréciations des inspecteurs de l’IGAS sont déconcertants : « les risques liés à la gestion sont accrus par des méthodes dont la fiabilité est relative » ; « La mission doit souligner que la situation, notamment financière, du CHU est régulièrement abordée lors des réunions d’instances, cependant la présentation de cette situation n’est pas totalement transparente, ce qui ne permet pas une appropriation objective de la réalité du CHU… » ; « La mission estime que le brouillage dans la perception de la situation du CHU a accru fortement les risques financiers de l’établissement en favorisant une forme de déni qui a entraîné le refus des mesures de redressement » ; « Le tableau des effectifs tant prévisionnels que réels n’est jamais présenté alors que les créations de postes ont été considérables » ; « Les explications fournies par la direction sont souvent légères » ; « La réalité des activités du CHU est appréhendée superficiellement » ; « Les mesures nécessaires au redressement sont fréquemment repoussées » ; « La mission constate que les mesures à prendre pour limiter l’évolution de la masse salariale et la contraindre à rentrer dans les prévisions de l’EPRD ne sont jamais prises en compte ».

Chantal de Singly puis François Maury de l’ARS-OI ne sont pas épargnés par l’IGAS qui constate que « le constat effectué par l’ARS n’a pas été suffisamment rigoureux » ; « Le CHU n’a cessé de revendiquer des aides financières » ; « Tout est mis en œuvre jusqu’au cours de l’année 2016 pour accréditer l’idée selon laquelle la solution des problèmes de l’établissement ne réside que dans des aides extérieures… » ; « L’établissement fait état avec constance d’un lien direct entre la dégradation de sa situation financière et son activité de recours pour les patients de l’océan Indien, en particulier en provenance de Mayotte… ».

« C’est pas nous, ce sont les Mahorais »

 Autrement dit, les directeurs du CHU ont tenté de faire porter le chapeau de leur mauvaise gestion aux malades mahorais. C’est pas moi, c’est lui ou plutôt eux ! Courage fuyons ! Or, l’IGAS note, démonstrations chiffrées à l’appui, que « l’intervention du CHU en appui à Mayotte est réelle, mais modeste » et que « le CHU a longtemps été bénéficiaire sur la facturation des assurés mahorais ». La preuve, comme le souligne le rapport : « le CHU dégageait sur les patients originaires de Mayotte un bénéfice qui a atteint jusqu’à 6 millions d’euros en 2015 par rapport à la situation de patients tarifés selon le droit commun. Cela signifie également que le déficit de 2015, si les patients mahorais avaient été tarifés selon le droit commun qui s’applique depuis 2016, n’aurait pas été de 20 M€ mais de 26 M€ ». Autre remarque : « le CHU ne maîtrise pas suffisamment ses procédures administratives. Le système de management mis en place par la direction de l’établissement ne permet pas une maîtrise efficiente des risques. Les procédures de délégation de signature liées aux changements intervenus sur le poste de directeur général n’ont pas été mises en œuvre dans de bonnes conditions, fragilisant les actes et les marchés de février à novembre 2016. Des commandes à une agence de communication dont l’intérêt public n’est pas établi ont été passées en dehors des règles des marchés publics » ; « A la cessation de fonctions de M. Gruson, toutes les délégations de signature sont devenues caduques » ; « En ne procédant pas au renouvellement des délégations de signature dans des conditions normales de diligence, le directeur général (ndlr : Lionel Calenge) a fragilisé l’ensemble des actes passés par ses collaborateurs entre le 8 février et le 28 novembre 2016 et placé l’établissement dans une grande insécurité juridique » ; « En l’absence de nouvelles délégations, le directeur de site n’avait pas délégation pour signer les ordres de service lançant les travaux du bâtiment central dont le montant cumulé s’élève à 78,6 millions d’euros. De même, l’ingénieur-chef de projet n’avait pas délégation pour apporter une réponse à l’entreprise. Enfin, la réponse apportée à l’entreprise était juridiquement inexacte ».

Au fil des pages de ce rapport, l’étonnement est de mise. « La gestion de l’établissement en 2016 continue à aggraver sa dérive financière », notent les inspecteurs de l’IGAS. « Après plusieurs années de dégradation de sa situation financière, l’établissement a prévu à l’EPRD 2016 un déficit de 16 M€ que les prévisions actuelles réévaluent à 27 M€ au minimum. Pour autant, ni en début d’exercice devant la perspective d’un déficit important, ni en cours d’exercice devant la dégradation des perspectives pour l’année, la direction du CHU n’a pris de mesures résolues de redressement. Au contraire, elle a pris plusieurs décisions de nature à aggraver la situation de l’établissement ».

Et ce n’est pas fini. « L’écart entre les prévisions et les réalisations budgétaires et l’affichage du résultat réel ne sont pas conformes aux principes de la sincérité budgétaire… La gestion du CHU est marquée par deux principes constantes contraires au principe de sincérité budgétaire : des écarts substantiels entre les prévisions et les réalisations d’une part, l’utilisation des écritures comptables pour construire un résultat qui ne correspond pas à la réalité de l’exercice » ; « Des écritures comptables incorrectes ont construit un résultat éloigné de la réalité des exercices et ont altéré la perception de la trajectoire financière de l’établissement » ; « Le commissaire aux comptes, dans son rapport du 13 juillet 2016, a refusé de certifier les comptes de l’établissement en raison de profondes insuffisances ». L’ancien directeur responsable de cette situation budgétaire désastreuse a été promu à la Fédération hospitalière à Paris. L’actuel directeur qui est tout autant responsable de cette situation est toujours en poste au CHU de La Réunion.

Quand on pense que, dans le privé, pour quelques dizaines de milliers d’euros de dépenses injustifiées, la justice vous tombe dessus à bras raccourcis, vous saisit tous vos biens et vous enlève toute envie d’entreprendre, « casse » une famille et vous décourage au point parfois de vous pousser à vous tirer une balle dans la tête, alors qu’il s’agit de votre propre argent gagné à la sueur de votre front. Le pauvre petit chef d’entreprise est contraint de vendre le petit peu de biens qui lui reste et qui n’aura pas été encore saisi par la justice pour payer très cher ses avocats afin de tenter de retrouver un semblant de dignité…

Dans le cas présent, comme celui du CHU (mais il y a plein d’autres exemples), on renfloue la caisse avec des millions d’euros d’argent des contribuables et les responsables de la très mauvaise gestion se promènent en bombant le torse et en roulant les mécaniques dans les coquetèles où se retrouvent la plupart du temps tout ce que la haute administration française compte de plus hauts responsables à La Réunion. Elle est pas belle la vie !

La suite dans un prochain article. Restez « branchés » Free Dom (site internet et radio). Je vous l’ai dit. Le rapport fait plus de 250 pages. Il y a à boire et à manger.

La suite est tout aussi croustillante. Il sera question des marchés passés avec l’agence de communication « qui n’a aucun intérêt public », comme l’a relevé la mission de l’IGAS ainsi que des déplacements en métropole financés par le CHU, notamment des déplacements de secrétaires qui, comme il est précisé dans le rapport, travaillent aussi bien « la nuit que le week-end à Paris ». Rappelons que la réunion du COPERMO (Comité interministériel de performance et de modernisation) qui devait avoir lieu demain et lors de laquelle la direction du CHU devait présenter son nouveau plan de retour à l’équilibre a été reportée au mois d’octobre. Rappelons également que la ministre de la Santé Agnès Busyn devrait séjourner dans notre île début octobre, puis à Mayotte vers le 3 du même mois. On en connaît qui doivent avoir un peu (beaucoup même) la pétoche !

Y.M.

([email protected])

 

6 Commentaires

  1. Ce qui est génial c’est votre « Tout le reste ne me regarde pas » qui à mon sens résume tout l’article. Ce qu’il faudrait lire c’est plutôt « je ne suis plus très certain de moi » non ? Tout d’un coup vous semblez dire que vous n’avez pas parlé de relations entre personnes, vous dites même que vous êtes content de l’apprendre et que vous ne l’avez pas évoqué : « « Supposée » ou pas, heureux de l’apprendre en tout cas. Personnellement, je ne le savais pas et ce n’est pas ce que j’ai écrit. » (sic !). Je rappelle les jeux de mots douteux du précédent edito sur le thème « pénétrer (désolé pour le verbe mais la langue française est parfois malicieuse) » (sic !). etc. Personnellement je sais lire et le titre même de votre premier édito est « sexe mensonges et vidéo », faudrait assumer un peu non ?

  2. Mr Montrouge est le seul a vraiment fouillé dans cette gouvernance douteuse oú tout le monde ferme les yeux laissez le faire son travail il sait tres bien se qu’il fait !

  3. Le CHU de la Réunion n’avait pas les DG qu il fallait, car trop jeunes et trop imbus d e leu pouvoir…pouvoir entretenu par le système, ARS et préfet et compagnie.

    Ce rapport n’est pas rendu public: donc , qui protège qui?

    Les zistoires de q depuis le dg parti étaient …couverts par des profiteurs dont certains profitent encore…pas tres chrétien tout ca

  4. Et après en haut-lieu et sur places publiques, on feint de s’étonner que quelques masses de pauvres égarés ne prennent la peine de se déplacer un dimanche que pour glisser un inutile bulletin mélenchon ou lepen, pire, on grimpe presque aux rideaux quand ils ne daignent même plus honorer leur devoir démocratique en dépit de la solitude de l’isoloir, mais que diront ils si un jour peut être pas si lointain de terrifiques habitudes de 93-94 refont surface ?

  5. Calenge 1 – 20 montrouge ! !!!! Quel match!!!! Quel remontada! !!! Passionnant ! !!! Merci Yves d’être un vrai journaliste !!! Nous le petit peuple de salarié esclaves de ses gros zozos, on en avait besoin!!!

  6. Mr CALENGE qui veut vous poursuivre au pénal … qu’il sécurise les postes de travail au CHU, et respectent ses engagements au lieu de laisser ses copains du SUD agrandir le gouffre financier… Sinon ce sera lui qui sera poursuivi au pénal pour ne pas avoir sécuriser les postes de travail des salariés

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