Courrier des lecteurs / « L’évolution remarquable de la psychiatrie infanto-juvénile »

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L’ÉVOLUTION REMARQUABLE DE LA PSYCHIATRIE INFANTO-JUVÉNILE

« Á la lumière de ce qui précède, on peut dire sans risque de se tromper, que la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent a pris une vraie autonomie. Un virage essentiel s’est opéré véritablement lors de l’arrivée en 1977, du premier pédopsychiatre à la Réunion en la personne M. Gilles Vauthier. Ce Médecin, nous a appris que la psychiatrie « po ban’ Marmaille » requiert un mode de prise en charge particulier et doit être très varié, dans lequel la place des réseaux de proximité est fondamentale. Dans cette évolution, il faut aussi souligner que plusieurs dates et événements importants ont jalonné l’histoire de ce service devenu pédopsychiatrie.

En 12 ans, ce premier pédopsychiatre a su impulser, accompagner les services de la pédopsychiatrie vers une évolution constante et sans précédente des nouveaux dispositifs de soins pour les enfants et adolescents. D’abord, grâce à la loi de la sectorisation et surtout un personnel soignant disponible et volontaire, qui était prêt et motivé à se lancer dans cette belle aventure que nous mesurons aujourd’hui avec fierté partagée, les avancées.

De ce fait, les techniques de prises en charge se sont sensiblement améliorées, avec pour la première fois une équipe pluridisciplinaire. C’est ainsi qu’on peut constater, une panoplie de ressources et d’outils dans les diverses offres de soins à savoir, les hôpitaux de jour, dont le premier a été créé en 1978 (40 ans), des Centres Médico-Psychologiques enfants et adolescents, l’Accueil Familial Thérapeutique, le Centre d’Accueil Pour Adolescents en Souffrance, la Kaz ado….etc.). Des dispositifs de soins en ambulatoire considérablement diversifiés qui correspondent encore à ce jour à des vrais besoins.

M. Vauthier qui était aussi le Chef de service a su et quelques temps après avec le pédopsychiatre M. Cravero, former l’équipe sur les pathologies de l’enfant, sur les diverses prises en charge, à sensibiliser l’équipe soignante de l’importance de la clinique, de connaitre l’histoire et l’environnement familial, le travail avec la famille, l’instauration des visites à domicile, par la suite le partenariat avec l’école et les institutions spécialisées, le travail d’équipe autour de la prise en charge, des diverses activités thérapeutiques ont été mises en place…etc. Ainsi, on peut s’apercevoir de suite, que de grandes avancées ont eu lieu dans la prise en charge des patients souffrant différentes pathologies infantiles.

Mais, notons quand même pour que l’histoire ne s’efface pas, que la source de la psychiatrie infanto-juvénile à la Réunion démarre bien avant 1977. Pour mémoire, les écrits nous racontent qu’antérieurement, les enfants souffrant des divers troubles psychiatriques, étaient hospitalisés au quartier des « femmes » au Centre Hospitalier Spécialisé (CHS) de St-Paul, nom de l’établissement de l’époque ou encore se retrouvaient à l’hôpital d’enfants à St Louis et parfois à Bois d’Olive.

Déjà en 1966 des lieux de consultations étaient organisés à Saint-Denis par notre très regretté le Docteur Jay, l’un des pionniers de la psychiatrie réunionnaise et à Saint-Pierre par le docteur Noël. Il fallut attendre 1968, 50 ans déjà, pour qu’on puisse assister à cet événement historique, l’ouverture du premier service psychiatrie infantile à vocation Régionale, qui était situé à Saint-Paul à côté de « l’hôpital de la Marine » berceau de la psychiatrie à la Réunion.

Cette structure d’hospitalisation complète, nommée « pavillon des enfants » prévue d’abord pour une capacité de 40 lits. Capacité qui a été modifiée du projet initial par la suite à 30 lits avec deux espaces séparés garçons et filles. Après quelques années de fonctionnement, le « pavillon des enfants » déménagera en 1985 dans des locaux neufs, individualisés et plus fonctionnels à quelques pas plus loin. Le service portera alors le nom de l’Unité Lacaussade. Puis en raison de la construction de la route des Tamarins, le service déménagera 2005 à Cambaie et porte désormais le nom de l’unité Vanille.

Aujourd’hui, on peut constater avec les nombreuses structures ambulatoires, insérées au sein de la communauté, l’image du patient souffrant de troubles mentaux tend à se modifier plus positivement, avec une image d’une psychiatrie beaucoup moins stigmatisée.

Au final, je peux affirmer par expérience, après 40 ans passés dans ce milieu qui m’a énormément passionné où j’ai beaucoup appris et investi, de partager ce sentiment, que la richesse du tissu extrahospitalier a été des outils extraordinaires pour améliorer l’offre de soins en pédopsychiatrie. Qu’on peut toujours encore innover, anticiper, améliorer « pour mieux prendre soin ». C’est ce message d’optimisme et d’espoir que j’adresse aux parents, aux enfants et au personnel, de croire en la parole de Jean JAURÈS qui nous dit “L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements mais elle justifie l’invincible espoir”. »

Jean Claude Comorassamy

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