Dominique Rivière : EDUQUONS NOS ENFANTS EN COMMUN, COMME FUTURS CITOYENS ET CITOYENNES

dans Courriers des lecteurs

Certains ont cru devoir réagir au nom des « traditions réunionnaises » à une lettre du Recteur de l’académie de la Réunion rappelant, sans innovation notable, les règles de la laïcité républicaine dans les établissements scolaires. C’est méconnaitre à la fois les traditions réunionnaises, dont personne ne peut se prétendre le conservateur patenté, et notre commune règle laïque qui pour n’être pas juridiquement d’origine réunionnaise, a largement fondé notre « vivre ensemble » dans cette île qui porte le beau nom révolutionnaire de R-E-U-N-I-O-N.

 

Si notre tolérance religieuse ou inter-convictionnelle réunionnaise peut être vantée comparée à la situation d’autres pays, il paraît utile de rappeler d’où elle vient. L’on peut distinguer deux sources d’égale valeur.

 

D’une part, dans des conditions historiques et sociales parfois douloureuses mais partagées par le plus grand nombre, les réunionnais ont appris à faire se côtoyer et parfois se mélanger des croyances venues d’ailleurs, inventant ainsi avant l’heure un dialogue inter-religieux qui n’avait nul besoin de caution officielle, alors même qu’il pouvait heurter les préceptes de telle ou telle religion établie.

 

D’autre part, notre tolérance religieuse provient de l’école publique, laïque et obligatoire et de la loi de 1905 fondant notre laïcité républicaine.

 

C’est ainsi qu’un siècle après l’abolition de l’esclavage, au sortir de la 2ème guerre mondiale, sous l’influence notable de la Ligue des Droits de l’Homme à la Réunion, les Réunionnais ont choisi de sortir du régime colonial pour entrer dans la République avec ses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité, et sa règle de la laïcité.

 

Sans doute, pour se concrétiser, et nous l’avons éprouvé, ces promesses ont besoin de notre participation, de notre engagement citoyen.

 

Faudrait-il, pour donner une suite à cet historique réunionnais et républicain, que chacun fasse sa propre école fondée sur ses croyances ou incroyances familiales ou sur ses pratiques religieuses ou culturelles ? Faudrait-il renoncer, au nom des traditions, à former ensemble des citoyens capables de porter un projet commun ? La Réunion serait-elle à l’abri de ces replis identitaires engendrant partout les extrémismes qui prétendent imposer leur loi au nom de la « souche », de l’origine, du sang ou de la « race », des « racines » ou de telle lecture archaïsante de préceptes religieux ? Trouverait-on demain une lecture optimale des traditions réunionnaises dans l’essentialisation des différences, chacun se définissant d’abord comme de telle origine ou religion ? Serait-ce la leçon à retenir de notre histoire singulière pour consolider notre vivre ensemble ?

 

N’est-il pas plus sage, comme nous l’avons appris à le faire, d’éduquer en commun nos enfants et pour cela, de se départir dans l’espace public de l’école de tel ou tel signe distinctif pour reconnaître d’abord ce qui réunit nos enfants comme futurs citoyens et citoyennes et non comme représentants de telle ou telle communauté.

 

N’est-il pas temps de reconnaitre concrètement, sans distinction d’origine, de religion ou de conviction que nos enfants participent ensemble, selon l’expression de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à la grande « famille humaine » ? Serait-ce là une atteinte à nos « traditions », ou leur traduction actuelle librement consentie ?

 

Contrairement à une formulation plus polémique que pacifiante, il n’existe pas une « laïcité à la réunionnaise ». La règle laïque est la même pour tous, c’est ce qui garantit notre égalité et notre liberté en tant que citoyens. Et nous permet chaque jour d’inventer de la Fraternité.

 

Il ne s’agit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant « laïcité ceci, laïcité cela ». Il s’agit de faire vivre, ici et maintenant, les valeurs et principes de la République. Cet engagement est non seulement conforme à nos traditions, il porte en lui un projet parfaitement « réunionnais ».

 

Dominique RIVIERE

Représentant de la Réunion au CESE

 

 

 

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5 Commentaires sur "Dominique Rivière : EDUQUONS NOS ENFANTS EN COMMUN, COMME FUTURS CITOYENS ET CITOYENNES"

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Pffff
Invité
Pffff

Tout est dit Monsieur RIVIERE vous avez très bien défini La Laïcité. Merci d’en faire ressortir l’essentiel pour le vivre ensemble.

Jo de la Rivière
Invité
Jo de la Rivière
Monsieur Riviére , dans le respect de votre position au CESE, je me permettrai ici un commentaire sur votre « style » dans la rédaction de l’article que vous nous proposez ci-dessus, non sur le fond avec lequel je suis tout à fait d’accord en ce qui concerne la laicité, mais sur la forme….. Le CESE est une institution qui se veut proche des citoyens par ses actions et compréhensible, surtout par les citoyens lambda, pour le vivre ensemble . Votre article et son « style » quelque peu emphatique, néglige la bonne compréhension du fond de votre déclaration, ce qui est dommage, en… Lire la suite »
Realiste
Invité
Realiste

Bravo monsieur Rivière. Enfin un discours sensé, honnête, désintéressé et respectueux des principes des valeurs de la république.
Et surtout en total logique avec la réalité reunionnaise.
Merci monsieur Rivière. Merci freedom pour cette tribune. Y fait du bien et y redonne l’espoir

Zazou
Invité
Zazou

Bravo Dominique
Que tous puissent t’entendre et appliquer à la lettre les valeurs essentielles qui nous unissent.

LE FAUCON
Invité
LE FAUCON
Très bien les parents sont là eux pour éduquer leur marmaille un temps soit peu que les parents eux même soit éduqués ..à savoir les élever dans le respect de l’autre….polis , Quand aux profs eux sont là pour NON PAS EDUQUER mais……..les INSTRUIRES ………L’EDUQUATION ETANT LE RÔLE DE LA FAMILLE …….les parents doivent apprendre à leur marmaille le vivre en semble dans le respect de l’autre ce qui n’est pas le cas aujourd ‘ hui ….le cas des parents qui partent d’un principe vous les profs des écoles ont vous paient pour élever ,éduquer ,INSTRUIRE nos marmailles