Dr David Mété : « Isautier, une entreprise au passé esclavagiste qui bafoue le Maloya »

dans Courriers des lecteurs

Nous publions dans le cadre du courrier des lecteurs, un courrier de la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR) dirigée par le Dr David Mété,Médecin hospitalier au Service d’Addictologie CHU Félix Guyon. Ce dernier revient sur la date du 20 décembre, et sur l’histoire du groupe Isautier, dont les propos n’engagent que leur auteur, dans le cadre du courrier des lecteurs. Le groupe Isautier dispose évidemment d’un droit de réponse sur simple demande que nous publierons. 


« Isautier, une entreprise au passé esclavagiste qui bafoue le Maloya.

L’entreprise Isautier aime se présenter comme l’exemple du dynamisme économique réunionnais. Fière de ses 170 ans d’âge, fêtés en grandes pompes fin 2015, la plus ancienne entreprise réunionnaise « ancrée dans l’histoire » pour reprendre la formule assénée à grands coups de publicités en 4×3. Fière également de ses médailles glanées lors de concours internationaux.

Elle commercialise à côté de ses produits médaillés, une gamme nommée « Maloya » réservée au marché local. Cette gamme est constituée par des produits bas de gamme, vendus à très bas prix (voir photo) avec pour objectif de contrer Rhum Charrette sur son terrain de prédilection : l’alcool bon marché, le terrain de la misère et de l’alcoolisme. Ce qui est étonnant, c’est que l’étiquetage des produits « haut de gamme » met clairement en avant la marque, indiquée en grand format, alors que pour la gamme « Maloya », le producteur « Rhums et punchs Isautier » est mentionné de manière très discrète sur le côté de l’étiquette (voir photos ci-dessous).

Un affichage très discret de la marque Isautier pour sa gamme « Maloya » réservée au marchélocal contrairement aux produits « premium ».

Le Maloya est un symbole fort à la Réunion. Une danse, un chant et une musique créés par les esclaves d’origine malgache et africaine dans les plantations sucrières. Il a été classé au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2009. Ce qui n’empêche pas Isautier d’exploiter ce symbole à des fins bassement mercantiles depuis de nombreuses années pour vendre un produit lié à un passé douloureux : le rhum. Ce rhum dont l’histoire est indissociable de l’esclavage, ce rhum qui était distribué par les maîtres aux esclaves les plus « méritants ».

Publicité dans le catalogue d’une grande surface.

Les rhums et les alcools dérivés produits et vendus dans les DOM bénéficient d’un système fiscal dérogatoire qui leur permet d’être vendus à des prix dérisoires. Une inégalité majeure au regard de la santé publique : La Réunion est la deuxième région française la plus touchée par l’alcoolisme.

 Les Archives Départementales de La Réunion (ADR) apportent des informations pour le moins dérangeantes au sujet de cette entreprise si fière de son histoire. Dans les documents de recensement de la ville de Saint-Pierre, on apprend que Louis Isautier, né le 8 mai 1809 à Nogent-sur-Seine, arrive dans l’Île en 1833. En 1843 (ADR 6M853), il déclare être l’époux d’Apollonie ORRÉ, née à Saint-Pierre le 4 janvier 1818. Il est le père de trois enfants : Louis Henri (7 ans), Aimé Charles (5 ans) et Stéphanie Claire (20 mois). Dans sa maison résident deux affranchis de sexe masculin. Il déclare 26 esclaves dont : 5 « Noirs » au-dessous de 14 ans, 12 « Noirs » de 14 à 60 ans, 3 « Négresses » au-dessous de 14 ans, 6 « Négresses » de 14 à 60 ans (les termes entre guillemets sont cités tels qu’ils apparaissent dans les documents d’archives de l’époque). Au recensement précédant il possédait 23 esclaves. Au recensement de 1845 (ADR 6M857), la composition de sa famille n’a pas changé et il déclare toujours 2 affranchis de sexe masculin qui résident dans sa maison de Saint-Pierre mais l’effectif de ses esclaves est passé à 44 (pas de tableau récapitulatif pour les sexes et les âges). Pour mémoire, Louis Isautier fonde l’entreprise en 1845 avec son frère Charles (1811-1865). Au recensement de 1848 (ADR 6M863), sa famille s’est agrandie de deux enfants : Louise (3 ans) et Ernest (1 an). Ses esclaves sont au nombre de 69. Cependant, selon les indications qui figurent sur sa déclaration, ils étaient 109 au recensement de 1847. Il y a eu quelques décès, des achats et beaucoup de ventes aux industriels ou négociants CLASSEUR, KERVÉGUEN, DUPUY et DESHAYES.L’entreprise Isautier parle glorieusement de ses 170 ans d’existence et se décrit « ancrée dans l’histoire », mais en oubliant toujours ses esclaves. Elle gomme ce « détail » gênant de son histoire officielle (voir rubrique « Notre histoire » sur http://www.isautier.com)

Est-ce par cynisme qu’Isautier s’est accaparé le nom « Maloya » pour dénommer ainsi son bas de gamme réservé au marché local ?

Ces produits sont essentiellement consommés par des personnes en difficultés avec l’alcool, souffrant d’addiction1 à l’alcool. Isautier casse actuellement les prix pour s’imposer sur le bas de gamme grâce à une fiscalité complaisante. Étonnamment ces produits sont absents du site Internet Isautier, vitrine de la marque. Il y a quelque chose de profondément sordide dans cette manière de faire.

Est-ce une forme de revanche des anciens maitres sur l’histoire ? Le pouvoir politique et l’argent autorisent-ils tout aux nantis ?

L’entreprise Isautier doit arrêter de bafouer le Maloya et l’histoire de La Réunion. Elle est demeurée sourde à ces requêtes jusqu’à aujourd’hui. A l’occasion du 20 décembre, la Fédération Régionale d’Addictologie de la Réunion (FRAR) invite les réunionnaises, les réunionnais et les associations œuvrant pour la mémoire de l’esclavage à se mobiliser contre cet affront en exigeant le respect de leur histoire et de leur patrimoine culturel. »

Poster un Commentaire

8 Commentaires sur "Dr David Mété : « Isautier, une entreprise au passé esclavagiste qui bafoue le Maloya »"

avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
Mlr (malbar la reunion)
Invité

Écœurant! !!!!ils doivent pas être les seul! ?c est une honte!et sa se dit RéunionnaiS!!!!!FAUT LES BOYCOTTER! !!!!

manioc
Invité

En cette fin d’année où s’exprime l’espérance et la charité, on vous remercie Docteur Mété de nous monter le visage de l’esclavage moderne, merci aussi d’avoir établi clairement le lien qui lie le comportement des gros blancs esclavagistes et le petit peuple asservi et j’aime votre citation qui appelle « les associations œuvrant pour la mémoire de l’esclavage à se mobiliser contre cet affront en exigeant le respect de leur histoire et de leur patrimoine culturel. ».

Anonyme
Invité
Anonyme
Merci mille fois M. Mété pour ce travail et cet article. Le rhum était distribué encore bien après l’esclavage aux « Noirs » pour les rendre dépendants et les dominer politiquement. C’est pour cela que les jours de vote étaient des foires d’empoigne, car c’est entre autres à ces occasions qu’on les abreuvait. Il y a encore beaucoup de choses à en dire. Vous avez donc raison : l’hypocrisie des familles de Gros Blancs dont les descendants sont toujours riches du travail des esclaves et engagés, et qui se tordent le nez devant les pauvres d’aujourd’hui dont les ancêtres étaient les fameux… Lire la suite »
TIRSA
Invité
TIRSA

le silence assourdissant de tous les blaireaux qui se sont sont mobilisés contre l’hôpital psychiatrique est éloquent: dans la tête de ces gros nazes, servir l’aristocratie sucriere , lutter contrel l(asservissement de l’alcoolisme est moins honteux que d’etre assimilé à la psychiatrie. ces gens là me rapellent figero, le caf collabo qui a denoncé elie et s’est averé être un gros gateur quand on voit ce qu’il a fait de sa concession à ilet à corde

Maloya
Invité
Maloya

Pour ma part des je viendrai à la réunion je ne manquerai pas d’aller visiter leur usine et de leurs faire savoir mon point de vue . Des à présent je n achèterai plus leur marque .

max
Invité
max

bonjour ,et la limonade SEGA,on dit rien!!
quand on sait que le sucre fait des ravages!!!! diabete!!!

c bizard!!

OMarie
Invité
OMarie

Quel courage docteur! Vous êtes l’un des rares à ne pas faire de la santé un commerce, assumant votre rôle au delà des limites de votre profession. J’ai essayé une fois, en tant que journaliste et « on m’a tuER »… L’argent qui paie les médias vient de « leur dynamisme économique »… Mais je vous suis à 100°…

l’inconnue
Invité
l’inconnue

c’est gros de la grosse et haute société ne se sans pas pété et se depuis Epoque coloniale petit fils d’esclavagiste ils sav tirer profites de se que leur aîné leurs on laisser vestige de 400ANS RASSIM LE MAUX EST FAIBLE PLUS Tôt CRIME CONTRE L’HUMANITE ET AUJOURD’HUI ILS PILLE L’ERITAGE DES Descendent d’esclave honte a vous bandes de charognarde