Hommage au Professeur Michel Latchoumanin par deux de ses anciens étudiants

dans %s Actualités/Cinor/Collectivités/Infos Réunion

Ce matin du dimanche 31 mars 2019, Monsieur Michel LATCHOUMANIN, un grand personnage réunionnais nous a quitté à la suite d’une crise cardiaque.

Une bien triste nouvelle, une perte considérable, non seulement pour sa famille, ses amis, ses collègues mais aussi pour les Universités dans l’Océan Indien.

En personne, par appel téléphonique, par texto, par e-mail et même sur facebook, nombreux ont été les témoignages de tristesse et d’effondrement à l’annonce de sa disparition soudaine.

Intellectuel, journaliste, chercheur, professeur émérite, humaniste, partenaire de vie, père, frère, ami, voisin et collègue engagé et actif qu’il était, il avait mené bien des projets et en avait encore de nombreux à mener.

Depuis ces dernières années, Michel LATCHOUMANIN, docteur en Sciences de l’Education et en Psychologie, anciennement Doyen de la faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de la Réunion, occupait le poste de Responsable de la filière Sciences de l’Education, devenue la filière des Sciences Sociales, mais aussi le poste de directeur du Centre Interdisciplinaire de la Construction Identitaire (CIRCI).

Auprès de ses étudiants, il n’a eu de cesse de les accompagner dans leur parcours universitaire. Les adjectifs les plus fréquemment employés à son égard sont sa gentillesse, sa bienveillance et bien sûr son humour. Vice-Président du CREFOM, il était connu et reconnu pour son engagement à défendre l’accès des Réunionnais à des postes de responsabilités ; tout comme, membre d’honneur de l’Organisation pour les initiatives de la Diaspora à l’Ile de La Réunion (ODI), dans le cadre de ses recherches sur l’engagisme, il a été un acteur primordial dans la valorisation de l’histoire réunionnaise.

L’un de ses derniers combats : initier un groupe de réflexion « Gérontologie et sociétés »

 Tout au long de sa carrière professionnelle, il n’a eu de cesse d’être un fervent défenseur de la « littéracie ». Visionnaire, l’un de ses derniers combats menés en faveur de la population réunionnaise l’a conduit à initier un groupe de réflexion

« Gérontologie et sociétés », invitant universitaires et acteurs de terrain à œuvrer au quotidien en faveur des personnes âgées. En effet, son regard bienveillant s’est posé sur le vieillissement de la population réunionnaise et leur prise en charge.

Aussi, durant l’année 2018, des séminaires ont été organisés à la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Saint Denis ; les portes de l’Université ont été ouvertes à nos seniors, notamment inscrits au sein des clubs de troisième âge de notre département, qui ont à chacune de ses invitations, répondus présents.

Ses dernières réflexions, alimentées par les entrevues avec les Universités de Maurice et de Madagascar notamment, partagées avec la CINOR chez qui il avait trouvé une oreille attentive auprès du vice-président délégué Yves Ferrières, portaient sur la création d’une Université de troisième âge sur notre département, mais aussi par la réflexion sur la place de nos personnes âgées au sein de nos quartiers, tout en favorisant le lien intergénérationnel. Il a même été pensé que le cœur de cette dynamique aurait pu se penser au sein des écoles, lieu de toutes les rencontres, échanges et relations.

Le vide qu’il laisse derrière lui ne pourra être rempli que par les souvenirs qu’il a inséminé dans les mémoires des uns et des autres. Nul doute que ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, de quelque façon que ce soit, pourraient le remercier d’avoir pu saisir non seulement la pertinence de ses réflexions mais aussi ses talents : outre le fait manifeste que ce grand penseur engagé savait manier l’art de la rhétorique et de la plume, il savait également fédérer famille, amis, voisins et collègues, faire appel à son humour tordant, manier la pioche et autres outils manuels du jardinier au cuisinier en passant par le bricoleur et l’apprenti maçon, le joueur de pétanque, le danseur de danse en ligne et quoi d’autres encore !

En homme humble, il passait de la toge au costume-cravate en passant par un short et « savates deux doigts ». Les colloques, les séminaires, les repas et les piques-niques ne seront plus aussi festifs sans son rougail saucisses, ses imitations et ses blagues.

Nous rappelant de l’humoriste qu’il était, nous aurions pu croire à un poisson d’avril en prenant connaissance de son décès. A l’approche de ses 70 ans, à l’image des nombreux séminaires en gérontologie, à son initiative, il était loin d’être un « vieux » ; ce n’est évidemment pas un âge assez vieux pour nous quitter.

Qu’il ait été apprécié ou pas, imprégné de ses différents rôles, de ses différentes appellations Professeur. LATCHOUMANIN, Michel, Mano, Marso, papa, il aura marqué nombre d’entre nous, Réunionnais, Mauriciens, Malgaches, Mahorais, Québécois, et de nombreuses autres personnes de l’hexagone et d’ailleurs.

Il nous aura inspiré, motivé, guidé ou même pris sous son aile sur les chemins du travail, de la persévérance, de la polyvalence ; il aura semé les principes, les valeurs, de l’humilité, de la bienveillance, de la communication, du partage, de l’entraide, et du vivre-ensemble. Un exemple, un mentor qui nous quitte et que l’on souhaite prendre pour dernière mission de veiller sur nous et sur les projets humanistes qu’il nous a insufflés.

« Allez, le cours est fini, allez jouer dans la cour » disait-il à ses étudiants. Mais, il faudra revenir travailler et continuer à éveiller les consciences car rappelait-il, selon une maxime attribuée au philosophe grec Socrate : « tout ce que je sais c’est que je ne sais rien »

Alexandrine DIJOUX, Docteur en Sciences de l’Education

Laetitia VALERY, Psychologue clinicienne et doctorante en Psychologie

Poster un Commentaire

avatar