Le pouvoir, l’argent et le c…

dans Actualités/Edito de Yves Montrouge/Infos Réunion/Politique

Mme Agnès Buzyn, ministre de la Santé, est arrivée dans notre île, hier, pour un séjour de deux jours, avant de s’envoler pour Mayotte ce soir et revenir à La Réunion mardi. Le temps pour elle de se rendre compte de l’état de santé, si on puis dire, de notre île ainsi que des établissements hospitaliers ou d’accueil qui ont justement pour mission de remettre sur pieds tout ce que la Réunion compte de malades. Mais parmi les malades, on peut aussi compter le CHU lui-même. Le Centre Hospitalier Universitaire de la Réunion ne va pas très bien Madame la ministre. Et elle le sait. Comme nous l’avions écrit sur le site de Freedom.fr lundi et mercredi derniers (d’après mes informations, les services du ministère de la Santé sont déjà en possession des publications en question), l’IGAS (L’inspection générale des affaires sociales) a pointé nombre de « faiblesses » pour ne pas dire de « légèretés » ou de « dérives financières » dans la gestion du CHU, dirigé par David Gruson de 2012 à février 2016, puis par Lionel Calenge de mai 2016 à aujourd’hui. M. Calenge avait également assuré l’intérim de février à mai 2016.

Dans son rapport de 265 pages, les inspecteurs de l’IGAS ont émis 18 recommandations pour que le CHU puisse se remettre sur de bons rails en enrayant sa descente (financière) aux enfers. Car, et ce n’est pas à vous qu’on va l’apprendre Mme la ministre, votre gouvernement suite à l’intervention de Mme Bello et des autres députés locaux vient d’allouer une subvention de 50 millions d’euros (échelonnée sur 4 ans) à cet établissement financier pour lui permettre de combler le déficit qui s’est creusé au fil de ses dernières années. Vous l’avez rappelé hier : « nous allons accompagner cet établissement vers un retour à l’équilibre. Nous avons décidé, ce qui est rare, d’accompagner l’établissement sur les 4 ans qui viennent. Nous allons dégager 50 millions d’euros dont 14 millions dès 2017… ». Tant mieux pour le CHU. Mais si on sait qu’en pareille situation, « la tripe i soutient toujours la panse », il faudra au passage Mme la ministre demander aux gestionnaires de cet établissement de ne pas trop prendre de libertés avec l’argent des contribuables comme ce fut sans doute le cas par le passé. Catherine Gaud, porte-parole de la Fonction autonome de la fonction publique hospitalière l’a dit sur Antenne Réunion : « le déficit ne fait que se creuser ». Elle a, à l’instar de nombreuses autres personnes avant elle, dont les inspecteurs de l’IGAS, tiré la sonnette d’alarme. En effet, à la lecture des recommandations de l’IGAS, on a franchement l’impression que la gestion du CHU relevait d’un certain amateurisme. Au cas contraire, l’établissement ne se serait pas retrouvé dans une telle situation financière : plus de 40 millions d’euros de déficit. Nous reviendrons d’ici à demain sur les 18 recommandations de l’IGAS. Promis. Sachant que la situation n’est pas pour autant désespérée étant donné que les contribuables sont là pour suppléer aux carences de certaines directions, c’est-à-dire pour renflouer les caisses, Mme la ministre vient donc se rendre compte sur place de la capacité de l’actuelle direction et de l’actuel conseil de surveillance à prendre en mains les rennes de cette grosse « boutique ».

La secrétaire du CHU travaillait « les week-ends et la nuit » pour David Gruson, directeur de la FHF ?

Il faut dire que l’ancien directeur, en dépit de sa bonne volonté et d’une formation solide, n’aura manifestement pas toujours été à la hauteur. David Gruson, car c’est de lui qu’il s’agit, vient de se faire « démissionner » de la direction de la FHF (Fédération hospitalière de France) à Paris. Le brillant haut fonctionnaire de 38 ans bardé de diplômes (Ecole de santé, Science-Po, Ena, docteur en Droit…) a été invité par ses pairs réunis, jeudi dernier, lors d’un bureau national extraordinaire, à donner sa démission, histoire d’éviter une humiliation. Il l’a fait sans broncher, laissant ainsi la place à l’adjoint Cédric Arcos, qui va assurer l’intérim jusqu’à la nomination du nouveau délégué général. David Gruson n’avait pas vraiment le choix. Selon « Hospimédia », il est accusé d’avoir reproduit la signature de Frédéric Valletoux, le président de la FHF pour « protéger » (ou « couvrir ») une collaboratrice pointée du doigt par l’IGAS dans le rapport de 265 pages. Un agent (ou plutôt une secrétaire) du CHU de La Réunion qui était en « contrat de mission » au sein de la FHF d’avril à décembre 2016. Dans le rapport de l’IGAS, pas moins de 16 pages (réponses de la direction du CHU y compris) sont consacrées à cette collaboratrice (dont nous tairons le nom) apparemment très proche de David Gruson. Une collaboratrice qui, en 2015, a bénéficié d’une première autorisation de cumul d’activité pour effectuer une mission confiée par la Fédération hospitalière de France de l’océan Indien afin de préparer la stratégie de santé pour l’outre-mer. « Le 22 avril 2016, elle a bénéficié, pour 8 mois renouvelables, d’une nouvelle autorisation de cumul d’activité avec la FHF nationale cette fois pour la préparation de la déclinaison de la stratégie de santé pour les outre-mer (…) Au cours de ce cumul d’activité, l’intéressée continue à exercer à temps plein au CHU de La Réunion tout en consacrant 14 heures hebdomadaires à la mission FHF pour une rémunération nette mensuelle de 700 euros ; Le temps de travail total de l’intéressée dépasse le plafond autorisé », notent les inspecteurs de l’IGAS. Qui ajoutent : « de surcroît, la dame en question bénéficie depuis le début de l’année 2016 d’un congé de formation professionnel (CFP) validé par l’ANFH. A ce titre, elle est inscrite pour 2016 et 2017 à l’Exécutive Master en gestion et politique de santé organisé par Sciences-Po Paris… Les droits d’inscription à Sciences-Po pour ce master s’élèvent à 18 500 euros auxquels il faut ajouter 7 500 euros de frais de déplacement selon les estimations de l’ANFH et 6 350 euros d’indemnités que l’ANFH rembourse à l’établissement. Il s’agit donc d’une formation exigeante sur le plan du temps à y consacrer et donc de la compatibilité avec l’exercice habituel au CHU, ce d’autant que se rajoute la mission auprès de la FHF. Il s’agit aussi d’une formation particulièrement onéreuse qui, même si elle est payée par l’ANFH, c’est-à-dire sur les cotisations des établissements hospitaliers publics, engage des fonds publics ».

Les explications demandées par l’IGAS à la direction du CHU ne permettent pas de clarifier les choses. D’où cette remarque des inspecteurs : « la mission a demandé au directeur général du CHU des précisions sur l’exercice professionnel de la collaboratrice ; Il n’a pas répondu directement à la sollicitation mais a transmis une note rédigée par l’intéressée elle-même qui affirme que son travail dédié à la FHF s’effectue sur son temps personnel (week-end, nuit…) ». Autrement dit, la collaboratrice du CHU de La Réunion en formation à Sciences-Po Paris travaillait en plus pour la FHF et plus exactement pour son délégué général David Gruson durant les week-ends et les nuits. C’est rare de trouver des employées aussi dévouées ! C’est pour avoir « protégé » cette collaboratrice au point de reproduire la signature de son président afin de justifier auprès de la Chambre régionale des comptes certaines dépenses afférentes aux missions et aux fréquents déplacements de celle-ci à Paris que le délégué général de la FHF a été contraint de démissionner.

Promotion du Réunionnais : le CREFOM vole-t-il au secours de la victoire ?

On reste au CHU pour vous signaler qu’après publication des articles relatifs au rapport de l’IGAS, nombre de mails nous parviennent pour rappeler que des plaintes sont toujours en cours d’instruction pour des faits de harcèlement moral. « Une triste réalité que nous vivons depuis un certain temps au CHU », écrit l’une des lectrices et cadre au CHU. Qui espère que la justice fera son travail. Quant au GHER (Groupe Hospitalier Est Réunion) que dirige également Lionel Calenge, le délégué du syndicat national des praticiens hospitaliers Are, lui même médecin, chef de service dans cet établissement, vient d’écrire au directeur : « une partie du personnel et des médecins de l’établissement ne peut reconnaître l’autorité de cette direction qui ternit jusqu’à votre image et attend de vous mieux qu’un mail dont la transparence des engagements pris est désormais une nécessité… ».

Seulement avec ce dossier, il y a de quoi vous occuper et occuper vos services Madame la ministre. Faudra tout mettre en œuvre pour que l’argent public soit utilisé à bon escient, pour que la gestion des établissements aussi importants pour la Réunion ne prenne pas les chemins de travers parsemés d’embûches de toutes sortes, y compris des jeux de pouvoir, d’argent et autres… Mais nul doute que le Réunionnais Lionel Calenge, bien encadré par un Conseil de surveillance présidé par Jean-Paul Virapoullé, saura relever le défi du redressement budgétaire et rattraper les erreurs du passé.

En parlant de Jean-Paul Virapoullé, il a eu des comptes à rendre à la justice vendredi dernier. Le maire de Saint-André a comparu devant le TGI de Saint-Denis pour « négligence et prise illégale d’intérêt ». On lui reproche d’avoir géré par dessus la jambe près de 300 000 euros d’argent public au sein de l’Amicale du personnel communal dont la présidente et le trésorier se sont respectivement accordés des prêts personnels de 72 000 € et de 7 000 €. Avec l’argent des contribuables de Saint-André, cela va de soi. C’est Eric Fruteau qui, après son élection à la mairie, en 2008, avait déposé plainte. Même si cela ne l’empêchera pas de dormir, comme il l’a dit, vendredi, Jean-Paul Virapoullé sera fixé sur son sort le 3 novembre prochain. Le procureur a requis contre lui 2 mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour cette affaire. Ça n’empêche peut-être pas de dormir, mais ça reste quand même gênant, un peu comme un caillou dans la chaussure !

On reste au TGI pour saluer la Réunionnaise Valérie Lebreton, originaire de l’Etang-Salé, qui vient d’être proposée par le Conseil Supérieur de la Magistrature pour le poste de présidente du Tribunal de Grande Instance de Saint-Pierre. Rappelons que Mme Lebreton était en fonction depuis 2012 comme vice-présidente du TGI de Saint-Denis. Le CREFOM (Conseil représentatif des Français d’Outre-mer) par la voix de son délégué local Richel Sacri se félicite de « la promotion d’une élite locale » et de la nomination à un tel poste d’une « Réunionnaise méritante ». Ça ne mange pas de pain, comme dirait l’autre. On peut comprendre la joie du CREFOM. Mais ce que l’on pourrait dans le même temps reprocher au CREFOM, c’est de toujours voler au secours de la victoire de ces Réunionnais qui ne doivent leur nomination à des postes de responsabilité qu’à la juste reconnaissance de leurs compétences. Ce que l’on pourrait reprocher au Crefom, c’est de ne jamais se retrouver aux côtés de ces nombreux Réunionnais tout aussi compétents mais qui, dans leur propre île, sont soit placardisés, soit poussés vers la sortie ou encore même parfois « virés » comme des malpropres à coups de pieds au cul par une hiérarchie non réunionnaise dont le souci premier est de « libérer » la place pour leurs petits camarades « exogènes » (pour reprendre un terme cher au CREFOM). A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, comme dit le proverbe !

Lagourgue avec les « LR/Macron-compatibles » et Dennemont avec « La République en Marche » ?

Coup de chapeau à Aurélien Centon, ce jeune Réunionnais qui bouge pour les plus démunis. Il a réussi l’exploit, samedi matin, de réunir des politiques pour une table ronde. Le dynamique responsable de l’association « Ptit cœur » a voulu sensibiliser nos élus sur la nécessité de mettre en place un dispositif d’urgence pouvant venir en aide aux familles qui se retrouveraient confrontées à « des accidents de la vie ». Les élus physiquement présents parmi lesquels les députés Ratenon, Bareigts et Bassire, ainsi que ceux représentés (David Lorion et Thierry Robert), sans compter d’autres membres des conseils municipaux, du Département et de la Région ont tous milité pour un « guichet unique ». Bien que fatigué par ses multiples voyages entre Paris et La Réunion, le député Ratenon a tenu à faire acte de présence même s’il a fini par roupiller un bon coup, en pleine réunion (voir notre photo signée Willy Fontaine). Comme feu Paul Vergès lors des grandes réunions d’antan. Dormir tout en restant éveillé. Ou rester éveillé tout en dormant. C’est le métier qui rentre ! Comme quoi, il est moins fatiguant de barrer les routes et de crier sous les fenêtres du préfet que de voyager. Même en classe business !

Nos nouveaux sénateurs semblaient quant à eux beaucoup plus frais sur la photo prise à Paris la semaine dernière aux côtés de Gérard Larcher, l’ancien (et vraisemblablement futur) président du Sénat. Nassimah Dindar, Viviane Malet, Jean-Louis Lagourgue accompagnés de Michel Fontaine (sénateur sortant) étaient tout sourire. Il ne manquait plus que le centriste de droite Michel Dennemont dont on dit qu’il pourrait s’inscrire au groupe « La République en Marche » au Sénat après s’être fait élire à La Réunion avec les voix du PS de Gilbert Annette qui a, lui aussi, soutenu Emmanuel Macron lors de la présidentielle. Jean-Louis Lagourgue (Objectif Réunion) pourrait, dit-on, choisir le groupe des « Constructifs », vous savez ces « LR » « Macron-compatibles » ! Comme quoi, on peut vilipender la politique de Macron à La Réunion aux côtés de Didier Robert pour dénoncer la baisse de l’APL, des dotations de l’Etat et des contrats aidés, et se retrouver à caresser dans le sens du poil la majorité présidentielle à Paris. A suivre !

Didier Robert est un président de Région heureux. Il était à l’Elysée, mercredi dernier, où il a rencontré Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer du Président de la République. Lequel lui a demandé de représenter la France au conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien (COI) cette semaine à Maurice. Vendredi, il a rencontré Annick Girardin, la ministre de l’Outre-mer pour lui exposer son nouveau modèle de développement économique. Et ça disait quoi encore l’ancien modèle ? Bref, jeudi, Didier Robert se trouvait à Orléans au congrès des présidents des Régions de France, lesquels très en colère suite à la décision du gouvernement d’amputer les crédits de 450 millions d’euros pour 2018 ont carrément quitté la Conférence des territoires. Courage président (de Région), la rencontre tant attendue (pour la photo officielle) viendra ! Pour l’instant, en effet, Didier Robert n’a eu droit qu’aux « petits » ministres et au conseiller Outre-mer à l’Elysée. Il n’y a que Nassimah Dindar et Brigitte Hoarau qui ont eu jusqu’à présent le privilège (si ç’en est un) de poser aux côtés du Premier ministre Edouard Philippe. C’est fou comme nos élus locaux – sans doute pour leur intérêt personnel – aiment bien se faire voir à Paris par ceux-là mêmes… qu’ils fustigent à la moindre occasion à La Réunion ! Comme si les Réunionnais étaient dupes !

Y.M.

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5 Commentaires

  1. Le saviez-vous ? Freedom.fr est inaccessible maintenant au GHER. On se croirait en Corée du Nord avec ce directeur despotique !!! Ce trio d’incompétents doit être viré. Alors qu’on est en déficit, l’homme de paille du GHER fait fermer un service de chirurgie… autrement dit il fait baisser encore l’activité !!! C’est du délire cosmique.

  2. Ahahaha terrible le commentaire de Zan Igue et donc du coup tu râles parce qu’en tant que fonctionnaire on te paye pas à….lire freedom.fr ?

  3. En faite si aujourd’hui le chu ne va plus c ‘est la politique des personnes qui travaillent dedans certains bossent et connait leur travail et d ‘autre sont la pour faire le tas , ensuite , il faut construire moderniser c est la santé des gens q u ‘il s ‘agit a une époque beaucoup de patient des personnes malades venaient se faire soigner et la cgss payé le chu , maintenant il est impossible d ‘avoir un rendez vous et bien les gens vont dans les cliniques , alors de quoi il se plaint quand on sait pas gérer on se casse .

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