L’édito d’Yves Mont-Rouge : Au boulot Monsieur Macron !

dans Actualités/Edito de Yves Montrouge/Infos Réunion

Ouf ! Enfin, fini oté ! Fini avec toutes ces élections, toute cette campagne électorale qui dure depuis plusieurs mois déjà, depuis les primaires de la droite et du centre en novembre 2016, puis celles de la gauche en janvier, suivies de la présidentielle et des législatives dont le second tour a pris fin hier soir avec les résultats qu’on connaît. Une fois n’est pas coutume, la Réunion a voté à contre-courant. Alors que la France métropolitaine a suivi la tendance présidentielle en donnant une large majorité à Emmanuel Macron, le peu d’électeurs qui se sont mobilisés dans notre île n’ont finalement pas fait de jaloux : 3 députés de droite, 3 de gauche et 1 centriste pour résumer. Plus précisément une socialiste (Ericka Bareigts dans la 1èrecirconscription), une PLR (Huguette Bello dans la 2ème), un « Rézistans 974 » (Jean-Hugues Ratenon dans la 5ème), une « Objectif Réunion » (Nathalie Bassire dans la 3ème), un « Les Républicains » (David Lorion dans la 4ème), une « AMPR » (Nadia Ramassamy dans la 6ème) et un « LPA-MoDem » (Thierry Robert dans la 7ème).

Bref, trois députés (Bassire, Lorion, Ramassamy) qui devraient selon toute vraisemblance siéger avec le groupe « LR » à l’Assemblée nationale, deux autres (Bareigts et Robert) qui devraient rejoindre la majorité présidentielle, un député (Ratenon) qui prendra sans doute place avec « la France insoumise » et une députée (Bello) qui pourrait se retrouver avec les non-inscrits.

Mais tous les sept ont déjà annoncé qu’ils voteront pour « ce qui est bon pour La Réunion » et contre« ce qui n’est pas bon » pour leur département. Pourraient-ils travailler ensemble, tous les sept, dans l’intérêt de l’île en parlant d’une même et en votant, si on puis dire, d’une même main ? Ça c’est une autre paire de manches.

En tout cas, hormis les sénatoriales dont on ne sait pas encore si elles auront lieu en septembre de cette année ou de l’année prochaine  – mais qui ne concernent de toute façon que les grands électeurs, donc pas le peuple – on ne parlera plus de scrutin avant 2020. De quoi permettre les élus de travailler. Et Emmanuel Macron de se mettre au boulot pour appliquer sa nouvelle politique et « changer la vie » des Français tel qu’il avait promis durant la campagne électorale de la présidentielle. Mais avant d’en arriver à là, tirons rapidement les enseignements politiques de ce second tour des législatives à La Réunion :

–       Un taux d’abstention toujours très important : 40% de participation seulement. Même s’il restait deux candidats par circonscription, cela n’a pas mobilisé les foules. Le malaise est donc plus profond qu’on l’imaginait. Les électeurs sont vraiment fâchés non seulement avec les urnes mais carrément avec les politiques auxquels ils ne croient plus. Même pas peur ! Ils n’obéissent même plus aux consignes de vote données par les maires ni n’adhèrent aux ralliements opérés ici ou là. Les électeurs « la pu là ek ça », considérant sans doute que les politiques ne vont pas bouleverser leur vie quotidienne et que ce ne sont pas eux qui vont venir remplir leur marmite en cas de besoin. Ces électeurs, dans leur grande majorité, doivent se dire que « les politiques sont là pour se remplir les poches et pour placer leurs membres de leur famille et leurs copains… maîtresses et/ou amants ». C’est caricatural, mais c’est ainsi. Désaffection, défiance, « boudage » des urnes… Les électeurs n’ont plus envie de voter. Il n’y a qu’à voir le taux de participation dans les communes de l’île.

–       Les partis traditionnels disloqués : on a beaucoup glosé sur « l’union qui fait la force », sur « la nécessité du rassemblement », sur « l’efficacité de la plateforme de la droite et du centre »… Que nenni ! Les électeurs n’en ont que faire. La preuve, la défaite cinglante de Daniel Gonthier (LR-OR-UDI) dans la 5ème circonscription. Une circonscription qui compte 7 communes dont 5 de droite. Et dans les 5, Jean-Hugues Ratenon a gagné. Est-ce que parce que la gauche est plus forte ? Même pas. Et quelle gauche ? Les communistes ? inexistants ! Les socialistes ? Balayés dès le premier tour, les électeurs ayant décidé de jeter le bébé (Le Constant) avec l’eau du bain. La République en marche ? Léopoldine Settama-Vidon, la candidate investie et grande perdante du premier tour, n’a même pas donné de consigne de vote. La France insoumise ? Au départ, ses responsables locaux, des « non Réunionnais » qui découvrent la politique, avaient même cherché des noises à Jean-Hugues Ratenon, auquel ils ne croyaient pas du tout jusqu’au moment où Jean-Luc Mélenchon qui connaît personnellement le responsable de « Rézistans 974 » est rentré pour calmer les petits excités. Résultat des courses, Ratenon, qui incarne aujourd’hui tous les progressistes de gauche dans cette cinquième circonscription, l’a emporté. La victoire d’un homme, le parcours d’un individu, plus que le succès des partis de gauche.

–       Le PS suffoque : il aurait pu s’enorgueillir de la victoire d’une député (Bareigts) mais celle ci va rejoindre la majorité présidentielle de Macron à l’Assemblée nationale. Le PS n’existe plus. Jean-Claude Fruteau (Saint-Benoit), Michel Vergoz (Sainte-Rose) et Gilbert Annette (Saint-Denis) sont Macroniens. Quant à Patrick Lebreton (Saint-Joseph), il a crée son propre mouvement « Progrès 974 ». Philippe Le Constant, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste, aura fort à faire dans les semaines et mois qui viennent pour repenser son parti, remettre de l’ordre au sein de la maison, à moins de le « dégréner » carrément, comme on dit en créole, pour essayer d’en rebâtir une autre.

–        Le PCR est mort : Il ne reste plus que Maurice Gironcel, le dernier des Mohicans à Sainte-Suzanne. Il est même dit qu’il aurait soutenu Nadia Ramassamy. Rien ne va plus à gauche.

–       La droite multiple: de prime abord, elle pourrait se féliciter de la victoire des trois députés de droite, mais de quelle droite parle-t-on ? Nathalie Bassire est «Objectif Réunion » proche de Didier Robert, David Lorion est « LR » fidèle à Michel Fontaine et Nadia Ramassamy est avant tout « AMPR » et n’a confiance qu’en elle même et donc proche de personne. Et elle sait mieux que quiconque, même si elle ne veut pas se montrer politiquement incorrecte, que les Didier Robert, Jean-Paul Virapoullé, Nassimah Dindar et consorts n’ont jamais crû en elle, et qu’elle a obtenu un soutien par défaut. Autre question qui se pose, concernant la droite, jusqu’à quand va tenir la plateforme initiée par Didier Robert ? On a vu ce qui s’est passé à Saint-Paul où Joseph Sinimalé et sa fille ont soutenu Thierry Robert dans la 7èmecirconscription contre le candidat de la droite soit disant unie, à savoir Fabrice Marouvin. Thierry Robert a tenu une conférence de presse entre les deux tours à Saint-Paul chez le chauffeur de Joseph Sinimalé et en présence de Sandra Sinimalé et des militants du maire de Saint-Paul. Il y a des signes qui ne trompent pas. Bèsement à prévoir donc dans les mois qui viennent au conseil municipal de Saint-Paul où Marouvin et ses ouailles ne manqueront pas de titiller le maire… Quant à Nassimah Dindar, présidente du Département, elle a clairement fait savoir à Marouvin qu’elle ne pouvait le soutenir, en se rappelant que Thierry Robert fait partie de ceux qui l’avaient aidé à accéder à la présidence du Département en 2011. Et en ne perdant pas de vue qu’elle aura besoin du maire de Saint-Leu pour les sénatoriales.

–       La France insoumise et le FN disparus de la circulation : on pourrait dire que les électeurs de Mélenchon auront sans doute contribué à la victoire de Jean-Hugues Ratenon et à celle d’Huguette Bello, quoi que rien n’est prouvé. Quid en revanche de ceux du FN. Où sont-ils passés ? Il n’y a que les grands « politologues » et « historiens » qui n’ont pas vécu à la Réunion pour s’alarmer du score éphémère des ces partis extrêmes à chaque présidentielle, pensant qu’ils vont capitaliser aux législatives. Or, n’importe quel marmaille ayant grandi ici et ayant suivi un tant soit peu la politique péi saurait que si les électeurs sont relativement nombreux à se mobiliser sur une candidature Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, ils n’ont plus rien à cirer par la suite des relais locaux de ces derniers à d’autres élections. Mais bon, il y en a qui aime à se faire peur, en calquant bêtement les schémas nationaux sur l’échiquier politique local.

–       La République en marche… en panne à La Réunion : d’où la colère de Thierry Robert qui a explosé au grand jour hier après la proclamation des résultats. N’ayant pas sa langue dans sa poche et n’étant pas hypocrite, il a dit tout haut ce que nombre de Réunionnais pensaient tout bas. C’est la faute à Dubois, à Max Dubois, le délégué Outre-Mer de Macron qui s’est complètement planté en investissant des illustres inconnus, à l’exception de Monique Orphé et en prêtant l’oreille aux socialistes dont Gilbert Annette plutôt qu’à Thierry Robert. Le maire de Saint-Leu en a gros sur la patate, lui qui a eu du mal à digérer l’affront que lui a fait Dubois en nommant Carine Garcia (illustre inconnue là encore) comme référente départementale du mouvement de Macron, et en éjectant comme une vieille chaussette Karine Nabeneza de la 6ème circonscription au profit de la socialiste sortante (et sortie) Monique Orphé.« Pour avoir voulu me faire un petit dans le dos, Gilbert Annette a perdu Orphé », a déclaré hier soir Thierry Robert, qui se positionne aujourd’hui comme un leader incontestable et qui reprend le leadership de « La République en marche à La Réunion ». N’en déplaise à Max Dubois, l’un de ces grands experts opportunistes de métropole qui viennent apprendre aux élus locaux comment faire de la politique et, accessoirement, comment préparer le rhum arrangé ou le massalé !

Une fois tirés tous ces enseignements politiques du scrutin des législatives, comment regarder l’avenir ? Avec espoir malgré tout, cet espoir qu’a nourri le Président Macron en promettant une vie meilleure via un programme théoriquement rassembleur. Force est de constater que le chef de l’Etat dispose aujourd’hui de tous les leviers politiques (gouvernement, majorité absolue à l’Assemblée nationale) pour transformer ses (belles) paroles en actes, pour mettre en pratique ses déclarations d’intentions de campagne électorale. Qu’à cela ne tienne ! Au boulot Monsieur Macron ! Montrez-nous ce que vous avez dans le ventre, vous le bel homme aux yeux bleus qui prétendez changer la vie des Français en réinstaurant la justice sociale et la croissance économique. Plus rien ne vous empêche de concrétiser votre programme, d’organiser le plus rapidement possible ces fameuses « Assises de l’outre-mer » qui, espérons-le, permettront de déboucher sur une vraie gouvernance, un vrai projet de développement économique pour les régions ultra-marines en prenant en considération leurs spécificités. Plus rien ne vous empêche maintenant de supprimer la taxe d’habitation, de supprimer le RSI (car trop d’entreprises mettent la clé sous la porte à cause du poids des impôts et des charges sociales). Plus rien ne vous empêche de lancer ce grand plan d’investissement de 50 milliards que vous avez appelé de vos vœux pour relancer la formation des chômeurs, la formation en alternance en faveur des étudiants, la transition écologique,  les grands travaux. Plus rien ne vous empêche de mettre en place des dispositifs pour lutter contre la vie chère, pour casser les monopoles, pour soutenir l’activité et l’emploi par la suppression des cotisations sociales, par l’augmentation de la prime d’activité. Plus rien ne vous empêche de sortir les 200 000 billets aidés dans le cadre de la continuité territoriale afin de permettre la mobilité des ultramarins en France et dans leur environnement régional comme vous l’aviez promis pendant la campagne électorale… Vous avez les pleins pouvoirs Président, montrez-nous vos compétences en concrétisant vos promesses électorales ! Et en plus, nos sept députés dont quatre fraîchement élus, ne demandent qu’à travailler avec vous. Ils l’ont dit : « si c’est bon pour La Réunion, nous voterons avec la majorité présidentielle ». Alors, que demande le peuple !

Y.M.

2 Commentaires

  1. En politique on existe , M. Yves Mont-Rouge . On n’est jamais mort en politique, tant que l’on n’est pas couché dans son cercueil.

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