Les prépas littéraires dénoncent la dégradation de l’enseignement de philosophie

dans Courriers des lecteurs

Les étudiants CPGE du lycée Bellepierre (Khâgne, Hypokhâgne) ne sont pas contents et ont envoyé un courrier des  lecteurs à Radio Free Dom :

Tristesse et colère se mêlent dans nos cœurs à l’heure où nous vous adressons cette lettre d’alerte.
Anciens élèves de la CPGE du lycée Bellepierre, nous assistons impuissants à la dégradation de
l’enseignement de philosophie dans cet établissement. Depuis plus de 4 mois, cette superbe matière
– ô combien cruciale pour les élèves à bien des égards – est mise au second plan par l’institution dont
le devoir est d’en assurer la tenue. Cette crise a démarré en décembre 2017 avec la venue d’une
Inspectrice Générale de Philosophie et s’est amplifiée grâce à l’apathie et le laxisme, la complicité sans
doute, de l’établissement de Bellepierre en la personne de son proviseur.
Les faits parlent d’eux-mêmes : à la suite de l’arrêt maladie d’un professeur de philosophie, la décision
prise par l’Inspection Générale de Philosophie a été de ne pas remplacer ces heures de cours. Aucun
professeur philosophe n’assure le remplacement – bien qu’il existe des enseignants disponibles et
volontaires pour le faire. Ce premier point est une honte lorsque l’on sait l’importance que revêt la
philosophie pour la réussite des élèves aux concours, indépendamment du cursus suivi. La négligence
ne s’arrêtant pas là, cette même inspection a décidé de remplacer des cours de philosophie par… des
cours de lettres, de culture générale et d’une matière non définie ! C’est inacceptable.
Non seulement certaines de ces matières ne sont initialement pas au programme des classes
préparatoires B/L mais l’existence d’une « matière non-renseignée » est une hérésie. Pire encore, les
élèves de la filière économique et scientifique (ECS) n’ont même pas le droit à des cours de
remplacement ! Gardons à l’esprit que ces élèves préparent un concours et que la philosophie est une
matière capitale dont les notes obtenuessont déterminantes pour accéder aux écolessupérieures. Les
heures d’enseignement de cette matière ne sont déjà pas très nombreuses, qu’advient-il quand elles
sont purement et simplement supprimées ? Comment passer une épreuve de concours sans avoir eu
les cours nécessaires de cette matière ? Encore plus lorsqu’il s’agit d’un concours national et que les
autres candidats bénéficient eux de son enseignement ? Il est préférable d’être à Paris qu’à la Réunion
n’est-ce pas, MM. les décideurs ? Difficile donc de réussir dans ces conditions, les dés semblent pipés
par avance… Le stress et la peur de l’échec sont suffisamment présents chez les élèves pour leur en
rajouter. Il est primordial de les apaiser en assurant la tenue des cours programmés.
Cette farce au goût amer portant le sceau de l’irrespect ne peut plus durer.
La qualité des professeurs assurant ces cours de substitution est évidente, nous pouvons en témoigner.
Là n’est pas le débat. Nous nous interrogeons surtout sur la décision de ne pas remplacer des cours de
philosophie par des cours de philosophie… Alors qu’il est possible de le faire ! Cela rassurerait les
élèves et soulagerait d’autres professeurs déjà bien occupés à assurer leurs propres cours.
Quel est le but poursuivi par les décisionnaires de l’inspection ? Quelles sont leurs motivations ?
L’intérêt de l’élève ne devrait-il pas être au cœur des préoccupations ? Sa réussite aux concours érigée
au rang de priorité absolue ? De quoi le proviseur s’occupe-t-il ?
Ce qui nous révolte profondément est le mépris dont sont victimes les élèves de la Réunion. Nous
avons le sentiment qu’ils n’ont aucune valeur aux yeux de ceux qui en sont responsables. Ce manque
de considération pourrait être comblé parl’action du proviseur de l’établissement mais celui-ci préfère
apparemment conforter l’Inspection Générale dans son jugement en encourageant ses actions
pernicieuses.

Nous ne pouvons croire que ces choix insensés sont le fruit d’une guerre d’égo et que les intérêts
personnels des décisionnaires passent avant ceux des élèves. Mais qui sait ?

Même après avoir quittés l’île, le lycée de Bellepierre et l’excellente CPGE, il nous est impossible de
passer ces actes sous silence. Nous n’en serions pas là aujourd’hui sans les cours de philosophie, et
encore plus aux échanges – qui nous ont changé à vie – avec ce professeur dont l’état de santé actuel
témoigne de son engagement, de sa ferveur et de l’âme qu’il insuffle à sa pratique. Avec le recul, on
se rend compte de l’importance indéniable de cette matière autant dans la vie personnelle que
professionnelle. Elle crée des passions, révèle des intérêts insoupçonnés, nourrit la réflexion et ouvre
l’esprit. Son apport dépasse largement le cadre des concours et de l’éducation car elle s’applique au
quotidien. Elle ne doit pas être négligée, autant par les élèves que par les institutions compétentes.
Et nous sommes nombreux à protester ! De nombreux anciens élèves ont joint leur voix contre ces
décisions : plus de 200 signataires se sont manifestés en 24 heures.
L’Inspection Générale de Philosophie et le proviseur du lycée Bellepierre ont-ils oublié que la réussite
des élèves est leur mission ? Ont-ils oublié que créer les conditions favorables à cette réussite (comme
assurer les cours programmés) est leur devoir ?
Nous n’osons envisager une crise d’amnésie généralisée.
C’est pourquoi nous appelons :
– Tous les acteurs cités à retrouver la raison dans l’intérêt des élèves, de leur réussite au concours et
de leur avenir.
– Ces mêmes acteurs à respecter les matières programmées en rendant à la philosophie la place qu’elle
doit avoir et en restaurant son enseignement et sa qualité.
– En finir avec les « matières non-renseignées ».

➢ Retrouvez l’ensemble des signataires en cliquant sur le lien suivant :
http://lalettredelahonte.strikingly.com/

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