L’étincelle Poudroux vient raviver la flamme au sein d’une droite qui était partie en fumée

dans Edito de Yves Montrouge/Politique

Vox populi, vox dei ! Le peuple a voté. Son verdict a été rendu depuis hier soir : Jean-Luc Poudroux, le divers-droite, devient député de la 7e circonscription succédant ainsi à Thierry Robert démis de ses fonctions, le 6 juillet dernier, par le Conseil Constitutionnel, en raison de ses manquements vis-à-vis de l’administration fiscale. La balle a donc été remise au centre et l’ancien footballeur Poudroux n’a pas eu grand mal à marquer face à Pierrick Robert, le petit frère de Thierry Robert. Le score est sans appel à l’issue de ce second tour : 17 228 voix soit 59,44% des suffrages pour Jean-Luc Poudroux contre 11 754 voix, soit 40,56% des suffrages. Bien sûr, on pourra toujours épiloguer sur la participation : 33 990 votants seulement sur 110 967 inscrits, soit un taux de 69,37% d’abstention. Autrement dit, 76 977 personnes ont boudé les urnes hier, dimanche 30 septembre. Elles étaient 85 278 lors du premier tour, le 23 septembre dernier. On y reviendra dans un instant sur cette abstention qui interpelle. Place d’abord à l’euphorie de la victoire car les militants de Jean-Luc Poudroux n’ont pas boudé leur plaisir et ils ont bien raison. Comme au soir de tout scrutin, il y a ceux qui jubilent et ceux qui grimacent, ceux qui exultent et ceux qui boudent, ceux qui rient et ceux qui pleurent. Aujourd’hui, dans la 7e circonscription, Jean-Luc Poudroux, Didier Robert et toute la droite rient. Thierry Robert, son frère Pierrick et le mouvement LPA pleurent. Comment expliquer la victoire de Poudroux, le candidat de l’union de la droite et la défaite des frères Robert ? Voici les enseignements à tirer de ce scrutin qui n’a guère passionné les électeurs :

« La victoire d’un homme qui réconcilie une famille politique »

C’est d’abord la victoire d’un homme, Jean-Luc Poudroux, 68 ans, candidat malheureux aux municipales de 2008 et de 2014 lors desquelles il a été viré de la mairie par Thierry Robert. Ceux qui l’ont adoubé hier sont sans doute ceux-là mêmes qui l’avaient chassé de la mairie il y a 4 ans. C’est la dure loi de la politique où il faut savoir composer avec la versatilité d’un électorat qui ne vote plus sur des idéologies, sur des convictions comme jadis, au temps de la bipolarisation politique, mais bien en fonction de ses humeurs du moment par rapport à une personne. L’ancien président du conseil général (1998-2004) et ancien maire de Saint-Leu (1989-2008) avait déjà pris sa retraite politique depuis 2015, laissant ainsi la place aux jeunes et, notamment, à Joël Pontalba, leader de l’opposition municipale. Mais lorsque l’opportunité de la législative partielle se présente il y a deux mois, Jean-Luc Poudroux n’hésite pas à sortir de sa vie « pépère » de grand-père pour se re-jeter à l’eau, en n’hésitant pas à municipaliser cette élection, axant surtout sa campagne électorale sur la commune de Saint-Leu, qu’il connaît bien et où il sent monter une certaine hostilité envers Thierry Robert, qui n’aurait pas tenu toutes ses promesses. Jean-Luc Poudroux estime que l’heure de la revanche a sonné. Il se lance avec à ses côtés Graziella Vergoz dont le mari qui sévit dans le monde du football du côté de Piton-Saint-Leu connaît également bien le terrain. A suivre, car lui aussi aurait quelques velléités d’ici à 2020. Nous aurons l’occasion d’en reparler.

Jean-Luc Poudroux se lance mais à condition d’avoir le soutien de toute la droite réunie. Il a dès le début celui de Didier Robert, président d’Objectif Réunion. Ce dernier voulait Jean-Claude Lacouture mais le maire de l’Etang-Salé qui a déjà « donné » dans cette circonscription n’est plus partant. En revanche, il laisse entendre que « si Poudroux y va », il sera à fond derrière lui. Didier Robert pousse alors Jean-Luc Poudroux. Il s’implique activement dans cette campagne. Poudroux a été secrétaire départemental de l’UMP de 2003 à 2008. Et il a toujours gardé de bons contacts avec Michel Fontaine, maire de Saint-Pierre et président de « LR » à La Réunion. Il demande ainsi à « LR » son soutien. La demande transite par Paris – passage obligé pour une élection nationale – et lui revient avec une réponse favorable. Comme en 1998 au conseil général, Jean-Luc Poudroux s’impose comme le plus petit dénominateur commun d’une droite balkanisée. Il est le candidat du consensus. A l’époque, c’était pour éviter une guéguerre entre le clan d’André Thien-Ah-Koon et celui de Virapoullé.

Vingt-ans plus tard, revoilà Poudroux, de nouveau dans ses habits de fédérateur de la droite locale. Son avance du premier tour permet ainsi à la droite de se rassembler. L’étincelle Poudroux permet de raviver la flamme entre Didier Robert et Michel Fontaine et d’agrandir la famille des « dinosaures » que Didier Robert ne regarde plus forcément aujourd’hui d’un mauvais œil. Jean-Luc Poudroux réussit l’exploit de ressouder une famille politique qui, au sortir de la confrontation du 18 décembre dernier pour la présidence du Département, s’était éclatée en mille morceaux. Oublié tout ça à présent ! « Unie la droite est toujours gagnante », a insisté, hier soir, le nouveau député de la 7e circonscription. Et il n’a pas tort. Qui aurait pu penser que les ténors de la droite allaient de nouveau se retrouver main dans la main ou bras dessus-bras dessous ? Poudroux entouré de Didier Robert, de Michel Fontaine, de Jean-Paul Virapoullé, de Joseph Sinimalé, des maires de droite de la 7e circonscription et de tout ce que la droite peut compter d’élus et de partisans : la famille de la droite de nouveau réunie. Il va sans dire que ce come-back politique gagnant de Jean-Luc Poudroux dans la 7e circonscription redonne incontestablement des ailes à l’élu lui-même mais aussi à la droite locale.

L’enseignement à tirer également à travers cette victoire du bientôt presque septuagénaire est que rien n’est jamais figé en politique et que tout est toujours possible dans cet univers impitoyable où il ne faut jamais sous-estimer les « dinosaures », ces hommes d’expérience auxquels l’électorat a recours lorsqu’il se sent à la dérive. Ce ne sont pas Jean-Paul Virapoullé, Joseph Sinimalé et André Thien-Ah-Koon qui diront le contraire, eux qui ont été rappelés à la rescousse aux dernières municipales. Cela veut donc dire qu’en politique, tant qu’il y a de la vie, il y a toujours de l’espoir. Comme l’a dit hier soir un militant de Poudroux : « c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes ».

« La soupe à la grimace dans le camp de Thierry Robert, qui a accumulé les erreurs »

Thierry Robert l’avait clairement dit : c’est Pierrick, son petiot frère, qui va au combat mais cette bataille était avant tout la sienne. « Ce sera ma défaite ou ma victoire », avait-il martelé. C’est sa défaite du coup. Thierry Robert a perdu sur cette élection. Une claque. Les électeurs qui se sont mobilisés, notamment sur Saint-Leu, n’ont pas fait semblant. Certes, Thierry Robert pourra toujours dire que la Région y a peut-être mis les moyens. Mais lui aussi avait à sa disposition tout l’appareil municipal. Et pourtant, il a perdu. Il a perdu parce qu’il a sans doute payé le prix de l’accumulation de toute une série d’erreurs et de « pitreries », de comportements malsains et de déclarations maladroites et irrespectueuses. On pourrait même dire au terme de cette législative partielle que ce n’est pas tant Poudroux qui a gagné, c’est surtout Thierry Robert qui a perdu. La dégringolade. En 10 ans (2008-2018), à l’image de celle d’Emmanuel Macron en un an, sa cote de popularité s’est écroulée non seulement dans la circonscription mais également à Saint-Leu où en 2008 il avait battu Poudroux par 58% des suffrages puis, en 2014, par 74% des voix. Depuis ces dernières années, la chute a été inexorable. Et 2017 sera à n’en pas douter à marquer d’une pierre noire pour Thierry Robert qui a été déclaré inéligible pour 3 ans, destitué de son mandat de député avant d’essuyer son premier revers électoral de toute sa carrière politique. A se demander même si, à l’heure qu’il est, son parti « LPA » a encore toute sa raison d’être. Thierry Robert le sait, la politique n’aime pas les « looser ». S’il pouvait, il y a peu encore, envisager l’option d’une liste commune droite-centre avec les Nassimah Dindar, Michel Fontaine, Joseph Sinimalé, André Thien-Ah-Koon (et toujours Virapoullé en embuscade au cas où)… pour couper la tête à Didier Robert aux prochaines régionales, il lui faudrait à présent revoir cette stratégie qui, depuis hier, avec la victoire de Jean-Luc Poudroux, est tombée à l’eau. Le succès de Poudroux a ressoudé et a reboosté la droite locale.

Mais je vous l’ai dit quelques lignes plus haut : en politique tout est possible et rien n’est jamais figé. A toute chose, malheur est bon. Sur cette législative partielle, Thierry Robert et son frère se sont pris une claque magistrale. Thierry Robert n’est pas pour autant à la rue. Il tient encore les rênes de la municipalité. S’il parvient à mettre un peu d’eau dans son vin et à se comporter tel un gentleman de la politique, il aura tout à gagner à faire profil bas et repartir à la conquête de l’électorat perdu en essayant de comprendre à quel niveau sa politique a failli. A 42 ans en ce qui le concerne et à 37 ans pour son petit frère, on ne peut pas dire que leur avenir politique est définitivement bouché. S’il souhaite rebondir, Thierry Robert devra faire un gros travail sur lui en remettant ses deux pieds sur terre et en refixant bien sa tête sur ses épaules tout en travaillant ses relations avec les administrés, avec le personnel communal, sans qui aucun élu ne peut décrocher son « CDD » (ou son PEC). Le temps pour lui de digérer sa « soupe à la grimace », de prendre un peu de recul et de corriger son image de « petit roitelet », « d’élu véhément et impétueux » – à ne pas confondre avec rebelle ou révolutionnaire – il pourra sûrement se remettre dans la compétition une fois son inéligibilité consommée. Rien n’est jamais totalement perdu en politique. Tout s’apprend. La politique, ne l’oublions pas, est un éternel recommencement. Elle est un peu comme la roue de la vie. Elle tourne. Un jour on est en haut, un autre jour, on est en bas. Tout dépend de la façon dont on se comporte dans l’exercice de son ou de ses mandats envers les administrés.

« Didier Robert : 2, Thierry Robert : 0 »

On l’avait dit et écrit. Cette législative partielle dans la 7e circonscription a été « municipalisée » et « régionalisée ». Autrement dit, il y avait, à titre symbolique, une triple élection dans un seul scrutin : d’abord une législative, ensuite un face-à-face municipal à Saint-Leu entre le maire vaincu Poudroux et le maire victorieux de 2014, Thierry Robert, mais également un duel régional entre les deux « p’tit coqs », à savoir Thierry Robert et Didier Robert. Cette élection prenait clairement des allures de guerre politique entre les deux Robert, les deux ennemis de la politique locale. Raison pour laquelle, Didier Robert s’est personnellement engagé dans cette bataille auprès de Jean-Luc Poudroux ; Sans même attendre la venue des « dinosaures, il s’est activement impliqué. Autour de Jean-Luc Poudroux, la présence de nombreux agents de la Région (en congé ou intervenant après leurs heures de travail) n’a échappé à personne. Idem pour celle des élus régionaux dont nombreux sont sortis du bois après le premier tour. Didier Robert, président d’Objectif Réunion et de la Région, a pris en main la campagne électorale de Jean-Luc Poudroux, son poulain. Il a cru en l’homme dès le début. Force est de constater que sa stratégie s’est révélée payante. Et les autres leaders de la droite, plutôt timides au départ, ont aussitôt adhéré à cette dynamique que Didier Robert a su créer autour de son candidat. Sur cette législative partielle, Didier Robert est largement gagnant. Tout comme il a été gagnant lors des régionales de décembre 2015. C’est donc la deuxième fois, après 2015, que Didier Robert remporte la partie face à Thierry Robert.

Il y a des images qui ne trompent d’ailleurs pas : c’est lui qui a accompagné, hier soir, Jean-Luc Poudroux jusqu’à sa permanence où l’attendait la foule de militants euphoriques à souhait. C’est à lui que Jean-Luc Poudroux a donné en premier la parole, hier soir. Avant Michel Fontaine et les autres élus de la droite présents au grand rassemblement de la victoire qui est, en quelque sorte, celle aussi du président d’Objectif Réunion. Lequel a embarqué tous ses fidèles (les maires de l’Etang-Salé, de Trois-Bassins), les Cyrille Hamilcaro à Saint-Louis, Giovanni Poire à Saint-Paul… dans cette bataille. A noter également le travail effectué sur le terrain aux Avirons par Lyne Baillif, une proche de Jean-Luc Poudroux. Bref, toute cette organisation rondement menée par le président d’Objectif Réunion en faveur du candidat Poudroux a inévitablement conduit à un vote-sanction contre Thierry Robert. Cela prouve que Didier Robert a non seulement le chéquier mais aussi un cerveau capable d’ébaucher des stratégies gagnantes. La droite locale n’aura sans doute pas d’autre alternative que de composer avec lui aux régionales de 2021 car si Didier Robert a encore le pouvoir de faire gagner, il n’a pas pour autant perdu celui de faire perdre. Jean-Paul Virapoullé qui tient à son fils Jean-Marie, Michel Fontaine qui craint Jean-Gaël Anda (un ancien LPA) et d’autres encore l’ont bien compris.

« L’impact de la victoire de Jean-Luc Poudroux sur la Réunion ? »

Pas la peine de se voiler la face. L’élection de Jean-Luc Poudroux à la députation ne va pas changer la face de La Réunion. Pas même celle de la 7e circonscription. Sur les 110 000 électeurs que compte cette circonscription, Jean-Luc Poudroux n’a été élu que par 17 000 d’entre eux. Sa vie personnelle va certes changer. A 68 ans, il s’était habitué à jouer avec ses petits-enfants, à passer un peu plus de temps avec son épouse depuis qu’il s’est mis en retraite politique. Il va devoir changer de rythme, s’habituer à l’avion, à une vie qui n’est sans doute pas de tout repos mais qui n’est pas non plus à plaindre. Jusqu’en 2022, Jean-Luc Poudroux, qui passe ainsi de retraité politique à député de la République, va redevenir un interlocuteur valable au sein de la droite locale. Il aura son mot à dire. A lui voiture (avec chauffeur), avion en classe affaires, vins fins et champagne, lambris doré et couloirs feutrés du Palais de Bourbon. Ça lui changera sans doute de son environnement saint-leusien, de sa sieste quotidienne et des télénovelas. Quant à savoir s’il va pouvoir influer grandement sur le destin des Réunionnaises et des Réunionnais en ramenant le gouvernement à la raison sur l’APL et bien d’autres mesures encore, il faudra attendre et voir pour croire. Pour l’instant, aucun des six autres députés n’y est parvenu. Ratenon se démène, il fait beaucoup de bruit, mais le buzz ne fait pas pour autant avancer le schmilblick. Quid de Poudroux, 7e député de La Réunion ? L’avenir nous le dira. Pour l’instant, il apprécie sa victoire et se remet de ses émotions.

Y.M.

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6 Commentaires sur "L’étincelle Poudroux vient raviver la flamme au sein d’une droite qui était partie en fumée"

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Dédé
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Dédé

Le cas thierry est regler maintenant c’est à lacouture de s’attaquer à la présidence de la civis avec la benédiction de didier.

gratelle
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gratelle

Je suis déçu par cette analyse qui ne corresponds pas du tout à la réalité. En fait c’était une bataille Didier Robert/ Michel Fontaine avec d’un coté Michel Fontaine qui soutenait Thierry robert son allié pour le département et de l’autre Didier Robert qui soutenait Poudroux. Le résultat c’est plutôt Didier Robert 1 Michel Fontaine 0!

goutamoin
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goutamoin

Derrière cette réalité il n’y aurait il pas une autre ? Etats Unis /Iran, Alien /Prédator ?….

Dejean
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Dejean

La victoire de mr poudroux n’est surtout pas celle de mr fontaine.au 1er tour les militants st pierrois ont tenus bureau pour pierrick.

michel
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michel
A mon point de vue, la réconciliation décrite n’existe pas, le peuple ne peut que regarder le bal des faux culs. Deux concurrents au final et aucun des deux n’est représentatif, le soi-disant vainqueur ne pèse que 15,52 % et l’autre que 10,68% de l’électorat et en à eux deux,; un petit peu plus du quart du potentiel de votants, leurs ont fait confiance. Certes, le fameux dinosaure perdu qui est tellement diversifié qu’il ne sait pas de quelle famille, il appartient trouvera place à l’assemblée et bénéficiera d’indemnités; mais en termes de productivité en éloquences et en allocutions sur… Lire la suite »
Souevamanien
Invité
Souevamanien

Pour une fois je suis entietement daccord avec l’analyse de mr mont-rouge,objectif et realiste