Didier Robert prendra-t-il bientôt sa carte chez Macron ?

dans Edito de Yves Montrouge/Politique

Fontaine-Dindar-Virapoullé-Sinimalé-Thien-Ah-Koon (et Thierry Robert) 1, Didier Robert 0 : l’élection de Cyrille Melchior à la présidence du conseil départemental a fait exploser la droite locale. Après l’échec de Jean-Claude Lacouture, son candidat, hier au Département, Didier Robert, visiblement déstabilisé, sonné, fragilisé, n’a eu de cesse de réclamer une « clarification de l’espace politique réunionnais » et de souhaiter « une recomposition de la droite réunionnaise ». Il l’a dit et redit au sortir du palais de la Source, le visage quelque peu défait : « il nous faudra aujourd’hui construire différemment. Cette élection à la présidence du conseil départemental a permis d’amener une clarification et de mettre en place une nouvelle démarche. Il y a les conservateurs d’un côté et les progressistes de l’autre. Je fais partie des progressistes ».

A nos confrères de Zinfos, le président de Région a déclaré qu’il ne pourra plus siéger dans le même parti que Michel Fontaine et de Laurent Wauquiez… » car « la situation politique locale a changé ».

Dès hier matin, avant même l’élection de Cyrille Melchior, Freedom avait vu juste. Raison pour laquelle, nous titrions l’édito du lundi : « Conseil départemental : c’est la guerre à droite ». Le mot était presque trop faible. La guerre, parce que la droite s’est affrontée publiquement. Parce que la plateforme de 2014 « bébé » de Didier Robert a officiellement explosé en vol. La guerre parce qu’après l’élection de justesse du président Melchior, la confrontation s’est poursuivie jusqu’au bout (non pas de la nuit comme dirait la chanson) mais de l’après-midi. Le groupe des vaincus a même présenté une liste menée par Hermann Rifosta (en bisbille avec Michel Fontaine pour n’avoir pas été choisi comme candidat aux législatives de juin dernier) afin de croiser le fer contre la majorité présidentielle pour la composition des vice-présidences. Jusqu’au bout donc l’équipe de Didier Robert aura tout tenté. En vain. La majorité présidentielle a là encore gagné par 25 voix contre 21 (quatre bulletins blancs). Les vice-présidents de cette nouvelle mandature sont les suivants, dans l’ordre : Jean-Marie Virapoullé, Béatrice Sigismeau, Daniel Gonthier, Laurence Mondon, Serge Eric Hoareau (maire de la Petite-Ile), Claudette Grondin, Patrick Mallet, Marie-Lyne Soubadou, Alain Armand, Marie-Paule Balaya, Philippe Potin, Auguste Romano, Enaud Rivière. 13 vice-présidents de la majorité présidentielle. Deux postes laissés ouverts pour les perdants au cas où ils accepteraient de rejoindre la majorité « pour travailler ensemble en faveur de la population réunionnaise », a insisté le nouveau président Cyrille Melchior, un homme consensuel, montrant si besoin était sa volonté d’ouvrir la commission permanente mais surtout sa volonté de travailler main dans la main, en mettant de côté « les querelles intestines ».

Pas besoin d’être un grand analyste politique ni même d’avoir fait Sciences-Pô pour comprendre que Didier Robert a perdu. Il a perdu l’élection mais il a aussi la face tout simplement. Il l’avait d’ailleurs très mauvaise. Pour la première fois dans sa jeune et remarquable carrière politique, il vient de subir un échec. Son premier revers qui, visiblement, ne le laisse pas indifférent. A l’annonce de la victoire de Cyrille Melchior à la présidence du conseil départemental ce matin en remplacement de la sénatrice Nassimah Dindar , suite à un scrutin il est vrai très serré, le président de Région et d’Objectif Réunion, n’arborait pas la mine des grands jours. Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Ses brillantes et réjouissantes victoires aux législatives de 2007 contre feu Paul Vergès dans l’ancienne 3ème circonscription puis aux régionales de 2010 contre le même Paul Vergès ne sont plus que de lointains souvenirs.

La victoire donne des ailes. C’est connu. Son élection aux régionales de 2015 l’a sans doute conforté dans ce sentiment d’invincibilité au point de croire toujours à une ascension encore plus grande, tel le sportif de haut niveau qui, faisant preuve d’abnégation, finit toujours par trouver les dernières forces à quelques mètres de la ligne d’arrivée. Mais il est connu aussi qu’à force de trop vouloir s’approcher du soleil, on finit par se brûler les ailes.

Une posture jusqu’au-boutiste suicidaire

En se confinant dans cette posture jusqu’au-boutiste ce matin dans l’hémicycle du palais de la Source, Didier Robert a cru, jusqu’au dernier moment à une possible victoire. Contrairement aux sénatoriales, cette fois-ci il a réellement mouillé sa chemise, il s’est investi, il s’est battu jusqu’au dernier moment, n’hésitant pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller convaincre les élus départementaux, à draguer la gauche, afin de constituer une majorité autour de son candidat Jean-Claude Lacouture. Didier Robert était sûr de lui, sur de son coup. Idem pour les « médias amis » dont certains avaient déjà vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué en pronostiquant une victoire certaine du poulain du président de Région. Ce « bourrage de crâne », genre méthode Coué, avait déjà commencé depuis l’élection de la présidence du Centre de Gestion il y a deux semaines. L’on se rappelle d’un gros titre lu sur un site : « Lacouture 1, Melchior 0 ».

Didier Robert était confiant, sûrement parce qu’il pensait au fond de lui-même que « l’argument » choc dont il disposait, à savoir son chéquier – ou plutôt celui de la Région – était imparable. Tel le Messie venu annoncer la bonne parole (et d’une certaine façon le renouveau politique) en passant de commune en commune, tout en distribuant ici et là, non pas des petits pains et du poisson, mais des gros chèques pour financier qui un gymnase, qui un centre de formation, des routes, des ponts…, Didier Robert pensait avoir tout ficelé.

Pas plus tard qu’hier soir, il avait encore réuni les « siens » au restaurant « Chez Paul » à Saint-Gilles. Et c’est confiant et souriant qu’il a effectué son entrée dans l’hémicycle du palais de la Source ce matin.

Fontaine et Dindar n’ont pas chômé non plus de leur côté. Samedi, ils ont rencontré Jean-Paul Virapoullé. Une véritable confrontation entre les deux « clans ».

Sans doute, Didier Robert se voyait-il déjà, dans la foulée de ses victoire précédentes, s’imposer, après cette élection au conseil départemental, comme le nouveau patron de la Réunion (Département) en gérant les deux principales collectivités, dont une par personne interposée. C’était son schéma, sa stratégie, et il a mis les moyens importants tout en déployant sur le terrain son armada de collaborateurs de la Région.

Mais un grain de sable est venu manifestement enrayer la machine et a fait capoter son plan, tout en stoppant net cette volonté hégémonique, cette soif de pouvoir, de vouloir tout contrôler, de tout vouloir maîtriser. Les mauvaises langues ajouteront « de vouloir tout acheter ». Mais comme le dit si bien le proverbe, l’argent ne fait pas le bonheur, il donne du plaisir, un peu comme les gains aux jeux, de cartes ou autres… Sans plus.

« I couv’ ti poules, i sort’ ti canards »

Il suffit de bien regarder la liste (dans l’ordre) des vice-présidences pour comprendre l’origine des voix qui lui auront manqué à droite. Il lui suffira de bien scruter cette liste de vice-présidents pour comprendre que la politique n’est pas une science exacte mais une équation à plusieurs inconnues ; Que 2 + 2 ne font pas forcément 4 en la matière. Et que « lorsqu’ i couv’ ti poules la veille, i sorte ti canard le lendemain matin ». Didier Robert en a fait l’amère expérience ce matin. On aurait pu penser qu’au terme de l’élection de Cyrille Melchior, l’équipe perdante fasse un pas vers « l’apaisement » souhaité aussi bien par le nouveau président que par les leaders que sont Michel Fontaine et Nassimah Dindar. Jean-Paul Virapoullé, en coulisses, avait aussi appelé à la réconciliation, avant l’élection, un peu comme il l’avait fait avant les sénatoriales. Mais cette fois, Didier Robert, moralement gonflé à bloc par les promesses de vote des élus de gauche en échange de subventions au profit de leur commune, voulait vraiment en découdre avec Michel Fontaine et Nassimah Dindar ces ténors qui lui font de l’ombre sur son ambitieux chemin de conquête du pouvoir. En mettant la main la main sur le conseil départemental dans le cadre d’une majorité droite-gauche-LREM (avec Jean-Gaël Anda, Brigitte Hoarau et les autres), il ambitionnait sans doute de faire localement comme Emmanuel Macron, qui a réussi avec l’aide de certains socialistes à bousculer les codes et à exploser les barrières entre les parties, afin de s’ériger ensuite comme l’interlocuteur principal du gouvernement et de l’Elysée à La Réunion. Mais Didier Robert n’a pas l’aura de Macron. Ce n’est pas parce que Jean-Gaël Anda vote son budget à la Région et que le PS s’abstient qu’il peut se targuer d’être à la tête d’un nouveau moment.

Son coup a d’autant plus foiré qu’il ne pourra même pas accusé la droite de Fontaine-Dindar et de Virapoullé (Jean-Marie, le fils de Jean-Paul est quand même passé de la 5ème vice-présidence à la 1ère) d’avoir pactisé avec Thierry Robert, son ennemi de toujours. La majorité départementale n’a donné aucune vice-présidence. Au-delà de la défaite électorale, politique, Didier Robert a également perdu sur le terrain psychologique car n’ayant pas été habitué à l’échec, aujourd’hui il doute. La victoire de Michel Fontaine et de Nassimah Dindar, avec l’aide de Joseph Sinimalé, des centristes de Tak, du LPA et de tous les « UDI » sans exception (comprenne qui pourra) l’a incontestablement fragilisé. On ne résiste pas à « l’axe des anciens ». Même à la Région, il lui faudra savoir raison garder, et ne pas laisser place à la colère et aux règlements de compte tous azimuts avec la complicité des médias subventionnés, car certains de ceux qui composent sa majorité (et sa commission permanente) ne sont pas des « petits nouveaux » en politique. Didier Robert sait aussi que sans les « anciens » de sa majorité régionale, il pourrait manquer de crédibilité politique. L’étau (politique) se resserre petit à petit sur celui qui, après avoir battu Paul Vergès avec la complicité de certains socialistes, se croyait invincible au point de pratiquer la politique de la terre brûlée et de « tuer » comme bon lui semble les vieux renards de la politique locale. Le président de Région a dû apprendre depuis hier matin que la vengeance est un plat qui se mange froid et que si certains lui ont pardonné son « arrogance » et sa « suffisance » politiques, ils n’ont en revanche jamais oublié… André Thien-Ah-Koon, par exemple, n’a pas oublié comment il a été trahi « par le fils » ; Michel Fontaine sait qu’il pousse Jean-Gaël Anda-Moutoussamy contre lui à Saint-Pierre ? Daniel Gonthier n’a pas oublié qu’il a maintenu la candidature de son membre de cabinet Jean-Luc Julie dans la 5ème circonscription aux dernières législatives ; Joseph Sinimalé sait que la Région ne le regarde pas avec les yeux de Chimène ; Nassimah Dindar n’a pas oublié que Didier Robert a pris son téléphone pour demander à « LR » de la blackbouler au Sénat, en ne lui donnant pas le poste de « rapporteure » pour l’Outre-mer… Nassimah Dindar n’oublie pas non plus tout « l’acharnement médiatique » commandé au « journal ami » pour la « supprimer » de la scène politique locale.

Que va faire à présent Didier Robert qui, politiquement, pour l’instant, se retrouve orphelin, isolé, mis de côté par l’axe Fontaine-Dindar-Virapoullé- Thien-Ah-Koon-Sinimalé et Thierry Robert ? Depuis quelques temps déjà, il tenter de marcher sur (ou vers) En Marche. Soit par une campagne de séduction, en passant en périphérie (inscription du sénateur Lagourgue chez les Constructifs), en faisant des yeux doux au groupe « La République en Marche » présidé par Jean-Gaël Anda à la Région, soit par une tentative d’OPA d’Objectif Réunion sur LREM en poussant Brigitte Hoarau à déstabiliser de l’intérieur Henri Chane Tef, le référent départemental du parti présidentiel, en mettant également la main sur le Parti Radical, via Olivier Rivière, maire de Saint-Philippe, qui en a pris récemment la présidence… Partant du principe qu’il n’aura plus besoin de personne jusqu’aux échéances de 2021, Didier Robert le « progressiste » se donne 3 ans pour « changer l’espace politique réunionnais » en quittant « LR » et en mettant tout en œuvre pour prendre vraisemblablement le leadership du mouvement « En Marche » à la Réunion et se positionner comme l’interlocuteur privilégié du gouvernement et de l’Elysée à La Réunion, tout en espérant, en cas d’un remaniement ministériel, obtenir une « petite place bordage » au sein du pouvoir parisien. Mais rien ne dit qu’En Marche acceptera dans ses rangs un élu qui n’a jamais cessé de militer en faveur de Nicolas Sarkozy, puis en faveur de François Fillon, après avoir traité Emmanuel Macron et la politique de ce dernier de tous les noms ! Et comme un malheur n’arrive jamais seul, même ses « hommes » qu’il avait placés à la tête des organismes locaux rencontrent de sérieuses difficultés dans l’exercice de leur pouvoir : Frédéric Miranville, le président de l’Université, mis en minorité, et Lionel Calenge, le directeur général du CHU, dont la gestion est plus que jamais montrée du doigt. Comme si le « bateau Didier Robert » était en plein « tangage ». Il envisage même d’exclure Jean-Paul Virapoullé de sa majorité régionale. Rien que ça ! Après avoir fait exploser la plateforme de la droite réunionnaise, prendra-t-il le risque de transformer la Région-Réunion en « Titanic » ? A suivre !

Y.M.

([email protected])

 

 

 

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7 Commentaires sur "Didier Robert prendra-t-il bientôt sa carte chez Macron ?"

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peace & love
Invité
peace & love
Ca m’a fait marrer de lire le CR du conseil municipal de St Denis sur zinfos974 la phrase suivante : « Pour Dominique Fournel, les futurs investissements de la mairie de Saint-Denis s’apparentent plus à des « saupoudrages à coups de 1 ou de 2 millions d’euros » : « Heureusement que vous avez la CINOR pour vous aider à financer vos projets. Je tiens d’ailleurs à féliciter le président Maillot ». MAIS QUEL LECHAGE DE BOTTE (pour rester poli) !!! Incroyable mais vrai jusqu’ou on peut descendre son froc en politique pour gagner une voix… mais ça n’a pas été suffisant.. LOOOLLL! Entre parenthèses,… Lire la suite »
Moi
Invité
Moi

Pour les pronostics

Yves Monrouge-JIR/zinfos. 1 à zéro pour Montrouge hihiihihi

Té heureusement ou lé pu au jir, i renouvelle un peu le journalisme politique à la réunion, même si a ou aussi lé parti pris, mais lé normal 😉 c’est ça la pluralité comme dit bana

fretu
Invité
fretu

Didier a tué le père (TAK) et s’est vanté d’avoir , malgré son jeune age roulé dans la farine Vira , TAK et Verges.
La roue tourne !

Traitre 1 jr traitre tjrs
Invité
Traitre 1 jr traitre tjrs

Dr est l’homme a abattre et pour tenter de l’atteindre avec 2 petites voix ils ont dû se faire une armée rien de bien glorieux. Le jir complice ou je en sais quoi on parle des liens etroits entre YMG et MO du côté de la source??? J’ai hate de voir ce qui va se passé dans les jours et moi à venir y’en a qui vont commencer a regretter je pense mdrrr

zarboutan
Invité
zarboutan

Didier, là ou la fé un l’erreur là : ha hi hi hi hi hi hi !

esmee974
Invité
esmee974

zot poche marche devant zot alors que nous nou râle le diable par la queue….
Tant que réunionnais sera couillon même pour soutient band volèr là i changera pas. Toute bande poiliticien c’est que band marchand de parole et bande profiteur.
Moin néné pu espoir sur cette terre !

Noe97444
Invité
Noe97444

Pourquoi pas ?
M. Macron est un excellent Président de la 5e République … il veut remettre la France sur la scène internationale !