Pierre Vergès, le retour

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L’ancien maire du Port (1989-1993 puis de 1998 à 1999) n’exclut pas un retour en politique en 2020 dans une commune qu’il connaît bien pour l’avoir gérée en succédant à son père feu Paul Vergès. Discussions à bâton rompu avec celui qui, depuis 2013 a pris ses distances avec le Parti communiste réunionnais (PCR) et qui, depuis 2015, a pris du recul avec la politique, cet univers impitoyable, mais en restant malgré tout discrètement en observation tout en appréciant la vie autrement, après avoir baigné dans ce domaine, aux côtés de son père, depuis l’enfance.

Après plusieurs contacts téléphoniques ces derniers mois, avec le fils de Paul, on s’est donné rendez-vous, hier matin, à Saint-Paul, dans une boulangerie quasiment en face de « Chez Paul », le restaurant de Savannah. Et devant un café fumant (pour lui) et une petite bouteille d’eau minérale plate (pour moi), on a ainsi causé politique. Longuement.

Pierre Vergès, 60 ans, père de quatre enfants et grand-père de 7 petits enfants, n’est évidemment pas un novice en politique comme le témoigne son « pedigree » : conseiller régional de 1987 à 1988, conseiller général (on ne disait pas encore départemental) de 1988 à 1991, maire du Port de 1989 à 1993 avant de « partir dans la nature », dit-il (comprenez en cavale), puis de nouveau maire du Port de1998 à 1999 avant d’être rattrapé par l’affaire Dumez.

Retour en politique de 2004 à 2010 au régionales sur la liste de l’Alliance menée par son père où il s’occupera notamment du dossier du Tram-Train à la tête de la SR 21 (devenue Nexa depuis), puis conseiller général, vice-président du Département de 2011 à 2015 avec comme suppléante Firoze Gador, laquelle se positionne déjà pour 2020 dans la commune du Port avec vraisemblablement l’étiquette du PCR. Elle a récemment tenu une conférence de presse pour dénoncer la gestion de l’actuel maire Olivier Hoarau.

Au Département jusqu’en 2015, la présidente Nassimah Dindar avait confié à Pierre Vergès les délégations « Transports » (cars jaunes), « Agriculture » et « Coopération régionale », suite au décès de l’ancien maire de La Possession Roland Robert.

En 2013, Pierre Vergès décide de prendre ses distances avec le Parti politique fondé en 1959 par son père. Il s’en explique dans une longue tribune libre (à voir sur son blog).

En 2014, il se fait « virer » par celui qui l’avait succédé à la mairie du Port, Jean-Yves Langenier. Il occupait à ce moment là un poste de fonctionnaire. Depuis, il n’a plus travaillé. Dans la fonction publique territoriale, il a le grade d’Administrateur et il est aujourd’hui « fonctionnaire momentanément privé d’emploi » rattaché au Centre national de la fonction publique à Paris. Ce qui lui laisse le temps de voyager avec son épouse. Ils reviennent tous les deux d’un long voyage de Nouvelle-Zélande « une destination magnifique, sans doute la plus belle que je n’avais encore jamais vue », laisse entendre ce grand voyageur qui a quand même parcouru une bonne partie du globe.

« Je n’ai jamais rompu les liens avec les forces vives du Port »

Son statut de « chômeur » lui permet de voyager mais il lui permet aussi de prendre le temps de vivre, d’apprécier cette vie de famille avec ses enfants dont certains vivent dans l’hexagone et avec ses petits enfants, tout en continuant à fréquenter ses amis autour de bons caris. Enfin, sa disponibilité lui permet aussi d’entretenir des relations régulières avec ses nombreux camarades du Port, les commerçants, les associations, les jeunes, les employés communaux… avec lesquels il n’a jamais rompu les liens.

Discrètement mais sûrement, il garde un œil sur cette ville que son père a bâtie et dans laquelle il n’exclut plus aujourd’hui, après une longue période de réflexion et d’observation, d’hésitation aussi, de revenir prendre des responsabilités politiques d’ici à 2020, mais à plusieurs conditions dont la première pourrait se résumer en un mot : l’union. « Il sera hors de question d’aller en compétition pour arriver à une fusion au deuxième tour car je ne voudrais pas d’un conseil municipal composé au final de plusieurs petits clans », insiste-t-il en souhaitant « un courant fort dès le départ, sur la base d’un projet et d’une méthodologie » et rejetant « tout compromis ou alliance derrière la cuisine ».

Celui qui prône « l’utopie refondatrice » croit encore en la politique. En 2017, il était revenu sur la scène publique pour apporter, aux côtés de Claude Hoarau, son soutien à Jean-Hugues Ratenon lors des législatives. Lequel Ratenon a pris depuis l’étiquette de la France insoumise.

Pierre Vergès croit en la politique mais ne croit plus aux Partis politiques. « Nous avons eu le PCR qui a mené de grandes luttes sociales autour d’un leader charismatique. Nous étions dans un contexte, dans une époque. Mais cette époque là est révolue. On l’a vu, tous ces élus qui, depuis, ont changé de paroisse, de chapelle pour concocter un zembrokal politique souvent derrière la cuisine ». Ce qui lui fait dire « qu’on ne peut plus attendre aujourd’hui un Messie. On ne peut plus compter sur une personne. Finie l’époque des Debré, Lagourgue, Vergès, Virapoullé ».

Revenant à la commune du Port, il envisage effectivement de revenir « à condition que tout le monde accepte de s’impliquer autour d’un projet selon une méthodologie bien définie qui consiste à se réunir régulièrement pour faire le point en toute transparence sur les dossiers et pour se dire les choses en toute franchise ». De même, en cas de victoire, Pierre Vergès plaide aussi pour « un partage équitable du pouvoir avec de larges délégations données aux élus au sein de l’équipe ». Il déplore cette tendance qu’ont certains élus, y compris des jeunes maires, « à vouloir tout accaparer en terme de pouvoir ».

Si toutes les conditions sont réunies pour un retour en 2020, Pierre Vergès ne se présentera pas avec une étiquette politique mais avec « Le Port sa mém mém », une signature qu’il a déjà relancée sur le terrain au fil de ses rencontres. « Nous n’allons pas créer un énième parti politique. Les gens sont fatigués avec ces partis ou mouvements politiques qui poussent comme des champignons et qui n’apportent strictement rien », constate-t-il préférant mettre en avant « un contrat de confiance » avec la population.

En clair, pour son retour en politique, dans la commune du Port précisément, Pierre Vergès n’a pas l’intention de jouer des coudes pour se faire une place au soleil. « Cette place je l’ai déjà auprès de ma famille, mais je souhaite que les citoyens s’impliquent davantage à la gestion de leur ville, à la prise de responsabilités pour le développement de leur cité, de leur île et ne laissent pas tant à l’échelle communale que départemental ou « régional » tous les pouvoirs à un seul maire, à un seul élu, à un seul homme ou à une seule femme. L’esprit d’équipe doit toujours prévaloir, nous devons privilégier le collectif ».

Pierre Vergès se dit prêt à revenir « s’il y a un courant fort ». Mais si ce n’est pas le cas, il ne s’arrachera pas les cheveux pour autant. Retour ou pas retour, au pouvoir ou pas, il continuera à garder sa liberté de parole et parlera un « langage franc », dit-il « ce qui n’est pas toujours autorisé quand on est formaté dans un parti politique où certains égos sont surdimensionnés ». Pierre Vergès estime « qu’il faut savoir tirer les leçons des échecs occasionnés ou subis pour avancer ». Un message qui semble être destiné à ces anciens camarades du PCR ?

« Il est faux de dire que l’Assemblée unique va sauver La Réunion »

En tout cas, l’ancien maire du Port parle en toute liberté sur tous les sujets. Un exemple parmi tant d’autres ? Le développement de La Réunion. « Certains veulent nous faire croire que le développement de notre département est bloqué par un amendement, celui de Virapoullé pour ne pas le nommer. Mais cela relève de l’hérésie la plus totale. Certes, cet alinéa 5 a peut-être bloqué un certain nombre d’initiatives, mais il a surtout bloqué des initiatives qui n’ont jamais été prises », ironise-t-il.

« Il n’y a aucun alinéa, aucun amendement dans la Constitution qui empêche aux élus locaux de prendre des initiatives locales ? Il y a bien un syndicat mixte des transports pour gérer tout ce qui relève de ce domaine. Mais après que ça marche ou pas, cela ne relève pas d’un problème d’amendement ou de Constitution, mais d’un problème de personne, d’égo démesuré. Qu’est-ce qui empêcherait nos élus de prendre des initiatives locales, de créer par exemple un syndicat pour gérer les routes communales, départementales, nationales ? Rien. Il en va de même pour la gestion des déchets et pour bien d’autres domaines. Le problème ici, ce n’est pas tant les dossiers qui importent mais la part de pouvoir que l’on pourra prendre ou pas ».

Et Pierre Vergès de s’interroger toujours à propos de l’amendement Virapoullé : « Il faut arrêter de mentir aux Réunionnais en leur faisant croire qu’une Assemblée unique va miraculeusement sortir notre île de l’impasse sociale et économique. En quoi l’érection d’une institution nouvelle va-t-elle nous permettre de développer la Réunion ? Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe aux Antilles. Ce qui va permettre aux élus locaux de développer La Réunion, c’est la prise d’initiatives originales, novatrices, la prise de responsabilités sans arrière pensée, c’est la mutualisation des moyens dans le cadre d’un travail entre toutes les collectivités à condition de mettre de côté les considérations politiciennes. La Constitution et l’amendement Virapoullé n’ont jamais empêché tout cela. Mais encore faut-il que nos politiques soient vraiment d’accord pour travailler ensemble, main dans la main en ne regardant que l’intérêt collectif».

Pierre Vergès précise encore : « j’ai bien peur que cette évolution institutionnelle revendiquée par certains ne soit l’arbre qui cache la forêt de notre incompétence ». Plus tôt qu’une évolution institutionnelle, lui préfère appeler à « une responsabilité citoyenne ». Il ajoute : « nous ne devons pas nous débarrasser de notre responsabilité en nous cachant derrière une hypothétique évolution institutionnelle ». Il est intarissable. Sur n’importe quel sujet. Il parle de la préférence régionale en matière d’emploi en mettant en garde contre « des relents de xénophobie que l’on voit surgir ». On aurait pu y rester plus de deux heures. Mais il aura d’autres occasions de s’exprimer d’ici à 2020. A 60 ans seulement, bien que plus que satisfait de sa vie familiale, il a bien l’intention de prendre (ou de re-prendre) part à cette « responsabilité citoyenne » qu’il appelle de ses vœux.

Y.M.

([email protected])

 

 

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2 Commentaires sur "Pierre Vergès, le retour"

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noe
Invité
noe

Bon retour ! Il y aura de l’ambiance sûrement !

envoie retraité zot case ou promener
Invité
envoie retraité zot case ou promener
Quelle responsabilité citoyenne quand on voit que tous les élus sont accrocs au fric et prêts à tout pour gonfler le porte-feuille et profiter de tous les avantages et privilèges , et lui et sa famille n’ont pas laissé leur part aux chiens quand ils étaient au pouvoir .Quelle responsabilité citoyenne quand les journalistes décrivent dans les éditos toutes les combines des élus , dénoncent les arrangements , les magouilles , les cumuls d’indemnités , les salaires faramineux des emplois de familles et d’amis , les primes légales ou illégales , les projets foireux . Quelle responsabilité citoyenne quand on… Lire la suite »