Robert-Virapoullé comme « chouchoute ek la morue » : du cinéma politique en 3D

dans Actualités/Edito de Yves Montrouge/Politique

Pour commencer, un petit mot sur les paillottes. Anthony Cayambo et Clément Dubar, les deux activistes à la masse peuvent remercier les Dieux de la Nature qui, manifestement, comme eux, ne peuvent plus supporter ces constructions illégales construites sur la plage de Saint-Gilles les Bains sur la base d’un échange « donnant-donnant » pour le moins suspect entre les restaurateurs, les élus de Saint-Paul et certains fonctionnaires de l’Etat. Comme Anthony et Clément, le 8 avril dernier, la houle s’est déchaînée, à son tour, comme ce fut le cas, en milieu de semaine dernière, contre les paillottes illégalement construites. Rappelons que les deux activistes seront jugés en mai prochain pour avoir démoli (dégradé, c’est le terme exact) des biens qui, à vrai dire, n’en sont pas vraiment, puisqu’ils ont été déclarés illégaux par le tribunal administratif. Ce qui revient à dire que, finalement, Anthony et Clément Dubar n’ont rien cassé étant donné que ces biens n’étaient pas censés exister. Mais faisons confiance en la justice de notre pays. Comme le dit si bien Beurty Dubar, père de Clément, « ne transformons pas cette histoire en un problème de créoles/zoreils ». Il s’agit bien d’un problème de récupération de l’espace public » (de nos plages pour parler clairement) dans un secteur géographique qualifié (à tort ou à raison ?) de « zoreil land » par nombre de Réunionnais. Il s’agit bien d’un combat contre une « colonisation économique et commerciale » de l’espace public faite (sans doute pas pour la peau patate) par certains commerçants avec la complicité de certains de nos élus et des fonctionnaires d’Etat. Et comme je le mentionnais dans mon édito de lundi dernier – je persiste et signe – c’est bien contre  tous ces « comportements colonialistes », toutes ces « injustices » qui malheureusement, sous d’autres aspects et dans bien des domaines, durent encore de nos jours, que les Réunionnais, doucement mais sûrement, commencent à se révolter. N’en déplaise à certains exégètes (venus d’ailleurs) de la pensée réunionnaise qui officient dans une presse régionale subventionnée et qui voient de la « haine raciale » partout sauf quand leur directeur général traite les  premières malgaches arrivées à La Réunion de « putains » ou encore un député réunionnais de la République à la peau mate de « con » et se permet systématiquement de s’en prendre à son physique… L’affaire des paillottes est symbolique à plus d’un titre. Condamner Anthony et Clément à la prison pour avoir démoli une paillote illégale tout en laissant en liberté les restaurateurs et élus responsables de ces constructions hors-la-loi, après avoir fermé les yeux sur cette pratique illégale mais en vigueur sur nos plages depuis des décennies, relèverait d’une injustice flagrante… A suivre !

Alinéa 5 de l’article 73 :  le grand « foutoir »

Passons maintenant à la politique pour parler d’abord de la révision constitutionnelle. En un mot, localement, c’est le « foutoir ». Jugez-en vous-mêmes : mercredi dernier, Jean-Paul Virapoullé invite la presse pour se féliciter d’une « victoire » à savoir, selon lui, celle de la « non suppression » de son amendement (le fameux alinéa 5 de l’article 73). Il explique, fier comme Artaban, que Didier Robert et lui sont aux anges depuis la veille (mardi), depuis qu’ils ont découvert ensemble, lors d’une réunion de travail à la pyramide inversée, le texte du projet de loi de révision constitutionnelle que le Président Macron et le Premier ministre ont transmis au Conseil d’Etat. Virapoullé reprend à son compte l’article 17 de ce texte et il considère à haute voix que le chef de l’Etat lui a donné raison. « Le Président Macron a renforcé, conforté, consolidé mon amendement ». Jean-Paul Virapoullé  est content, il le dit et le scande. Sauf que dans la foulée, juste après sa conférence de presse, la ministre de l’Outre-mer, Annick Girardin, tient un tout autre discours en précisant que le statut de La Réunion pourra évoluer à condition que tous les parlementaires de l’île parlent d’une même voix. Dans la foulée, les députés Jean-Hugues Ratenon (France Insoumise), Thierry Robert (MoDem), l’ancien déontologue de l’Assemblée nationale et professeur de droit à l’université de Bordeaux, Ferdinand Mélin-Soucramanien (interrogé par nos confrères de Zinfos 974) disent tout le mal qu’ils pensent de cet amendement Virapoullé « qui a plombé le développement de La Réunion » (selon Ratenon), « qui est archaïque et qui doit évoluer » (selon Thierry Robert)… Le PCR n’en pense pas moins. Dans un communiqué, le Parti communiste réunionnais (dont les dirigeants peuvent encore se compter sur les doigts d’une main) tempête contre « cet amendement discriminatoire ».

Et ce n’est pas fini : hier matin, Anaïs Patel, de La République En Marche (LREM), crie à son tour victoire dans une tribune libre. Selon elle, « l’article 17 du Projet de loi constitutionnelle donne enfin la possibilité à la Réunion d’adapter les lois et les règlements. C’est une véritable victoire pour les Réunionnais qui ont été exclus de cette possibilité depuis 2003.

Cependant, nous devons encore aller plus loin. En effet, il apparaît que les collectivités d’Outre- mer auront une capacité de demander des adaptations législatives et réglementaires dans tous les domaines alors qu’à La Réunion, le Département et la Région ne pourront faire des propositions que dans le cadre de leurs compétences. L’alinéa 5 de l’article 73 de la Constitution doit être supprimé non seulement dans le texte, ce qui sera fait, mais aussi dans son esprit afin que nous fassions face à nos défis avec les mêmes outils que les autres collectivités. Le Gouvernement doit mettre fin à cette discrimination constitutionnelle ». Bon alors, cet alinéa 5 (amendement Virapoullé), il est supprimé, pas supprimé, pas encore ? Sera-t-il maintenu ? Qui dit vrai ? On a hâte d’y voir clair !

Tandis que Jean-Paul Virapoullé, parlementaire honoraire, a pris l’avion, samedi soir, (ainsi que son bâton de pèlerin), pour aller prêcher « sa » bonne parole pendant un mois à Paris et convaincre ministères, Matignon et Elysée de « la nécessité et de l’utilité » de son amendement pour l’avenir de La Réunion, Jean-Hugues Ratenon a entamé quant à lui, depuis vendredi, en compagnie d’un autre rapporteur, le député Hubert-Julien Lafferrière (LREM) et de Jean-Paul Delannoy (administrateur à l’Assemblée nationale) toute une série d’auditions dans le cadre des Assises de l’Outre-mer. Ont déjà été entendus : Didier Robert, président de Région, Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture. De nombreux autres élus ainsi que des représentants d’associations et groupements ont été reçus samedi. La mission se poursuit aujourd’hui encore. Rappelons que, outre Jean-Hugues Ratenon, Thierry Robert, le PCR, Anaïs Patel et En Marche, d’autres parlementaires, élus et partis politiques réclament la suppression de l’amendement Virapoullé : c’est le cas d’Ericka Bareigts, d’Huguette Bello, du sénateur Michel Dennemont, du PS, de PLR, bref de tous les partis de gauche mais aussi de certains élus de droite qui ne le crient, certes, plus très fort mais, dans un passé très récent, s’étaient élevés contre cet amendement. Nadia Ramassamy, par exemple, (aujourd’hui députée de la 6ème circonscription), n’avait pas manqué de fustiger cet amendement à chaque fois que l’occasion lui a été donnée. Jean-Paul Virapoullé devrait rencontrer prochainement, à Paris, la sénatrice UDI Nassimah Dindar, l’ancien sénateur, actuel patron « LR » Michel Fontaine pour préparer des propositions dans le cadre de la révision constitutionnelle. Une rencontre donc entre les « dinosaures ».

« Je ne travaillerai plus avec les dinosaures » 

Voilà qui me donne l’occasion d’embrayer sur le fait politique local qui a fait le « buzz » la semaine dernière, à savoir Virapoullé Jean-Paul et Robert Didier, bras dessus-dessous, comme chouchoute ek la morue, dans la version péi de « Amour, gloire et… mensonge » ou « les Feux de la…haine ». C’était à Saint-André, mardi dernier. Depuis le clash au grand jour survenu en décembre 2017 lors de l’élection de Cyrille Melchior à la présidence du Département, Didier Robert avait « blacklisté » Jean-Paul Virapoullé de son premier cercle de relations. Rappelez-vous, il lui avait retiré sa vice-présidence, puis sorti de la commission permanente de la Région… Bref, le conseiller régional et maire de Saint-André avait été « blackboulé », poussé vers la porte de sortie comme un « malpropre » et qualifié de « traitre » pour n’avoir pas su (ou voulu) empêcher son fils Jean-Marie et la binôme de ce dernier, Viviane Payet-Ben Hamida, de voter Melchior. Didier Robert pensait que Virapoullé-fils allait voter pour son candidat Jean-Claude Lacouture. La suite, vous la connaissez. Didier Robert ne voulait plus entendre parler de Virapoullé-père, même s’il lui a laissé quelques délégations au niveau de la Région.

Mais mardi dernier, à la mairie de Saint-André, lors de la signature de la convention entre la mairie et la technopole Sophia Antipolis pour les projets de l’éco-technopole et de l’éco-technoport de Bois-Rouge, financés en grande partie par l’Europe via la Région, Didier Robert et Virapoullé surprennent l’assistance par un rapprochement soudain digne d’un coup de foudre. Les compliments se distribuent à la pelle. « Mon ami Didier » est mis à toutes les sauces par Virapoullé. « Vous avez la chance d’avoir à Saint-André un élu comme Jean-Paul Virapoullé qui a une vision pour l’Est et pour La Réunion », lui répond Didier Robert. Certains dans la salle ont failli tomber à la renverse. Présente également, Sylvie Moutoucomorappoullé, 6ème vice-présidente de la Région, dont on dit qu’elle pourrait avec la bénédiction de Didier Robert croiser le fer avec Jean-Marie Virapoullé en 2020, aurait pu elle aussi « capoter » de sa chaise. Mais que s’est-il passé pour que Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé nous sortent ce grand numéro des « Feux de l’amour » ?

Le lendemain, mercredi en fin de matinée, dans le bureau du maire de Saint-André, bis repetita. S’exprimant sur le projet de loi de révision constitutionnelle, en présence des membres du service juridique et financier de la Région, Jean-Paul Virapoullé ne cesse de citer le président de Région : « Didier par ci », « Didier par là ». Ce n’est plus de l’amour, mais de la rage ! Tout laisse à penser que Virapoullé y croit vraiment à ces retrouvailles. Visiblement, il a cru à la reprise de cette histoire d’amour politique entre lui et le patron de la Région. Il était même content, se disant qu’il n’aurait plus eu à gérer les possibles adversaires que Didier Robert allait lui mettre dans les pattes ou plutôt dans celles de son fils aux prochaines municipales. Se félicitant de cette réconciliation apparente, Virapoullé-père pouvait donc envisager l’avenir politique de Jean-Marie avec beaucoup plus de sérénité.

Or, c’était mal connaître Didier Robert. Lequel, le même jour, mercredi soir, devant un peu plus de 200 personnes (dont pas mal d’employés de la Région) réunies à la Pointe-des-Châteaux à Saint-Leu, a replacé les choses dans leur contexte en expliquant sa présence à Saint-André, la veille. « Avec Virapoullé, c’est fini ! ». Point à la ligne. En fait, il a expliqué être parti à Saint-André pour suivre un dossier porté et financé par la Région. Rien de plus. Pour Virapoullé, il a expliqué ne plus avoir aucune affinité (politique, cela va de soit). Lors de cette première réunion d’Objectif Réunion à Saint-Leu, Didier Robert a rappelé, si besoin, qu’il ne composera plus jamais avec ces « dinosaures » que sont les Jean-Paul Virapoullé, Michel Fontaine, Nassimah Dindar, André Thien-Ah-Koon… Et Joseph Sinimalé, maire de Saint-Paul ? Il ne le soutiendra pas en tant que candidat en 2020. En revanche, s’il se place derrière un candidat soutenu par Objectif Réunion, les relations ne seront pas totalement rompues. Le président d’Objectif Réunion aurait, dit-on, donné son aval à Ibrahim Patel pour aller à la conquête de la ville de Saint-Paul aux prochaines municipales. Lequel Ibrahim Patel s’est déjà mis en mouvement en créant « Saint-Paul différemment ». Le deal serait qu’Ibrahim Patel devienne maire et que Joseph Sinimalé puisse garder la présidence du TCO. Quid d’Alain Bénard ? Accepterait-il de se ranger derrière Patel ? Rien n’est moins sûr pour l’instant. Sans compter que d’ici à 2020, il y a encore de l’eau à couler sous les ponts. On prétend que certains élus Saint-Paulois, y compris le maire Joseph Sinimalé, ne dormiraient pas tranquilles ces derniers temps. Et que certaines affaires pourraient remonter à la surface telles des eaux sales restées bloquées dans les égouts : l’écocité, la SPL Oté… Il est dit aussi que si certains élus Saint-Paulois devaient un jour ou l’autre se mettre à table, un président de collectivité ainsi qu’un sénateur pourraient avoir de sérieuses remontées gastriques. Mais laissons la justice faire son job. Patience !

Revenons à Saint-Leu et à cette réunion de mercredi soir où Didier Robert était accompagné de Yolaine Costes et où plusieurs membres du cabinet de la Région avaient fait le déplacement pour structurer le mouvement « Objectif Réunion » dans cette ville où règne Thierry Robert, le député qui a passé son écharpe tricolore de maire à Bruno Domen. Dans cette commune de l’Ouest, « Objectif Réunion » aura du pain sur la planche pour départager les candidats potentiels car tout le monde veut être Calife à la place du Calife : Bruno Lauret, Joël Pontalba, Gérard Indiana, Jacky Codarbox (tous employés de la Région). Sans oublier Anicha Lebeau, qui sera bientôt conseillère régionale (suite au décès de Danièle Le Normand). Une vraie petite pagaille en perspective qu’aura à gérer le patron d’Objectif Réunion. A Saint-Leu, devant les militants, comme dans les autres communes où est déjà passée la « caravane d’Objectif Réunion » le message de Didier Robert a été on ne peut plus clair. Il a dit et redit qu’il ne fera plus avec les dinosaures, quitte à perdre les régionales en 2021. Il veut travailler avec la population. Mais alors pourquoi avoir fait ce grand numéro de claquettes devant appareils-photos et caméras à la mairie de Saint-André mardi dernier ? Pourquoi ce grand cinéma ? A force de changer de discours, comme on change de caleçon, cela risque de faire fuir une population qui prend de plus en plus ses distances avec les partis traditionnels et les dinosaures, y compris avec certains jeunes qui ont été engendrés par ces mêmes dinosaures. Les électeurs en ont marre des ces politiques jeunes ou moins jeunes qui tiennent des langages différents en fonction de leur auditoire et qui, d’une certaine façon, les prennent pour des « couillons ». A méditer !

Y.M.

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13 Commentaires sur "Robert-Virapoullé comme « chouchoute ek la morue » : du cinéma politique en 3D"

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Comique
Invité
Comique

Ils ont une bonne tête tous les deux . à la réunion il devrait y avoir une émission comme en métropole . LES GUIGNOLES DE L ÎLE

Fèno
Invité
Fèno

Fontaine va finir par faire un AVC

Ravine des chevres
Invité
Ravine des chevres

Allez bien dit monsieur Montrouge tout est véridique

marie
Invité
marie

Faudrait leur rappeler qu’ aux présidentielles zot la gagne saisissement quand la Fun la vote Lepen F Haine saint-André en tête à cause de toutes zot magouilles continuez à sot n’a 1 jour y appelle demain

La vérité si je mens
Invité
La vérité si je mens

Didier Robert est une marche à reculons .
En perte de crédibilité

lol
Invité
lol

PATEL sur St Paul, éliminer au 1er tour. Qui p’tit créole dans les hauts y connait PATEL

kok bengal
Invité
kok bengal

« aaamour boire et bouillooon !!!! » non mais quel spectacle ,ce didier robert c’est qui ,c’est lui qui décide qui sera maire de tel commune alors? et nous les électeurs on est obligé de le suivre aussi??? laisse moi rire. quand j’entend la population a sont égare je pense qu’il va boire bouillon lors des prochaines élections .

loulou
Invité
loulou

le cirque politique ce sont tous des faux semblants le pouvoir de l’argent et de la magouille et les arrangements derrière la cuisine

Anne - laude
Invité
Anne - laude

Vivement la fin de tout ce cinéma! Pchitt!!!!

luis
Invité
luis

Amour, Gloire et Saleté…

Sextan
Invité
Sextan

La poignée de mains entre Didier ROBERT & Jean Paul VIRAPOULLÉ vue à l’écran : « Les liaisons dangereuse »

Don Juan
Invité
Don Juan

Ne vous arrêtez pas à la 3D monsieur Montrouge. On est dans de la 4D avec une dimension qui nous échappe. Quand vous regardez l’état de la ville de Saint-André, vous ne pouvez que pleurer. Il en sera de même quand monsieur le président Didier aura terminé ses mandats.

Yannick
Invité
Yannick

Ne rêvez pas. Personne ne va réélire Didier Robert à part ses groupies à tous les étages de la Région. Didier Robert n’aura pas été un grand visionnaire pour la Réunion. Il n’en n’a pas l’étoffe, malgré toutes ses qualités.