Sénatoriales : Gilbert Annette a-t-il « bousillé » le PS local ?

dans Actualités/Infos Réunion/Politique

Pourquoi le mouvement PLR d’Huguette Bello a-t-il finalement préféré composer avec le Progrès de Patrick Lebreton et choisir le socialiste « de conviction » Wilfrid Bertile comme tête de liste ? Pourquoi le PS de Gilbert Annette a-t-il jeté son dévolu sur Michel Dennemont, un « centriste de droite » estampillé LPA de Thierry Robert ? Y’a-t-il encore un Parti socialiste à La Réunion ? Pourquoi la gauche locale ne parviendra-t-elle plus jamais à s’unir ? Explications

Tout commence par une initiative personnelle de Wilfrid Bertile, ancien député socialiste de La Réunion (dans les années 80) et ancien maire de Saint-Philippe. Il sait que la candidature de Christian Annette bien que validée fin de l’année dernière en conseil fédéral du PS ne passe pas du côté de Pour La Réunion (PLR). Huguette Bello n’aime pas ce genre de « candidature familiale » qui plus est à l’heure où il est de plus en plus question de moralisation de la vie politique. Le « frère de… » n’est donc pas le bienvenu dans ces sénatoriales. Après « la belle fille de… », c’est-à-dire Ericka Bareigts, PLR pense qu’il est peut-être temps de donner une chance à d’autres personnes.

Wilfrid Bertile qui vient d’écrire un projet de développement pour La Réunion prend contact avec les responsables des partis de gauche et les écologistes et se dit prêt à conduire une liste unie de la gauche locale en se positionnant comme « l’homme du consensus » et le mieux à même de pouvoir porter et défendre à Paris, au Sénat, ledit projet en question. Sa démarche est relativement bien accueillie du côté de PLR, du Progrès, de Jean-Claude Fruteau, maire de Saint-Benoit et de quelques autres « caciques » du PS local, à l’exception de Gilbert Annette et de la fédération socialiste dont on dit que « 85% des adhérents émane de Saint-Denis, donc de l’équipe d’Annette ».

Alors que les Verts de Jean-Pierre Marchau appellent également à une liste d’union de la gauche pour ces sénatoriales, des négociations ont parallèlement lieu en coulisses. Le PCR rencontre PLR. Les communistes proposent une liste de gauche avec PLR et le Progrès (comme au premier tour des régionales de 2015) mais à condition que Gélita Hoarau, la sénatrice sortante qui a remplacé feu Paul Vergès en novembre 2016, soit tête de liste. Refus de PLR qui estime avoir droit lui aussi à un poste de sénateur. Donc pas question de suivre les communistes. D’autant que le contentieux entre les deux partis est encore vif même si, en signe d’apaisement, le PCR n’avait pas présenté de candidat dans la deuxième circonscription face à la députée sortante Huguette Bello lors des législatives de juin dernier.

Huguette Bello rencontre alors Gilbert Annette et lui propose une liste PLR-PS avec Emmanuel Séraphin, un élu de l’opposition municipale saint-pauloise, comme tête de liste. Gilbert Annette réfléchit dans un premier temps. Mais passé le week-end, il change d’avis et propose, au conseil fédéral du mardi suivant, le surprenant ticket PS-LPA derrière le maire des Avirons Michel Dennemont. A l’insu de certains leaders socialistes locaux, notamment des maires, Gilbert Annette, le « Premier des socialistes » avait donc négocié en misouk avec Thierry Robert, alors que les deux hommes ne s’étaient pas vraiment quittés en de bons termes à l’issue des législatives. L’on se rappelle de la candidature de Carine Nabénésa (LPA) contre Ericka Bareigts dans la 1ère circonscription. L’on se rappelle aussi de la petite phrase de Thierry Robert au soir des résultats, le 18 juin : « Gilbert Annette m’a fait un petit dans le dos ».

« Tout fout le camp à gauche ! »

Au conseil fédéral du PS, Gilbert Annette, sans grandes difficultés, arrive à faire adopter son choix. Exit Wilfrid Bertile ! Ce sera Michel Dennemont suivi d’Audrey Bellim, puis de Christian Annette en troisième position. Une position qui n’est pas due au hasard. Le deal est le suivant : si Dennemont est élu, il siège pendant 3 ans, puis laisse la place à la socialiste dionysienne Belim qui, aussitôt démissionne en faveur de Christian Annette. Une double tactique de la part du maire de Saint-Denis qui consiste à faire une place, malgré tout, à son frère tout en ne laissant pas le champ libre aux centristes du LPA. Autrement dit, plutôt que de les avoir dans le dos, entre la droite unie et un mouvement « En Marche » qui tente tant bien que mal à s’organiser localement, il vaut mieux composer avec. PLR voit rouge. Les contacts sont repris avec Wilfrid Bertile sorti par la grande porte du PS d’Annette mais qui revient par la fenêtre du Progrès. Une alliance PLR-Progrès-MCR (Mouvement citoyens républicains) du docteur Piot à Saint-Louis est scellée. Elle sera menée aux sénatoriales par Wilfrid Bertile. Le PCR crie son courroux via un communiqué de presse.

Le but de la manœuvre côté PLR et Progrès est d’isoler Gilbert Annette et de ne pas laisser les socialistes faire élire un maire du centre-droit. L’objectif de PLR et du Progrès, via la candidature de Wilfrid Bertile, est donc de capter les voix des grands électeurs socialistes « purs et durs » qui n’apprécient pas « les positionnements personnels et familiaux » de Gilbert Annette, qui ont fait fuir « bien des socialistes », à l’instant des Zettor (Axel), Gobalou (Virginie), Lougnon (Laurence)… « Au fil des ans, le PS local se déplume au niveau de sa représentativité dans les collectivités locales. Nous avançons sans boussole, au gré des orientations personnelles d’un seul homme, qui coupe, qui tranche et qui hache comme bon lui semble », explique un socialiste nostalgique du « grand parti d’avant ». Il ajoute avec une pointe d’ironie : « un coup on est En Marche, un autre coup, on est LPA mais depuis ces derniers temps, nous sommes surtout en panne ».

Résultat des courses : aux régionales de 2015, Gilbert Annette (PS) avait pactisé avec Huguette Bello (PLR), tandis que Patrick Lebreton (Progrès) avait fait équipe avec feu Paul Vergès (PCR). Aux sénatoriales, cette fois, Annette « roule » avec Thierry Robert tandis que Patrick Lebreton compose avec Huguette Bello pendant que le PCR crie à haute voix sa désolation. Comprenne qui pourra ! Tout fout le camp à gauche.

Y.M.

([email protected])

3 Commentaires

  1. Thierry Robert est sur un siège éjectable puisque Macron va diminuer en 2020les député d’outre-mer ceci dit il projette sur le camps sénatoriale un siège ! Mal voyance venant sa part les portes sénatoriale sont fermés pr annette et dennemont ! La stratégie donne la ligne de route c’est dindar élu ! Presque 80%suffrages exprimer

  2. A lire l’ article de M. Yves Montrouge ni Wilfrid Bertile , ni Michel Dennemont n’ont de chance , c’est tant mieux !!!

    Il ne reste aux délégués de droit , supplémentaire ayant les valeurs de la Gauche unitaire , Gélita HOARAU , une candidature , la force tranquille …

    La Droite ultra a compris ensemble on gagne , 2 sénateurs , le 3ème est entrain se pointer pour le camp de la Droite , car le 4ème poste … La force tranquille ?

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*