(VIDEO)/Guyto Carolio, « enfant volé de la France », est à la recherche de sa famille réunionnaise

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Alors qu’il n’avait pas encore 5 ans, le Portois a été envoyé par les services sociaux en métropole, dans le Gers plus précisément où, peu de temps après son arrivée, il a été adopté par une famille du côté d’Orléans. Depuis, il n’était plus jamais revenu dans son île natale. De retour pour la première fois à La Réunion, 52 ans après son départ contraint et forcé, Guy Carolio qui se définit aujourd’hui comme « un enfant volé de la France », s’est fixé pour principale mission durant son court séjour ici de retrouver sa famille réunionnaise qu’il n’a, en réalité, jamais connue. Il nous a raconté son histoire émouvante et sa « vie de galère », hier. Nous l’avons rencontré, à Saint-André, chez Annie-Claude Boyer, sa famille d’accueil qui travaille avec l’UDAF. (Photo ci-dessous)

L’homme paraît décontracté. Il est souriant. Assis sous un manguier, il semble apprécier le soleil qui brille ainsi que le ciel bleu. Dans le coquet jardin entretenu par Mr Boyer, le mari d’Annie-Claude, Guyto André Carolio découvre avec surprise et bonheur les fleurs et les arbustes de son pays natal. Par exemple, ce bananier tout verdoyant. Il n’en avait jamais vu de toute sa vie. Guyto André Carolio vient de passer son premier Noël dans son île. C’était en compagnie de sa famille d’accueil. Un Noël chaleureux. Il n’en avait pas connu depuis longtemps. Il est arrivé à La Réunion le 21 décembre dernier. Il repart le 3 janvier prochain.

Guyto André Carolio pose devant la case d’Annie-Claude Boyer, sa famille d’accueil, à Saint-André

Mais avant tout – c’est son vœu le plus cher au monde – il souhaiterait voir sa vraie famille, celle qu’il n’a jamais eu la chance de rencontrer depuis sa naissance. Cette famille là, la sienne, se résume aujourd’hui à un gros dossier « délicat et complexe », dit-il, que les services sociaux de métropole ont bien voulu, après insistance de sa part, de lui transmettre. Grâce à ce dossier et aux recherches faites par une infirmière de métropole, Délia Tabianca et un ergothérapeute, Nicolas Roger qui l’avaient pris en charge dans un CMP (Centre médico psychologique), Guyto a appris que sa famille était de La Réunion. Il a 42 ans lorsqu’il se décide en compagnie de cette infirmière et de cet ergothérapeute à entreprendre des recherches sur ses racines.

« D’après le dossier, mon père était docker au Port… »

Grâce à ce dossier donc, il apprend que son père s’appelait Guy Carolio, qu’il était docker au Port, né en 1929. Sa mère se nommait Marie-Lucienne N’Guyen, née en 1926. Elle serait décédée à la naissance de Guyto. Toujours d’après le dossier, Guyto aurait eu deux frères et une sœur. L’un de ses frères, Marcel (né en 1954) aurait trouvé la mort il y a longtemps de cela dans un accident de la route. Son autre frère, Antoine Alain (né en 1950) serait toujours vivant. Idem pour sa sœur, Danièle (née en 1960). Guyto André, lui, a vu le jour le 31 octobre 1962 au Port, comme l’atteste l’extrait d’acte de naissance délivré par la mairie de cette commune de l’Ouest.

A sa naissance, il est placé chez sa grand-mère, puis dans une pouponnière à Saint-Denis. Il n’a pas encore 5 ans lorsqu’il est envoyé en métropole. « Je fais partie de ce que l’on appelle aujourd’hui les enfants volés de la France, ces marmailles qui ont été expédiés à l’époque de Michel Debré hors de leur île natale pour aller peupler les régions rurales de l’hexagone », précise Guyto André Carolio.

A son arrivée dans le Gers (d’autres ont été dirigés vers la Creuse ou la Corrèze), Guyto est placé dans un aérium (établissement de repos pour les enfants et adolescents). Il est ensuite adopté par une famille du côté d’Orléans, M. et Mme Guy Lanson. Il y restera jusqu’à ses 18 ans. Puis à cet âge, « je suis foutu à la porte. Commence ainsi pour moi une vie de galère. Oui, j’ai beaucoup galéré. Je n’avais plus de famille. Je me suis débrouillé comme j’ai pu. J’étais très perturbé. J’ai fini à un moment donné par refuser toute aide. Je ne voulais plus qu’on s’occupe de moi. Je ne savais pas d’où je venais, je n’avais aucun contact. Je suis arrivé de nulle part ailleurs », raconte aujourd’hui le quinquagénaire qui tente tant bien que mal de cacher, derrière un sourire, ses blessures internes, ses fêlures, ses souffrances aussi.

Après avoir connu la rue, il est pris en charge par une « dame gentille, Mme Polton ». Une parenthèse qui durera 2 ans. Un matin, les gendarmes sont allés le chercher pour le service militaire qu’il a effectué durant 1 an dans le service des « transmissions » en Allemagne. Après son service militaire, il retourne à Orléans, la seule ville qu’il connaît vraiment pour y être grandi. Et c’est reparti pour la galère ! Il fera quelques « bêtises », comme il dit. Ce qui lui vaudra 2 à 3 mois de prison, avant d’être pris en mains par une association. Il atterrit alors dans un Foyer de réinsertion sociale, « le Foyer de l’étape » où il y restera environ deux ans. Il trouve par la suite un appartement dans le quartier de l’Argonne, pas loin d’Orléans où il y réside pendant 7 ans, avant d’être placé sous curatelle pour des raisons de santé.

« Je ne me sentais pas bien dans ma peau »

Guyto Carolio raconte : « je ne me sentais pas bien dans ma peau. La rue, ça laisse des traces au niveau psychologique. L’absence d’une famille aussi. C’est à ce moment que je rencontre l’infirmière Délia Tabianca et l’ergothérapeute Nicolas Roger, deux personnes très gentilles, qui acceptent de lancer des recherches pour retrouver ma famille biologique. Des recherches longues. J’avais 42 ans. Il a fallu passer de nombreux coups de fil et écrire de multiples courriers aux services sociaux de La Réunion. Mme Tabianca et M. Roger ont fait ce travail à l’issue duquel j’ai reçu un énorme dossier. Je me demande si tout ce qui est écrit dans ce dossier est vrai », dit-il en souriant.

Aujourd’hui âgé de 56 ans, Guyto Carolio, bénéficie d’une pension « adulte handicapé » en raison de quelques problèmes de santé qu’il a connus par le passé, notamment une opération du poumon. Mais à présent, tout va bien. « Je vis dans un petit village, à Bonny-sur-Loire, à 2 heures d’Orléans ; Je suis célibataire. J’ai eu des copines, mais j’aime bien ma vie de célibat. Je suis passionné de musique, je fais de la batterie. Si j’ai pu venir ici, passer les fêtes de fin d’année, c’est grâce à Françoise Niox, de l’UDAF basée à Giens. C’est elle qui est entrée en contact avec l’UDAF de La Réunion. Je me suis ainsi retrouvé chez Annie-Claude Boyer à Saint-André, une famille d’accueil très sympa, très chaleureuse ».

Mais Guyto Carolio veut retrouver sa vraie famille, cette famille qu’il n’a jamais vue, jamais connue de toute sa vie, depuis qu’il est venu au monde. « J’ai cru comprendre que mon père avait demandé à ce que je revienne chez lui lorsque j’étais encore enfant, mais les services sociaux de l’époque ont refusé sous prétexte qu’il était alcoolique. Info ou intox ? On ne le saura jamais ».

Qu’importe ! « C’est le passé ! », se console Guyto Carolio. Lui préfère se concentrer sur l’avenir et sur l’espoir, surtout, de découvrir sa famille ou de ce qu’il en reste. « Ça me ferait tellement plaisir de rencontrer au moins un membre de ma famille biologique. Je me sentirai enfin reconstruit, après toutes ces années de galère, de manque, de vide que j’ai connu, moi cet être déstructuré, sans famille, comme si je n’existais pas, comme si je n’ai jamais existé malgré une vie d’apparence normale… ». Il répond aux questions d’Yves Mont-Rouge

Voici les coordonnées téléphoniques de Guyto André Carolio (06 40 28 47 44) et d’Annie-Claude Boyer, sa famille d’accueil de La Réunion (0692 28 24 27)

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la FOUINEelisabeth bareil974 en colèrecasimir974Marie m Recent comment authors
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titi 974
Invité
titi 974

Contrairement aux juifs déportés par la france multi-indemnisés, toujours rien pour les Réunionnais ?

Marie m
Invité
Marie m

Bonjour,
Je vous souhaite de retrouver , votre famille .
Combien d enfants , détruit , par ces placements, ?

casimir974
Invité
casimir974

Ben alors la , je suis sidéré d’apprendre cela !!! je suis un Francais qui vie à la Réunion depuis 2 ans, un zoreille comme vous dites….je connais l’histoire de l’esclavagisme mais alors la !!!! incroyable !!!! j’ai honte de la France !!!! comment se fait t il que Debré n’est pas eu des comptes à rendre !!!! c’est terrible de faire ça !!!! cela me rappelle une certaine époque pas si lointaine ….la déportation ….pour d’autres raisons bien sur….ignoble !!!!!

974 en colère
Invité
974 en colère

Et oui…et il n’est pas le seul réunionnais dans ce cas là, à avoir été exilé dans un endroit étranger pour lui…il y en a qui s’en sont sorti parce que placés dans des familles de gens bien mais d’autres réduits à l’esclavage, dormant dans les granges avec les animaux…et dire que certaines personnes disent que ces enfants ont eu de la chance parce que l’île à cette époque étaient dans une situation de pauvreté et de salubrité discutable…mais comment se construire quand on vous arrache à vos racines?

elisabeth bareil
Invité
elisabeth bareil

c’est une histoire connue. C’est Debré qui a crée cette situation, avec de Gaulle

Marie m
Invité
Marie m

A t il , pu retrouver sa famille ?
Donnez moi des nouvelles
Cette histoire me fend le coeur

la FOUINE
Invité
la FOUINE

il faut croire que les Réunionnais étaient heureux puisqu’il fût plus de 20 ans député de la Réunion …un hôpital porte son nom plusieurs places de ville de la Réunion et aussi des rues ……de la Réunion …..

la FOUINE
Invité
la FOUINE

je suis très triste pour lui …….Mais à 18 ans nous sommes capable de e prendre en charge . le connais l’affaire des déportés de la CREUSE .à l’époque Michel Debré désirait venir en aide aux familles pauvre qui à l’époque marchait avec l’argent braguette ….et les salaires étaient plus faibles qua ce jour les familles ayant 3 ou quatre enfants ne s’en sortaient pas . deuxièmement moi je suis un fils de la D A S S ..a mes 18 ans j’ai trouvé une véritable famille en la LEGION ETRANGERE ENGAGE POUR 5 ANS J’Y EST PASSE 17 ANNEES… Lire la suite »