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Aline Murin : « 10 Mai, l’Outre- Mer se souvient de l’esclavage … Nout listoir lé Endemik »

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Depuis 2006, la France commémore officiellement le 10 mai, journée nationale des Mémoires de la Traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, alors qu’une dizaine de dates de commémorations locales coexistent en Outre-Mer. Ce temps de commémoration et de bilan coïncide cette année avec les 20 ans de la loi Taubira. Celle-ci a permis la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Il est à souligner que les territoires ultramarins ont tous des dates de commémoration inhérentes à leurs histoires. A la Réunion, c’est le 20 décembre, la Fetkaf.

Il est vrai hormis la municipalité de Sainte-Suzanne, très peu de communes commémorent officiellement le 10 mai. Et pourtant, elle a du sens cette date car elle permet de rassembler toutes les autres dates commémoratives autour de l’esclavage pour valoriser l’apport des Outre-Mer et des populations qui en sont issues.

L’esclavage, ce martyre millénaire suscite cette épuisable source d’amère polémique. Cette barbarie perpétrée au nom de la civilisation a déshumanisé des milliers d’hommes et femmes. La Réunion porte encore les stigmates de cette longue torture, géhenne qu’était l’esclavage. Cette commémoration prend place dans une fenêtre particulière cette année. La transmission, la connaissance, la construction d’une mémoire apaisée pour un avenir partagé sont importants pour une meilleure reconnaissance de l’histoire de l’Outre-Mer. Notre patrimoine, notre histoire, notre culture et arts créoles doivent réconcilier les mémoires et réunir. A La Réunion, le décès de l’historien Hubert Gerbeau le 3 avril dernier a fait resurgir les débats sur l’enseignement de l’histoire locale dans les écoles ultra-marines. Cet historien, qui a enseigné en Guyane, en Martinique et à La Réunion où il a marqué son empreinte, a réalisé les premières recherches jamais réalisées sur l’esclavage, un sujet qui était jusqu’alors encore tabou, cette histoire du silence sur le sol réunionnais. D’autres historiens comme Sudel Fuma et Prosper Eve s’appuieront et enrichiront ses recherches.

Cette commémoration prend également place un an après le mouvement de déboulonnement des statues qui a eu lieu en mai-juin dernier. Dans plusieurs départements Outre-Mer et dans plusieurs pays, des statues publiques qui faisaient partie du paysage sont dégradées par des militants considérant que le rôle des populations noires dans l’abolition de l’esclavage était insuffisant dans le l’histoire nationale. Ce mouvement a fait soulever en Outre-Mer le débat sur la légitimité des plaques et des statues représentant des figures de l’ère esclavagiste et colonial, créant une forte demande par les populations de disposer d’un meilleur accès à l’enseignement de leur histoire locale. Enfin, la proposition de loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion déposée le 30 décembre 2019 par le député Paul Molac a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale. Il ne s’agit plus désormais d’opposer les appartenances et les territoires. Les langues régionales, comme nout lang kréol, considérée par certains de langue « K, K », sont une richesse qui transcendent les particularismes des appartenances singulières pour les unir dans une communauté de destin. Nos classes bilingues français-créole sont aussi un appui à cette reconnaissance historique et comme mesure de lutte contre l’illettrisme. Si ce dispositif existe et a gagné en importance depuis 2003, il reste encore à concrétiser et à expérimenter davantage. Le plurilinguisme constitue un atout à utiliser dans les autres disciplines, qui permettra aux élèves d’avoir une meilleure connaissance de leur culture et de leur histoire.

Ainsi ce 10 mai 2021 interroge à nouveau sur la place accordée à l’histoire de l’Afrique dans sa globalité avec celle de l’histoire de la France afin de ne plus semer ces germes de séparatisme qui pourraient fragmenter la communauté républicaine. De la même façon que le combat pour un enseignement immersif en créole dans les écoles doit se poursuivre pour engager la réconciliation des mémoires par l’enseignement de l’histoire locale et la valorisation de personnalités historiques ultramarines. Car force est de constater que l’histoire des départements d’Outre-Mer fait encore l’objet de zones d’ombre. Même si des efforts sont faits pour faire connaitre l’histoire des ultra-marins, nous sommes encore souvent déconnectés et coupés de notre propre histoire et de nos propres origines. Les vieilles caricatures “Nos ancêtres les gaulois” critiquées, sont de moins en moins acceptées dans une France qui est Pacifique, Atlantique et Océano-Indienne. Pour une mémoire collective ultramarine sans déni ni accusation historique, il est aussi important de compléter les plaques des statues de personnalités de l’histoire esclavagiste et coloniale qui les décrivent, pour reconnaître cette partie de l’histoire souvent omise ou mise de côté. Les figures ultramarines comme les esclaves, les résistants et les marons ( Anchaing, Simangavole, Heva … ) permettraient de mettre davantage cette autre partie de l’Histoire de l’Outre- Mer en lumière.

Voilà une des réponses dans la demande de la reconnaissance historique et mémorielle.

« Un pays s’honore toujours à regarder avec courage et lucidité son Histoire. Nous devons connaître et reconnaître les ombres et les lumières qui font notre passé collectif ».

Aline Murin, conseillère Régionale.

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