Boeuf pays : après la leucose, une deuxième maladie “transmissible à l’homme” frappe les cheptels

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C’est hier au travers d’une conférence de presse que l’ADEFAR tirait la sonnette d’alarme sur une deuxième menace sur les cheptels de boeufs à la Réunion. La leucose bovine est la première maladie à faire des ravages, mais il existerait depuis 2015 une autre bactérie, qui cette fois, serait transmissible à l’homme.

Mélusine LAURET en sait quelque chose. Cette éleveuse de la Plaine des Cafres a vu son cheptel décimé par cette maladie.  Elle se retrouve aujourd’hui en proie à des problèmes financiers, précise l’association, et s’interroge sur les raisons de l’arrivée de cette bactérie dans son élevage.

“Qu’ont fait les techniciens ? Que contenaient ces aliments pour que ces bêtes ne soient pas en bonne santé ? s’interroge-t-elle. Nous avons été confrontés nous mêmes à cette maladie animale qu’est la chamydiose bovine. Moi même, mon mari, fréquentions quotidiennement les bêtes ; nos enfants, d’autres personnes y sont venues…mais personne dans cette longue chaîne de compétents ou de professionnels n’a parlé : ces éleveurs sont-ils encore des cobayes ? Pourquoi les vétérinaires, les techniciens ont-ils laissé cette situation grave sans suite ?

Pour Mme LAURET, sur 54 mortalités des génisses et cela sans mentionner les avortements, il n’y a eu aucune explication sur la cause des mortalités.

“A-t-on fait des recherches ? A-t-on cacher les résultats ? C’est révoltant, lorsqu’on sait l’accréditation obtenue par le GDS par l’Etat pour les prophylaxies bovines depuis 2017 ; ou encore, pour les livraisons de génisses fin 2014 et en 2015, sur le lot du 17.02.2015 de 8 génisses gestantes, il a suivi 5 avortements ; la CVH a attesté des avortements, le 5 mars 2015. Des prélèvements sanguins ont été faits le 6 mars 2015 par le vétérinaire et c’est seulement en mai 2019 grâce au directeur du LVD, que les résultats ont été découverts : la chlamydiose bovine est présente dans mon élevage, avec 3 résultats positifs !”

La chlamydiose est causée par une bactérie : Chlamydophila psittaci. Une classification récente a séparé les Chlamydia (C. trachomatis, C. suis) des Chlamydophila. Au sein des C. psittaci, l’espèce responsable d’avortements chez les bovins et les petits ruminants est désormais baptisée C. abortus. Plusieurs travaux ont montré le lien étroit pouvant exister entre la pneumonie développée par un éleveur et la C. psittaci. Les symptômes peuvent se manifester sous 3 formes possibles :
 Une conjonctivite avec maux de tête importants après quelques jours d’incubation.
 Une forme respiratoire après incubation de 5 à 15 jours ressemblant à une forte grippe (39 à 40° C), frissons,douleurs musculaires, toux, pneumonie, grande fatigue, convalescence souvent lente, complications cardiaquespossibles…
 Une forme généralisée, septicémique, très grave avec complications respiratoires, digestives (diarrhées),neurologiques (troubles de la conscience, méningite, encéphalite,,,), cardiaques, rénales…
 La maladie se traduit chez les femmes enceintes par des nausées, des vertiges, des avortements, voire des mortinatalités. Elles doivent donc éviter de manipuler un animal suspect. De façon générale, les avortons et les enveloppes fœtales doivent être manipulés avec des gants. La mortalité qui peut atteindre 10 à 20% des malades en absence de traitement, est inférieure à 1% si la maladie est traitée à temps avec un traitement antibiotique approprié.

Une maladie transmissible à l’homme

La chlamydiose est une zoonose (maladie animale pouvant être transmise à l’homme) qui peut être très grave notamment chez les jeunes enfants, les femmes, les personnes âgées et les personnes souffrant d’une maladie chronique…).En cas de troubles respiratoires persistants (signes grippaux, toux…) n’hésitez pas à signaler à votre médecin traitant.
La transmission se fait essentiellement par voie orale (et dans une moindre mesure par voie respiratoire ou vénérienne) à partir : des avortons et des enveloppes fœtales, des sécrétions utérines, des fèces et des urines, du lait des femelles infectées, De l’eau ou des aliments souillés par les avortons ou les placentas, Des locaux et du matériel d’élevage, Du milieu extérieur. La méthode la plus fiable pour diagnostiquer ou dépister la maladie est le test PCR. Les prélèvements recommandés sont le foie et la rate en cas de diagnostic sur animal mort, principalement. Les tests réalisés à partir d’un prélèvement de sang ne sont pas satisfaisants (risque important de faux négatifs). Il n’existe pas de vaccin. Les traitements antibiotiques (tétracyclines et quinolones) sont efficaces vis-à-vis de la maladie s’ils sont
administrés suffisamment longtemps, à la bonne posologie, et s’ils sont associés à des mesures d’hygiène et de prévention strictes (quarantaine, désinfection…)
N’ayant plus eu de prophylaxies dans son élevage depuis fin 2016, Mme LAURET ignore la santé de ses bêtes dont l’état continue à se dégrader (voir photo). Chez les 2 éleveurs, les veaux, les vaches ou les gestantes continuent à mourir.

Pour l’ADEFAR, la responsabilité de la Sicalait est engagée mais pas seulement : il y a nécessité de connaître le statut sanitaire de ces animaux provenant des filières. On voit qu’on ne peut plus faire confiance aux acteurs et décideurs locaux, en matière d’élevage. Leurs pratiques sont trompeuses, injustes et
irrespectueuses de la réglementation, mettant en cause uniquement l’éleveur mais non leur responsabilité.


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