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Ce 13 novembre a lieu un tour de l’île « Sarda Garriga »

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Par Jules Lucas

Compte tenu de la tension qui régnait dans la colonie, SARDA avait éprouvé le besoin de faire le tour de l’Ile afin d’expliquer ce que lui et la France attendaient des possédants d’esclaves et des esclaves libérés. Il avait entrepris le 13 novembre 1848 son tour de l’ile en débutant par la commune de la Possession. Le voyage vers la Possession se déroule en Chaloupe. SARDA tiendra son premier discours sous un superbe TAMARINIER. Ils seront plus de 2000 à être venus pour l’entendre. Le cyclone ELISA a terrassé ce joyau de l’histoire et la commune de la Possession a dû le raser par sécurité. Il ne reste que la souche et une plaque commémorative.

A Saint-Paul, 3000 noirs venus des alentours l’attendent. Et il va leur parler.

Partout où il passait, SARDA rencontrait des esclaves remontés contre leurs maitres et comment penser qu’il pouvait être autrement. A ce stade donnons la parole à Paul EUDEL dans souvenirs de voyage Ile de la Réunion Quartier de Saint-Pierre ouvrage paru en 1864, qui écrivait page 13 :

« A Saint Pierre sur la place d’arme qui déplie devant la mairie son vaste tablier vert qui n’est autre chose qu’un grand et insignifiant espace mesurant deux hectares gazonnés, en 1848 SARDA GARRIGA commissaire du gouvernement provisoire vint y proclamer l’émancipation des noirs. Dix-huit mille travailleurs armés de bâtons et de zagayes l’entouraient. Cette multitude hurlait, vociférait des menaces de mort contre ses anciens maitres. Au moindre signal, elle aurait renouvelé les désastres de Saint-Domingue. L’orateur monta sur une table, la table de l’encan ! Dans un discours énergique il montra aux esclaves les dangers d’une révolte, les fit rentrer dans l’ordre et obtint de cette masse furieuse qui grondait comme les flots de la mer en courroux, qu’en retour de sa liberté, elle échangeait ses chaines pour un livret protecteur »

Le 25 novembre, pour traverser la zone du Grand Brûlé, ce seront des noirs, aux bras solides, qui vont le porter. Déjà on les entend qui l’appellent « papa SARDA ». Lorsqu’il arrivera à Sainte Rose, un peintre du nom de GARREAU, exécutera de lui un tableau allégorique le montrant libérant les esclaves.

Tous ces esclaves n’avaient pas besoin de saisir le sens de tous ses paroles, il leur suffisait qu’il les traite comme des hommes pour qu’ils lui fassent entièrement confiance. Il leur dira notamment qu’il est là pour les défendre, pour imposer sa volonté et celle de la France lointaine à des maîtres, hier encore arrogants et intraitables. Et c’est cela qui va permettre à des contemporains de parler de son charisme, magnétisme.

Il était de retour le 7 décembre à Saint-Denis. A l’entrée de la ville, au pont du Butor, il mettra pied à terre salué par des salves d’artillerie, au milieu des fanfares et des acclamations. Gustave Manès, le maire, est là, ainsi que tout son conseil municipal. Là également, la milice et les officiers de l’armée. Tous le saluent, le félicitent. La population et les autorités l’avaient accueilli en liesse.

Dans sa réponse, Sarda se laisse entraîner par l’enthousiasme général et déclare “ Ambitionner le titre de Créole… ”.

Il devait faire face à une révolte d’étudiants, contre le proviseur DROUET qui leur avait inculqué des idées progressistes, une première dans les annales de l’Ile Bourbon.

Ces faits se sont passés lors de la tournée du Commissaire Général  SARDA GARRIGA, accompagné du Procureur Général MASSOT et du Directeur de l’Intérieur  Auguste BRUNET qui avait délégué M. LEBEAUD qui, en sa qualité de conseiller privé, pour le remplacer. Pour calmer les esprits, Monsieur LEBEAUD fut obligé, pour rétablir l’ordre, de se rendre au milieu des élèves qui ne le reçurent pas très bien du reste.

Selon  VOLCY FOCARD, le Commissaire Général, pour ramener les élèves à la discipline, rendit en conseil privé le 19 décembre 1848, un arrêté qui licenciait le Lycée sur les motifs : « Que des désordres graves avaient éclaté dans les soirées des 27 et 28 novembre et dans celle du 18 décembre; qu’il importait, dans l’intérêt de la discipline et des familles, que des mesures immédiates et sévères fussent prises pour prévenir le retour de ses désordres qui compromettaient même l’existence du Lycée. Enfin que l’insubordination des élèves avait été générale et poussée jusqu’à la révolte. » A l’ouverture du Lycée en Février 1849, les meneurs étaient écartés, le Proviseur DROUET a retrouvé son poste et tout était rentré dans l’ordre.

Pour SARDA en effet, il semblait qu’appliquer les décrets, sans explication, sans certaines précautions, c’était traduire en errance sans toit, sans terre, sans emploi, sans ressource financière, ni alimentaire, ni soin, 63 000 esclaves. C’était la guerre civile assurée et la force des armes n’était pas du côté des libérés.

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