“Célébrons la lumière de la Eid-ul-Fitr en pleine conscience”

dans Actualités/Infos Réunion

Free Dom souhaite un joyeux Eid Mubarak à toute la communauté musulmane de La Réunion. À cette occasion, Youssouf OMARJEE demande de célébrer “la lumière de la Eid-ul-Fitr en pleine conscience” :

A présent que le mois de Ramadan s’achève sur nos dernières invocations au Tout-Puissant,  au soleil levant de ce jour mardi, mercredi ou jeudi, tout dépendra de la lune), toute la communauté musulmane de notre île se rassemblera lors d’une grande prière rituelle célébrée tant dans certaines Mosquées qu’en « plein air ».

C’est ainsi que s’achève ce mois d’adoration, de retraite spirituelle et de reconnexion de nos vies avec le divin. Cette grande prière rituelle commune ouvrira donc cette belle journée festive, placée sous le signe des rassemblements à l’occasion des repas partagés en famille, élargis bien souvent au premier cercle des intimes et habitués.

Célébrer cette joie immense d’un épisode qui se referme, non, sans nostalgie, est, également, une injonction divine, puisqu’en ce jour, il nous est interdit de jeûner. Ce mois de bénédiction divine, fut aussi le mois de l’élévation spirituelle dans la générosité, celui auquel on s’est consacré,      en « pleine conscience » et avec constance, à l’acquittement de nos obligations divines (culte, méditation, invocations, aumône, abstinence, gratitude) et aux devoirs humains (patience, humilité, solidarité, bienveillance, connaissance).

Cependant, il nous faut célébrer en « pleine conscience » la souffrance humaine sur terre de nos semblables, qu’ils partagent, avec nous, cette communauté de foi ou pas, car, là où les armes parlent, les esprits n’ont de raison que « la raison du plus fort ». Il nous faut donc traverser un mois d’éveil, pour être en mesure de faire preuve de plus de compassion à l’égard de ceux qui souffrent, faire que nos cœurs deviennent plus sensibles et éprouvent notre capacité à faire preuve d’empathie.

La « pleine conscience », développée au fil des pérégrinations humaines dans l’histoire et adaptée au gré des écoles, des obédiences et des pratiques spirituelles des aires géographiques successives, irrigue aussi bien l’hindouisme, le taoïsme, le bouddhisme, le christianisme, le judaïsme que l’islam au travers des différentes confréries soufies (islam contemplatif, mystique et ésotérique) de par le monde. Ce concept, aujourd’hui, largement popularisé, nous ouvre, certes, à l’infini de la méditation au travers des exercices spirituels précis sous le patronage d’un guide (oraisons jaculatoires, examen de conscience), mais, nous apprend, surtout, à nous abandonner,  avec confiance, à l’Être Suprême, au sujet de tout ce qui échappe à notre pouvoir. La « pleine conscience » nous permet d’envisager, avec sérénité, notre marche dans le monde. De plus, elle nous inculque le goût de la foi. Elle nous contraint tout autant à confier à Dieu,    aux détours des conversations secrètes et dans la profondeur silencieuse des nuits, tout ce qui pèse sur nos cœurs, tout ce contre quoi nous ne pouvons rien et tout ce qui peut être source de chagrin ou d’inquiétude pour nous. La nuit précédant l’Eid-ul-Fitr (Fête de la rupture) compte, donc, elle aussi, parmi les nuits bénies, c’est-à-dire comme une des nuits les plus propices à la multiplication des prières et des invocations faites, souvent, en allant au bout de soi-même.

Par ailleurs, cette journée de fête, nous permet de relativiser le déroulement de nos vies entre ce qui vient, d’une part, comme un moment de joie intense qui ne dure que quelques heures, et, ce qui s’en va, d’autre part, comme ces 30 jours durant lesquels nous nous sommes organisés    en fonction de nos obligations rituelles, de nos engagements professionnels et des convenances sociales, en vue de parvenir au contentement exclusif de Notre Seigneur. Prendre conscience, c’est aussi savoir profiter du temps qui passe, de ce que nous pouvons nous offrir et offrir aux autres, de la valeur de ce qui ne reviendra qu’au terme d’un cycle, et, du rythme, qui tantôt nous épuise, tantôt nous éveille.

Passer en « pleine conscience » cette journée suppose de consacrer notre foi par l’illumination des cœurs, source d’une joie intérieure ininterrompue. Ce qui nous permet, qu’a posteriori, de faire rejaillir, de notre for intérieur, une bonne humeur offerte à celles et ceux                    dont nous partageons la journée et/ou l’existence et dont nous sommes les miroirs. Donner de soi et faire du bien allant de pair, bien entendu.

De même, cette journée s’ouvre sur le fait de faire preuve de générosité à l’égard des siens, après qu’on ait consacré, son temps, sa personne, et son argent, durant le mois de Ramadan, à apporter un peu de mieux-être aux plus dépourvus d’entre nous. Typiquement, cette journée est, par excellence, celle des enfants, qui ont pris part, avec assiduité et au gré de leurs capacités physiques, à honorer le mois, qui s’achève, au travers de tous les actes de dévotion et de participation à une vie familiale beaucoup plus intense. Les enfants ont l’occasion de remplir leur tirelire, tout en disposant de quelques précieuses heures à glaner de beaux souvenirs en compagnie de leurs cousin(e)s comme de leurs ami(e)s. Ils sont enfin appelés à réfléchir et méditer sur le fait qu’il y a des enfants qui se trouvent dans une situation moins aisée que la leur, ici ou ailleurs, et, qu’il est plus important de remplir son cœur de la simple joie d’être au monde en profitant de la bonne compagnie, en chaque instant, et, apprendre à toujours faire preuve de gratitude à l’égard de Dieu, le Dispensateur Suprême des biens, des dons et des faveurs.

Ce jour de fête est aussi le jour de la beauté et de la parure, où grands et petits se font plaisir en prenant soin d’eux pour recevoir certes, et, s’adonner aux visites mutuelles surtout. La « pleine conscience » nous invite donc, tout autant, à développer cette beauté du caractère                  qui reste toujours perfectible et à faire un travail indispensable sur soi pour apprendre à triompher, avec grâce, de l’adversité et des vicissitudes, dans la pleine confiance à Dieu. Ce jour ponctue donc un mois d’effort, un mois de sacrifice du Soi, un mois de dévotion et un mois de concentration, et, il nous interroge, dans le même temps, sur notre désir authentique et notre volonté intacte de continuer dans la Voie.

Quelque part enfin, la tradition de l’accueil doit aller de pair avec la bienveillance sans laquelle « nous ne pourrions voir l’autre tel qu’il peut devenir et se voir soi-même  tel qu’on se doit d’être », et, le témoignage symbolique de recueillement et de rassemblement doit autoriser la transmission authentique de cette spiritualité au travers des générations futures.  De même, en ces circonstances qui rappellent le vide de celles et ceux qui ont rejoint l’autre rive, il importe également que nous apprenions, avant toute chose, à mieux respecter les vivants, pour que la commémoration et le souvenir de nos disparus revêtent pleinement leur sens. En définitive, accueillir le mois de Ramadan et célébrer son départ, exige de vivre, en « pleine conscience », pour que chaque croyant(e) qui a traversé ces jours bénis à la lumière du divin, puisse toujours éclairer, pour le reste de l’année, le chemin qui est le sien.

Pour soi et pour les autres, et, au nom du Divin qui nous y convie, que cette fête consacre la diversité dans la concorde, concilie l’humilité dans l’abnégation, convoque la bénédiction et la miséricorde divines autant chez nous, à l’île de La Réunion, que dans chaque contrée du monde. Eïd Mubarak !”

Youssouf OMARJEE

 

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