Créole à l’école : le CREFORM interpelle Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale

Le président du CREFOM, Daniel DALIN, sollicité par la délégation de La Réunion a adressé un courrier à M. Jean Michel BLANQUER, Ministre de l’Education nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur la problématique de l’enseignement et de l’expression du créole à l’école et dans les instances de l’éducation nationale à La Réunion.

Le courrier fait état de la rencontre qui a eu lieu entre la délégation réunionnaise du Crefom conduite par Richel SACRI et M. Richard SENGHOR, conseiller spécial du ministre lors de son déplacement à l’Ile de La Réunion les 19 et 20 août dernier.

Daniel DALIN évoque la problématique de l’enseignement et de l’expression du créole à l’école et dans les instances à La Réunion à travers les statistiques qui montrent « que dans le premier degré, 5 % des enseignants sont habilités en langue régionale alors que le plan d’action rectoral 2014-2019 en avait fait l’un de ses principaux chevaux de bataille. A La Réunion, il y aurait moins de 50 classes bilingues créole-français. A l’heure où de nombreuses études montrent à quel point il est essentiel d’accueillir les enfants dans leur langue maternelle, la situation actuelle est insatisfaisante dans un département où 2 élèves sur 3 ont le créole pour langue première.

Dans le second degré, la situation est également complexe. De nombreux lycéens se présentent à l’oral du créole au baccalauréat sans jamais avoir eu un seul cours de créole. Or la moitié des enseignants certifiés n’ont pas de poste. »

Il rappelle également que la circulaire n° 2017-072 relative à l’enseignement des langues et cultures régionales du 12 avril 2017 est sans ambiguïté sur la nécessité de donner toute leur place aux langues régionales : “En outre, la possibilité jusqu’ici réservée aux enseignants du premier degré de recourir ponctuellement aux langues et aux cultures régionales dès lors qu’ils en tirent profit pour leur enseignement est étendue aux enseignants du second degré, dans l’ensemble des disciplines (article L. 312-11 du même code). Ils peuvent également s’appuyer sur des éléments de la culture régionale pour favoriser l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et des programmes scolaires”.

Or, la réalité du terrain est tout à fait différente et le plan d’action 2019-2024 s’affiche alors comme peu ambitieux en reprenant les grandes lignes du plan de 2014. Dans certains établissements, certains personnels de direction et certains enseignants n’autorisent
pas le créole à prendre la place que le code de l’éducation et la circulaire l’autorisent à prendre, créant de ce fait des situations parfois en contradiction avec la bienveillance recommandée par le ministère de l’éducation.

Ainsi, des parents d’élèves peuvent-ils se voir refuser de s’exprimer en créole dans un conseil de discipline ou en conseil de classe, ce qui les conduit à s’abstenir de s’exprimer. Comment est-il possible alors dans ce cadre, de répondre aux exigences de la valorisation des langues régionales promue par l’Etat ?

Le président du Crefom précise que « Cette situation est le résultat, lui semble-t-il, d’un manque cruel d’ambition et de cohérence dans les politiques menées au niveau régional. Cela conduit à des situations aberrantes où un élève d’une petite section bilingue créole-français se retrouve dans une moyenne section bilingue français-allemand. »

Il souligne qu’à la Réunion, où l’illettrisme touche plus de 100 000 personnes, l’enjeu linguistique est majeur. « Environ 116 Réunionnais, soit 23% de la population, seraient en situation d’illettrisme, indique l’Insee. En moyenne 14,8 % des jeunes reçus à la Journée nationale de citoyenneté à La Réunion étaient en situation d’illettrisme en 2015 alors que le chiffre était de 3,6% en France métropolitaine. C’est sur la base de ce triste constat qu’ont lieu en préfecture, ce mercredi 4 septembre 2019, les travaux sur la nécessité de mettre en place des actions pour lutter contre ce fléau. »

Les confusions linguistiques sont nombreuses et accentuent ce danger. Ignorer le créole comme cela fut le cas pendant plusieurs dizaines d’années a produit des résultats catastrophiques. L’enjeu actuel est de savoir comment nous pouvons faire progresser les élèves. Il conviendrait de prendre en compte le créole à l’école, non pas simplement d’un point de vue culturel mais bel et bien
comme un outil au service des apprentissages. Compte tenu de tous ces éléments, Le président du Crefom sollicite le ministre de l’Education pour deux demandes déjà formulées par la délégation réunionnaise auprès du conseiller spécial du ministre à savoir :
1) La mise en place d’une mission d’inspection par l’Inspection Générale de l’Education Nationale (IGEN) pour une évaluation des dispositifs existants sur l’enseignement du créole dans l’Académie de La Réunion et dans les autres départements d’outre-mer (DOM) afin d’avoir des critères pertinents dans un même cadre légal.
2) La mise en place d’un module de formation à l’INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation) à la connaissance du territoire, de sa culture et de sa langue ; ce module devant être validé par une habilitation à enseigner en milieu créolophone pour les enseignants non créolophones arrivant à La Réunion. La priorité peut être mise sur le premier degré. En effet, si nous voulons que les élèves qui ne parlent que le créole puissent apprendre le Français dans les meilleures conditions, cette formation est indispensable.

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SPIDERMAN
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SPIDERMAN

Là , attention . La langue de ce département est la langue Française …langue de MOLIERE une très belle langue quand elle est très bien parlée ci qui n’est pas le cas ici ..ils ont une préférence pou langue
zancètres …… et pour certains Réunionnais le Français est une langue coloniale ……à ce je sache à ce jour la Réunion est Département …..NONN COLONIE …LE CREOLE POURQUOI PAS MAIS …..OUI MAIS .

Ramalagasy
Invité
Ramalagasy

Exactement.
Et après on s’étonne que l’UE ne veuille plus considérer La Réunion comme étant un Département français certes d’Outre-Mer.
Quoique..

Maduraï
Invité
Maduraï

Bien dit Monsieur, je suis entièrement d’accord avec vous.

Gérard Jeanneau
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Gérard Jeanneau

Mon brave Daniel, Non le créole ne peut expliquer l’illettrisme à La Réunion. Votre point de vue est éminemment politique. Vous brassez du vent. Les jeunes de mon âge et moi même, nous avions pour langue maternelle le patois vendéen. C’est seulement vers mes dix ans que l’électricité est arrivée dans les maisons et le poste de radio n’a pas tardé à s’installer dans les campagnes; et donc, à ce moment-là, nous pouvions entendre le français des Parisien. Or notre langue maternelle, le bon patois, n’a empêché aucun de nous à avoir le niveau du certificat d’études. Aucun illettré dans… Lire la suite »

Gérard Jeanneau
Invité
Gérard Jeanneau

Rectificatifs !

le français des Parisiens !

n’a empêché aucun de nous d’avoir…