/

Didier Robert sera-t-il le « Zorro » de la NRL ?

26 min de lecture
46

Tout laisse à penser aujourd’hui que l’on s’achemine vers l’arrêt du chantier de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) dont les travaux avaient été lancés juste avant les élections régionales de décembre de 2015. C’est une certitude. C’est écrit noir sur blanc sur le mail que le groupement NRL a adressé, il y a une semaine, aux transporteurs de la plateforme syndicale. Lesquels nous l’ont transmis, vendredi dernier, lors d’une conférence de presse tenue à Bois-Rouge (Saint-André) au siège de la FNTR. Le message du groupement est on ne peut plus clair (voir mail ci-dessous) :

Il est précisé que les travaux pour les 60 mètres relatifs au raccordement se feront tant bien que mal jusqu’en mars 2020. C’est-à-dire au ralenti. Ce que les transporteurs appellent encore des « travaux en yoyo ». A savoir, arrêt du chantier pendant deux semaines, puis reprise, puis de nouveau arrêt et ainsi de suite, jusqu’en mars 2020.

Concernant, en revanche, les 2,6 km correspondant à la route digue, tout s’arrête faute de roches massives. Plus précisément, faute de carrière de Bois-Blanc. Le groupement y tient beaucoup à cette carrière dont la SCPR, filiale de Vinci est partiellement propriétaire. Comme on vous le relatait vendredi dernier sur notre site, les transporteurs sont en colère. Réunis en une plateforme syndicale, la FNTR représentée par son président Jean-Gaël Rivière et son vice-président Jean-Bernard Caroupaye, la FTOI (Joël Mongin), l’OTI (Didier Hoarau), le CTTR (Sandarsen Ritou), la CFDT (Johnny Lagarrigue, secrétaire général) et le CDJA (Bruno Robert) tapent aujourd’hui du poing sur la table pour dénoncer cette situation de blocage qui « paralyse l’économie locale à tous les niveaux ».

De gauche à droite : Johnny Lagarrigue, Joël Mongin, Jean-Bernard Caroupaye, Jean-Gaël Rivière, Didier Hoarau et Sandarsen Ritou. (Crédit Photos : Y.M.)

Tous tirent la sonnette d’alarme quant à cette « situation de blocage » qui sera à n’en douter néfaste pour les transporteurs, mais aussi pour le BTP et pour l’agriculture locale. Ils appellent ainsi tous les acteurs concernés, à savoir la Région, l’Etat, la DEAL, la DAF, le Groupement NRL et le Département « à arrêter de se tirer dans les pattes » et de « se mettre en urgence autour d’une table » afin de trouver une solution pour finir  la NRL, comme il avait été prévu initialement lors de l’attribution de ce marché de près de 2 milliards d’euros financé par l’Etat et l’Europe.

« Plus de 1000 emplois sont aujourd’hui menacés », alertent les transporteurs en colère. Tous s’accordent sur un point : « il y a assez de galets à La Réunion pour terminer ce chantier. Nous avons déjà utilisé 11 millions de tonnes pour la partie viaduc. Il manque aujourd’hui 3,5 millions de tonnes pour la partie digue. Plus d’un million de tonnes ont été déjà recensés. Il manque 2 millions de tonnes. Il suffirait de mettre en place un autre protocole andins et d’assouplir un peu les règles. La balle est dans le camp de la DEAL, de l’Etat, de la Région et du Département. En procédant ainsi, tout le monde sera gagnant : les transporteurs, les ouvriers du BTP, les agriculteurs, jeunes et moins jeunes, qui pourront récupérer des terres agricoles valorisées et, bien entendu, les automobilistes qui pourront enfin circuler en toutes sécurité sur une nouvelle route du littoral terminée ».

Les chauffeurs ont été nombreux à assister à la conférence de la plateforme syndicale vendredi dernier

Mais alors, pourquoi ça bloque ? Qu’est-ce qui fait que le groupement peut du jour au lendemain prendre la décision de tout arrêter ? Pourquoi le marché attribué il y a près de 5 ans n’est-il pas honoré ? La Région a attribué au groupement NRL un marché dans lequel il était prévu « la quantité de galets, la qualité d’une route et un délai de livraison”, comment se fait-il que le groupement puisse prendre la décision de mettre fin au chantier alors que la NRL n’a été livrée qu’à 80% ? Qui doit trouver les galets manquants ? La Région, maître d’ouvrage ou le groupement NRL, maître d’œuvre ? Pourquoi avoir lancé un chantier sans même prendre le temps de prévoir les matériaux ? Si les Réunionnais de retrouvent aujourd’hui avec seulement 80% d’une route, à qui la faute ? A la Région ou au groupement ? Pourquoi ne pas exploiter la carrière de Bellevue ? Ou celle des Lataniers à la Possession ? Ou encore celle de Dioré à Saint-André (qui appartient à un groupe concurrent au groupement NRL) ? Pourquoi les acteurs concernés ne se réunissent-ils pas ? Pourquoi personne n’a prévu un “plan B” pour suppléer à la carrière de Bois-Blanc ? Ce sont des questions que se posent les transporteurs obligés de licencier des chauffeurs, après s’être endettés pour s’équiper en vue justement de ce chantier titanesque. Qui va pouvoir mettre fin à présent à cette situation de blocage qui risque de déboucher sur une crise sociale sur laquelle pourraient venir se greffer les gilets jaunes ?

Les transporteurs expliquent « en avoir marre » d’être « pris en otages tout comme les automobilistes à cause d’un problème politique ». Certains d’entre eux veulent aller bloquer la Région dès ce matin. D’autres appellent d’abord à la concertation. D’autres encore souhaitent attendre la venue dans l’île, d’ici à la fin de ce mois, du Président de la République pour organiser une action conséquente.

Il est quand même surprenant de constater, en 2019, dans un département français, qu’aucune autorité administrative n’est capable de faire ouvrir une carrière pour permettre à l’économie de fonctionner. C’est quand même bizarre de voir qu’il faut 20 tonnes de paperasses et plus de deux ans pour essayer d’ouvrir une carrière !

Selon le dernier jugement en date du Tribunal Administratif, la responsabilité de cette situation incomberait à la Région et à l’Etat qui n’auraient pas su anticiper quant au schéma départemental des carrières pour le chantier de la NRL. Le groupement se repose donc sur ce jugement et souhaite, faute de carrière de Bois-Blanc, que la Région et l’Etat mettent la main à la poche pour la suite du chantier. Au cas contraire, le groupement plierait bagage. C’est ce qui se passe actuellement.

La Région de son côté estime qu’elle a signé un marché et que celui-ci doit être honoré. En fait, nous sommes dans une partie de poker menteur. Au final, tout laisse à penser que ce sont les contribuables qui vont devoir mettre la main dans le porte-monnaie afin de trouver une rallonge et finir cette NRL. Autrement dit, certains pourront laisser pourrir la situation et, à la veille de la visite présidentielle, soit Didier Robert de la Région, soit Emmanuel Macron en personne pourraient intervenir tel « Zorro » ou «Grand Seigneur » pour régler la situation. Comme cela avait été fait pour les 28 millions d’euros de l’aide compensatoire de la canne à sucre. Comme cela avait été fait aussi pour les PEC (Parcours Emploi Compétence) sortis en un coup de baguette de magique du chapeau d’Annick Girardin.

En précisant que tout surcoût, de toute façon, ne sortirait pas de la poche des « Zorro ». Il va sans dire que si une solution n’est pas trouvée pour terminer cette route, et que si, par malheur, d’ici aux régionales de 2020, un morceau de cap se mettait à « chaper » sur la tête des automobilistes, certains élus pourraient définitivement tirer un trait sur une éventuelle réélection à la pyramide inversée. Cela dit, les transporteurs n’ont pas tort lorsqu’ils disent que « tout ça, c’est un problème politique ! ». On enterre le tram-train pour une NRL inachevée, on enterre le Pôle océan pour aucun autre projet. Et ce sont des dizaines de millions d’euros d’études engloutis à chaque fois. Des dizaines de millions d’euros qui auraient pu servir à construire du concret dans l’intérêt des Réunionnais. Dommage ! C’est vraiment triste de constater que pendant que nos élus locaux ont du mal à finir une nouvelle route de 12 kilomètres avec un budget de 2 milliards d’euros, les Mauriciens, eux, arrivent à inaugurer un Métro avec (seulement) quelques centaines de millions d’euros. A méditer ! Et ils ont même des roches massives et des andins à nous revendre…

Municipales 2020 : plus il y a de fous, plus on rit !

Je vous avais promis d’en parler tous les lundis : à six mois des échéances municipales, difficile en effet de faire l’impasse sur les candidatures qui se multiplient dans les 24 communes de l’île. C’est fou de voir à quel point la chose politique est à la fois haïe et vénérée. Nombreux sont ceux qui tirent sans cesse à boulets rouges sur les élus, les maires… Mais toutes et tous veulent être maires. Comprenne qui pourra !

Cette semaine, ils étaient encore plusieurs à se déclarer : Giraud Payet (voir photo ci-dessus) à Saint-Leu avec à ses côtés Simone Yee Chong Chi Kan (la sœur d’Ary du PCR). Lequel Ary était lui, hier dimanche, aux côtés de Yvan Dejean, le secrétaire général du PCR. Yvan Dejan (chemise blanche au centre) sera candidat à Saint-Louis (photo ci-dessous).

Il a tenu sa conférence de presse au lieu-dit Bel-Air en présence de Maurice Gironcel et d’Elie Hoarau, sans oublier un bon paquet de militants. A Sainte-Suzanne, c’est Johnny Adékalom, qui a officialisé sa candidature dans le cadre de « Pacte » (Proposer Agir Construire Tous Ensemble), son mouvement. Rappelons que son frère Eddie fait partie de la majorité du maire Maurice Gironcel. Donc, pas besoin d’avoir fait Sciences-Pô pour comprendre que la candidature de Johnny Adékalom aura pour but de capter un certain nombre de voix pour ensuite s’additionner, au deuxième tour, avec les suffrages récoltés par Gironcel. C’est tout le temps la même rengaine, on finit par s’y habituer.

Au Port, Sergio Erapa, actuel conseiller départemental devrait se déclarer dans pas longtemps. Il y a un vilain tract anonyme qui circule à propos de Sergio Erapa accusé de profiter de ses mandats politiques pour « faire embaucher toute sa famille » dans diverses collectivités locales. A La Possession, Roland Lambert devrait très prochainement annoncer sa candidature, pressé qu’il est de croiser le fer avec la maire sortante Vanessa Miranville. A Saint-Leu, Karine Nabénésa a fait savoir sur son compte Facebook qu’elle ne sera pas la candidate « d’homme politique aveuglé par le pouvoir ». Elle ne vise personne, suivez son regard!  Mais Karine Nabénésa ne dit pas pour autant pour qui elle va «rouler ». Pour Bruno Domen ? Tout dépendra des négociations, en sachant qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Surtout en politique ! Aux Avirons, nous avons beaucoup parlé de Roseline Lucas, d’Eric Ferrère, mais nous avons un peu oublié Jean-Daniel Dennemont qui, via son « dalon » Jonathan Rivière, ne cesse de nous interpeller.

Donc sachez que Jean-Daniel Dennemont a déposé dans les boîtes à lettres un courrier intitulé « La force d’un engagement pour les Avirons » et dans lequel il rappelle, au cas où vous ne le sauriez pas, qu’il est « un homme d’action » et qu’il « envisage l’avenir avec plus d’ambition ». Tout un programme ! Jonathan Rivière tient à rappeler que Jean-Daniel Dennemont a été l’adjoint de l’ancien maire des Avirons, Michel Dennemont, de 2001 à 2011 et « qu’il pourrait être conseiller régional si deux personnes démissionnent ».

A Saint-André, il faudra compter sur au moins quatre candidats de gauche. Vous connaissez déjà Joé Bédier, Eric Fruteau, Julie Aroubani (la petite dernière), voici maintenant le PCR, section de Saint-André, qui n’a pas encore trouvé son candidat, mais il y travaille dur, à en juger par ce communiqué signé David Gauvin, le secrétaire de section : « A l’approche des municipales, les candidatures se multiplient un peu partout dans l’île. A cette allure, nous risquons de battre le record de 2014. St André n’est pas en reste. Si à ce jour 5 candidats ont déjà fait part officiellement de leurs intentions, on s’achemine vraisemblablement vers une dizaine de listes sinon plus. Ce constat fait, nous rappelons les défis qu’aura à relever la nouvelle équipe municipale, l’adaptation de la ville au changement climatique, l’élaboration d’une nouvelle politique vertueuse du déplacement, la construction d’une ville inclusive, la modernisation de l’administration communale, pour ne citer que cela. St André aura donc besoin d’une équipe à la hauteur de ces enjeux. Une équipe mue par l’intérêt général et non par l’ivresse du pouvoir et les règlements de compte. Les communistes de St André n’entendent pas rester à l’écart. Nous privilégions pour l’heure les rencontres avec la population dans toute sa diversité avant de nous positionner. Une chose est sure, le PCR sera présent dans la bataille des municipales de mars prochain ».

Vous l’aurez compris, à écouter les uns, les autres sur le terrain, on a le sentiment que la politique est détestée, mais force est de constater qu’au fil des semaines, les candidats se bousculent au portillon à l’approche des municipales. Plus on est de fous, plus on rit, comme dit le proverbe.

Bourrage d’urne à Saint-Pierre  : Calbo i dresse la tête!

Caroline Calbo. Un nom qu’on ne risque pas d’oublier ici à La Réunion. C’est la nouvelle Procureure de la République au Tribunal de Saint-Pierre. Si la justice, de façon générale, se montre plutôt molle envers les élus locaux, Calbo, elle, ne plaisante pas. La preuve, pour une affaire de bourrage d’urne dans un des 92 bureaux de vote à Saint-Pierre dont, disons-le franchement, tout le monde s’en fout royalement d’autant que cette affaire concerne les élections européennes, la nouvelle Proc n’a pas hésité à mobiliser le commissaire de police de Saint-Pierre et à organiser une conférence de presse. Comme si elle avait trouvé le trésor de la Buse. Ou comme s’il s’agissait d’un acte terroriste. Or, il s’agit selon les premiers éléments fournis à la justice par Jean-Gaël Anda, opposant au maire Michel Fontaine, d’une vidéo montrant que deux employés communaux dont le président du bureau en question auraient échangé des bulletins, 19 au total, contre ceux du candidat « LR » François-Xavier Bellamy, lequel a terminé deuxième à Saint-Pierre, derrière le Rassemblement National.

Vu la façon dont le dossier est présenté par la justice saint-pierroise depuis les révélations de Médiapart, on a l’impression qu’il s’agit d’une affaire d’Etat. On peut comprendre que certains magistrats puissent souhaiter avoir leur nom dans la presse nationale qui pourrait aider plus tard pour une promotion étant donné que La Réunion est souvent utilisée comme tremplin par de nombreux fonctionnaires d’Etat souhaitant gravir les échelons, mais quand même ! Ça va, y’a pas de quoi en faire un fromage ! Si les preuves sont là, faut coffrer les coupables, voire même le ou les commanditaire (s) ! La justice doit effectivement faire son travail mais de là à organiser une conférence de presse sur une élection européenne, qui plus est pour 19 voix, sans aucune incidence sur le résultat final, franchement, à part Anda et quelques uns de ses affidés, et à part peut-être faire monter un peu le diabète de Michel Fontaine, à six mois des municipales, (surtout dans la façon dont tout cela a été mis en scène par la magistrate), il n’y a pas de quoi fouetter un chat tant cela n’intéresse strictement personne Madame la Procureure. Les administrés, les contribuables, qui ont bien d’autres soucis en cette fin d’année, attendent de la justice, de la police qu’ils puissent vivre, se déplacer, travailler en toute sécurité et assurer un avenir décent à leurs enfants de plus en plus qualifiés et diplômés. Quant à savoir si deux employés communaux qui auraient peut-être abusé, en ce jour d’élection et également jour de la fête des fêtes, d’un repas un peu arrosé au point de se permettre de tripoter quelques bulletins de vote dans une urne, lors d’un scrutin européen, ça leur en touche une sans faire bouger l’autre. A quand une conférence de presse de madame la Procureure de Saint-Pierre et de son collègue de Saint-Denis sur tous les gros dossiers en cours (NRL, marché du traitement des déchets dans le Nord-Est…), y compris ceux du PNF, impliquant des élus et portant sur des centaines de millions d’euros d’argent des contribuables ?

Je voulais finir avec la guerre des mosquées à Saint-Denis, (Bas de la Rivière), suite, qui fait toujours rage, et sur pleins d’autres sujets assez croustillants, mais j’y reviendrai plus en détails très prochainement. Si vous me le permettez,  je m’arrête à là pour aujourd’hui.

Y.M.

([email protected])

 

 

 


46
Poster un Commentaire

avatar
36 Fils de commentaires
10 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
16 Auteurs du commentaire
Babouk loswoirLesaquéUmanaEncore un espoirMardé Auteurs de commentaires récents
plus récent plus ancien Le plus populaire
Free Dom
WordPress Video Lightbox