“Eïd, jour de fête”

Nous y sommes, Lundi 25 Mai. C’est jour de fête. Jour de prières, joie et partage. Jour de liesse aussi pour nos plus jeunes. Jour placé sous le signe d’une ferveur spirituelle, clôturant le mois béni de Ramadan. En ce jour de fête de la rupture ou « petite fête », on marque la fin d’un mois de jeûne.

Alors, oui, nous n’oublions pas les circonstances qui sont les nôtres, ni les incertitudes attachées à la célébration de cette fête qui ne va pas sans la célébration de la prière exceptionnelle qui lui est attachée. Cependant, aux doutes habituels provenant du ciel et de la visibilité du croissant lunaire précédant la veille ou l’avant-veille de Eïd, se sont ajoutées les incertitudes liées à la mise en application de la décision du Conseil d’Etat se prononçant en faveur de la restauration de pratiques cultuelles moins restrictives tout en étant mieux encadrées.

Localement, les responsables communautaires ont su faire preuve de promptitude en répondant, dans l’urgence et sur le champ, aux attentes de la communauté tout en se conformant aux contraintes réglementaires des autorités, liées aux impératifs de sécurité sanitaire. Cette décision, pour courageuse qu’elle soit, est à saluer, car c’est un véritable défi que de définir une stratégie qui déroge aux règles déjà particulières d’organisation de cette prière exceptionnelle par laquelle commence la journée de Eïd des fidèles musulmans ici et partout ailleurs dans le monde.

Cette journée est, cette année, plus encore qu’à l’accoutumée, l’occasion de faire preuve de gratitude pour les bienfaits dont le Seigneur nous a pourvus. En effet, la pandémie est venue bouleverser nos habitudes, notre routine quotidienne et nos projets de par le confinement qui s’est imposé à nous. Qui plus est, nous avons été contraints de changer notre rapport au monde, nous avons été rendus à l’immobilisation, nous avons été pris de court et enjoints à rester et prier chez nous.

C’est également une journée ancrée dans le marbre de l’humilité, car nous n’avons pas encore collectivement gagné la lutte contre ce coronavirus et le risque de pandémie qu’il porte en son sein. Certes, nous avons profité du Ramadan pour prier dans le sens de la maîtrise des risques liés à la propagation du virus, mais, comme en témoigne, le maintien scrupuleux des consignes sanitaires, nous en avons encore la crainte qu’il ne ressurgisse quelque part à un moment où l’on s’y attend le moins. Les moments de prières dans le cadre du dialogue inter-religieux durant le confinement sont aussi là pour témoigner de l’attachement des réunionnais(es) à l’exercice de leur religion, confirmant notre île dans son rôle de « Terre de rencontre des spiritualités ».

Enfin, nous devons faire preuve de vigilance individuellement tout en ne tombant point dans la paranoïa. Collectivement, les associations d’entraide qui opèrent dans le cadre du Ramadan, ont entamé leur service dès le confinement en place. Et, elles n’ont cessé d’agir en faveur des plus démunis, des publics vulnérables et des personnes en difficulté. En ce sens, elles ont prouvé la capacité d’adaptation qui est la leur. Ces associations sont une véritable école de formation citoyenne, puisqu’elles ont participé à la consolidation du pacte républicain.

Elles ont prouvé également, par leur combat et leur acharnement à la tâche, la nécessité absolue qu’il y a à l’émergence d’une économie à visage plus humain, une économie de l’attention à l’autre. Ces associations, et, celles et ceux qui contribuent à donner de la vie à leurs actions, sont les véritables héros du temps présent. Bravo donc, à elles, pour leur investissement pour notre île. Joyeuse fête de Eïd à tous et à toutes.

Youssouf Omarjee

 

 

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