En 50 ans, deux fois moins d’habitants par logement à La Réunion

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C’est ce que révèle une étude de l’INSEE publiée ce vendredi 10 septembre. À La Réunion, le nombre de résidences principales est multiplié par quatre entre 1968 et 2018, passant de 82 100 à 332 400. En 50 ans, il augmente de 2,8 % par an, soit deux fois plus vite que la population (+ 1,5 %). Cet accroissement du parc de logements répond aux besoins liés à la croissance de la population mais également au phénomène de décohabitation lié aux changements de mode de vie. Le nombre moyen de personnes par ménage est ainsi passé de 5,0 en 1968 à 2,6 en 2018. Du fait de la très forte hausse du nombre de logements en 50 ans, le parc des logements est nettement plus récent à La Réunion qu’en France métropolitaine. La maison individuelle reste majoritaire, mais le logement collectif se développe sensiblement. Le confort des logements s’améliore également fortement sur la période.

Forte baisse de la taille des ménages en 50 ans

L’accroissement plus élevé du nombre de logements par rapport à celui de la population est lié à la baisse du nombre de personnes par ménage (ou par logement). Ainsi, le nombre moyen de personnes par ménage diminue de 5,0 en 1968 à 2,6 en 2018. Dans les années 1970 et 1980, cette baisse est principalement liée au recul du nombre de familles nombreuses, conséquence de la très forte diminution de la fécondité sur l’île (de 5,7 enfants par femme en 1968 à 2,5 à la fin des années 1980). Depuis le début des années 1990, avec une fécondité relativement stable, d’autres facteurs liés à l’évolution des modes de vie expliquent davantage la baisse de la taille des ménages notamment les mises en couple plus tardives ou les ruptures d’unions plus fréquentes que par le passé : on parle d’« effet décohabitation ».

En France métropolitaine, les évolutions sont moins prononcées qu’à La Réunion tant en termes de croissance du nombre de résidences principales (+ 1,7 %) que d’habitants (+ 0,6 %). Les ménages y sont aussi de plus petite taille qu’à La Réunion (2,2 personnes par ménage en 2018).

Depuis 2008, la décohabitation contribue davantage que la hausse de la population aux besoins en logements

Entre 1968 et 1975, la croissance de la population particulièrement forte contribue davantage que l’effet décohabitation à la hausse du nombre de résidences principales. L’effet décohabitation est ensuite équivalent à l’effet démographique entre 1975 et 2008. Depuis 2008, du fait d’une croissance démographique ralentie et de la poursuite de la baisse de la taille des ménages, l’effet décohabitation domine. Ainsi, entre 2013 et 2018, 69 % de la hausse du nombre de résidences principales résulte de la baisse de la taille des ménages et 31 % de la croissance de la population.

L’effet de la décohabitation sur la hausse du nombre de résidences principales est plus important encore qu’en France métropolitaine (57 %). Il devrait rester prédominant au cours des prochaines décennies, du fait de la poursuite du vieillissement de la population.

Des logements plus récents qu’ailleurs

Du fait de la très forte hausse du nombre de logements au cours des cinq dernières décennies, le parc des logements est nettement plus récent à La Réunion qu’en France métropolitaine. Ainsi, 61 % du parc de 2018 est constitué de logements construits après 1991 : c’est deux fois plus qu’en France métropolitaine. A contrario, les logements construits avant 1946 ne représentent que 1 % du parc à La Réunion, contre 22 % en métropole.

Une forte progression des logements collectifs

Les maisons individuelles sont toujours majoritaires : 67 % des résidences principales en 2018. Mais au cours des vingt dernières années, les logements collectifs se sont largement diffusés : en 2018, 32 % des résidences principales sont des appartements, soit 10  points de plus qu’en 1999. Cette part se rapproche de celle de l’Hexagone (42 % d’appartements), de la Martinique (35 %) et de la Guyane (33 %). La Guadeloupe est le Drom où le logement collectif est le moins développé (25 %).

La rareté du foncier, et son coût de plus en plus élevé dans les centres urbains particulièrement, associée à un fort besoin en logements – notamment sociaux – incitent en effet à construire davantage de logements collectifs. Ainsi, 85 % du parc locatif social est désormais composé d’habitat collectif et les programmations en maisons individuelles sont devenues marginales.

Le confort des logements s’améliore

Beaucoup plus nombreuses qu’il y a 50 ans, les résidences principales réunionnaises ont aussi profondément changé. Alors que l’habitat de fortune représentait encore 5 % des logements en 1990, celui-ci a disparu du paysage des centres urbains. À l’intérieur du logement, disposer de l’électricité et du confort sanitaire de base (W.-C à l’intérieur du logement, baignoire ou douche) s’est généralisé, principalement au cours des décennies 1970 et 1980. Cependant, en 2018, 10 900 ménages ne disposent toujours pas dans leur logement d’au moins l’un de ces éléments de base et 1 270 n’ont encore aucun point d’eau à l’intérieur du logement.

Au cours des deux dernières décennies, d’autres éléments de confort sont progressivement apparus dans les logements réunionnais. Ainsi en 2018, 91 % des ménages réunionnais disposent de l’eau chaude dans leur logement, soit 9 points de plus qu’en 2008 et 28 points de plus qu’en 1999. Cet accès à l’eau chaude a pu être favorisé en partie par l’installation de chauffe-eaux solaires de plus en plus nombreux : 51 % des logements en sont pourvus en 2018, soit 22 points de plus qu’en 2008 et sept fois plus qu’en 1999. Dans le même temps, les appareils de climatisation sont également de plus en plus présents dans les résidences principales : 26 % d’entre elles en sont équipées en 2018 contre 16 % en 2008 et 6 % en 1999.

La taille des logements évolue peu en 50 ans

Au cours des trois décennies passées, malgré la baisse du nombre de personnes par ménage, la taille des logements évolue peu, tant en nombre de pièces que de surface.

Ainsi, en 2018, 9 % des résidences principales ont une superficie de moins de 40 m² : c’est deux points de moins qu’en 2008. Cette part est comparable à celle de l’Hexagone. À La Réunion, les logements de taille intermédiaire (entre 40 et 100 m²) sont nettement plus nombreux qu’en métropole, au contraire des logements de grande taille (plus de 100 m²). Toutefois, de nombreux logements comprennent des varangues ou autres terrasses extérieures, dont la surface n’est pas comptabilisée ici.

Une personne a donc en moyenne plus d’espace à vivre que dans le passé. Pour autant, la suroccupation des logements reste une problématique importante. Les Réunionnais vivent deux fois plus souvent que les habitants de métropole dans un logement suroccupé [Besson, 2020]. C’est plus particulièrement le cas dans le logement social.

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