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Francofolies 2019 : “J’aimerais bien me produire ailleurs avec l’Orchestre”, notre interview de Christine Salem

dans Actualités/Infos Réunion/Vidéos

La troisième édition des Francofolies se tient ce week-end à la Ravine Blanche, à Saint-Pierre. Et c’est Christine Salem Sinfonik, qui a ouvert le festival avec un programme original, conçu par la formation dirigée par Laurent Goossaert et arrangé par Frédéric Norel.

 

Avant que l’artiste à la voix puissante éprise de liberté ne monte sur scène, nous avons eu l’occasion de la rencontrer. Le temps de lui poser quelques questions sur sa musique mais aussi sur des sujets d’actualité. Lors de l’interview, elle était accompagnée de Laurent Goossaert, le chef d’orchestre de l’Orchestre de la Région Réunion.

Pour cette nouvelle édition des Francofolies, vous allez vous produire avec l’Orchestre de la Région Réunion. Comment s’est déroulée cette collaboration ?

Christine Salem : Ce projet est une aventure. J’aime bien les projets atypiques, qui me permettent de faire de la musique traditionnelle d’une autre façon.

Laurent Goossaert : Pour moi, le maloya est une grande découverte. Lorsque je suis venu à la Réunion en 2014, ma mission a été de travailler avec l’orchestre symphonique. Je me suis dit que ce serait dommage de se cantonner à du Mozart à la Réunion alors petit à petit, j’ai rencontré des musiciens réunionnais. J’ai alors estimé qu’il n’y a aucune raison pour qu’on oublie les conventions et qu’on essaie la fusion. Après Maya Kamaty ou encore Labelle l’année dernière, on travaille enfin avec Christine Salem. Cela fait 2 ans que l’on rêve d’un projet avec elle ! Le spectacle de vendredi soir est d’ailleurs un long travail d’élaboration. On a dû apprendre à se connaître pour voir ce qui était possible. On a ensuite réfléchi à la manière de faire quelque chose de sincère. On a travaillé sur place pendant une semaine pour faire en sorte qu’on soit tous ensemble sur scène. Et ne pas donner l’impression que ce soit une entité qui en accompagne une autre. Lors de notre première rencontre, Christine m’a d’ailleurs dit qu’elle n’aimait pas la routine. Je lui ait répondu : ça tombe bien moi non plus. On adore aller à la rencontre de l’inconnu.

Christine, on vous a dit que vous n’iriez pas loin avec le maloya. Que ressentez-vous aujourd’hui quand vous voyez le chemin parcouru ?

C. S. : Cela montre bien que le maloya est un genre à part entière. Je me suis sacrifiée pour cette musique. Depuis 2014, je pense maintenant plus à moi. Je fais ce que j’ai envie, c’est pourquoi dans le dernier album, je mélange d’avantage les genres. Il y a eu des collaborations. Et cela se poursuit avec Frédéric Norel, l’arrangeur sur l’orchestre.

D’après vous, pourquoi les femmes ont autant de difficultés à percer dans le Maloya ?

C. S. : Je ne ressens pas ça mais peut-être que c’est à cause de mon caractère ! Je pars du principe que nous sommes des artistes qui avons des choses à dire et que nous devons le mettre en valeur. Je ne me suis jamais dit que comme je suis une femme, ça allait être dur pour moi.

L. G. : Bon moi, j’ai travaillé avec Maya Kamaty et Christine Salem, donc les femmes dans le maloya, c’est juste naturel. Les musiques du monde évoluent avec les artistes qui les pratiquent. Il en va de même pour le maloya. En règle général, il devient tout à fait normal de trouver des femmes à tous les postes de responsabilité. Je pense donc que l’homogénéité va se créer dans le maloya. Qu’on soit un homme ou une femme, cela marche si on est sincères et qu’on a du talent.

Christine, vous parlez souvent de la colère que vous avez lorsqu’on vous disiez à l’école que vos ancêtres étaient des Gaulois. Est-ce que l’école parle suffisamment de l’histoire de la Réunion d’après vous ?

C.S. : Je pense que c’est un peu limite. À mon époque, on n’en parlait jamais. À vrai dire, dans ma classe, on n’était que deux noirs. Dans mon quartier, il y avait des résidences dédiées aux personnes mutées à la Réunion, c’était principalement des métropolitaines. La phrase fétiche de la maîtresse était donc : “Dans ma classe, on ne parle que Français.” Moi, ça m’a vraiment bloquée car à la maison, on parlait uniquement le créole. Et quand on m’a dit que mes ancêtres étaient des Gaulois, je me suis dit direct qu’il y avait un problème. Bon déjà, quand on me dit Gaulois, je pense tout de suite à Astérix et Obélix. Du coup, on n’a pas vraiment la même couleur de peau quoi ! En arrivant chez moi, j’ai posé des questions à mon entourage, qui m’a alors raconté l’histoire de la Réunion et de l’esclavage. À partir de ce moment, une haine a grandi en moi. J’en voulais à l’Éducation Nationale, à la France. Je ne voulais plus aller à l’école. J’ai ensuite rencontré des gens comme Danyèl Waro, qui défendent notre culture et le maloya. Je me suis servie de ma colère pour écrire des textes. En devenant adulte et mère de famille, j’ai compris certaines choses. J’ai appris qu’on ne pouvait rien résoudre avec de la haine, j’ai donc extériorisé tout ça à travers la musique. Et il faut savoir que j’ai mis énormément d’années avant de réussir à écrire une chanson d’amour ! Cela doit faire 5 ans que j’y parvient. Le maloya me permet surtout de parler des problèmes de société, de l’inégalité. J’ai même travaillé dans le social. Ce métier m’a permis de voir la réalité et de rester plonger dans le quotidien des Réunionnais. J’ai ensuite décidé de prendre un nouveau virage : celui de faire de la musique pour me guérir moi-même.

Comment avez-vous réagi en voyant la Réunion s’embraser en novembre dernier ?

C.S. : Pour moi, c’est normal qu’à un moment les gens se révoltent. Mais moi, j’ai eu un déclic après avoir entendu cette phrase de Mère Teresa : “Je n’irai pas à une manifestation contre la guerre, mais si vous faites une manifestation pour la paix, invitez-moi ! ” Ma résolution, elle est là. Chacun trace son chemin et fait comme il entend.

Pour finir, quels sont vos projets en cours ?

C. S. : J’aimerais bien me produire ailleurs avec l’Orchestre. On en a parlé justement avec Laurent. Oussa i appel a moin, nous sa va !

L. G. : On est vraiment là-dessus. Que les messages portés par les musiques de Christine peuvent être compris, malgré la barrière de la langue. Ils sont internationaux ! Sa musique est un art brut. J’ai vécu très fortement ce mélange entre des musiciens classiques, qui sont habitués à jouer dans un répertoire classique, et cette artiste.

Laurent, avec quel artiste aimeriez-vous collaborer par la suite ?

L. G. : Il y en a beaucoup à la Réunion. J’ai notamment rencontré les Pat’ Jaunes et Davy Sicard. Mais pour le moment, je suis concentré sur ce projet avec Christine Salem. Je rêve de l’emmener ailleurs !

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