“Gilets jaunes : les limites d’un système”, par Wilfrid Bertile

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“Venant après bien d’autres, l’augmentation de la taxe sur les carburants a mis les citoyens dans la rue. Davantage, en proportion, à La Réunion qu’en France métropolitaine parce que la situation y est encore plus dégradée.

En France, des fractions de plus en plus nombreuses de la population n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Depuis des décennies, la part des salaires baisse dans le bilan des entreprises, au bénéfice du capital et des actionnaires. Les ménages ont tenté de maintenir leur niveau de vie par l’endettement. Mais même celui-ci, qui n’est au demeurant qu’un pis-aller, devient plus difficile avec la précarisation des emplois et des revenus. Un fois enlevées les dépenses contraintes, le « reste à vivre » est de plus en plus étriqué. Les salaires et les retraites ont été désindexés de l’inflation. Les politiques budgétaires néolibérales détricotent le modèle social. Dans le même temps, les plus riches deviennent plus riches et sont favorisés par le pouvoir. L’injustice d’une telle situation, insupportable pour la grande majorité dont le pouvoir d’achat se détériore, la pousse dans la rue.

A La Réunion le mouvement a pris encore plus d’ampleur. C’est que depuis longtemps, les Réunionnais sont confrontés à la situation qui s’étend progressivement aux Français de l’Hexagone. Ici, le revenu médian est plus bas, les inégalités sociales plus accentuées et la vie plus chère qu’en France. Il en résulte un pouvoir d’achat amoindri. 42% de la population (trois fois plus qu’en Métropole) vit en dessous du seuil de pauvreté. Entre le tiers et la moitié de la population ne survit que grâce aux minima sociaux. A cela s’ajoute un chômage de grande ampleur qui marginalise et fait perdre les repères. La « dualité » du marché du travail laisse de côté la majorité des demandeurs d’emplois. Autrement dit les emplois créés et les formations organisées ne leur sont pas accessibles. Le Gouvernement a cru bon de faire passer brutalement le nombre des emplois aidés qui leur étaient prioritairement destinés de 26 000 à 11 000. Le chômage est reparti à la hausse… Aussi, après Mayotte, après la Guyane, La Réunion connaît-elle des troubles sociaux de grande ampleur.

En France, la « solution » passe sans doute par une augmentation immédiate des petits revenus (ou du pouvoir d’achat) et par une grande conférence sociale et fiscale réunissant les forces vives du pays pour préparer l’avenir. A La Réunion, c’est le modèle qu’il faut, en outre, changer. Dépendant de la rente des transferts publics nationaux et européens, il atteint ses limites. Il conviendrait de mobiliser les Réunionnais pour un nouveau cycle du développement de l’île, plus endogène, moins inégalitaire, fondé sur les ressources insulaires, la transition énergétique, l’économie circulaire, plus en phase avec le territoire et la population”.

Wilfrid Bertile, universitaire

Ancien député-maire de Saint-Philippe, ancien conseiller régional


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