“Il y a 25 ans mourait François Mitterrand”, par Wilfrid Bertile

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Voici la tribune libre de Wilfrid Bertile, universitaire, professeur agrégé de Géographie à la retraite, ancien député et ancien maire socialiste de Saint-Philippe :

“Le 8 janvier 1996 décédait François Mitterrand, ancien président de la République. Je voudrais évoquer ici ce que lui doivent les départements d’outre-mer en général et La Réunion en particulier, sans évidemment prétendre à l’exhaustivité.

D’abord quelques remarques d’ordre général.

Nous avons bénéficié de la politique générale de « changement » mise en œuvre pour l’ensemble de la France. Il s’agit de mesures sociétales (abolition de la peine de mort, droit des femmes, radios libres…) ; sociales (augmentation du Smic de 10% ; des prestations sociales et familiales ; création des Zone d’éducation prioritaire ; 5e semaine de congés payés ; lois Auroux sur les droits des travailleurs dans l’entreprise…) ; économiques (Impôt sur les grandes fortunes ; maîtrise de l’inflation…) ou culturelles.

Des mesures spécifiques ont aussi été prises en faveur des Outre-mer comme la création de l’ANT, à la place du BUMIDOM si décrié. Au niveau économique, furent étendus à La Réunion, les CODEFI pour le financement des entreprises. Au sein du Fonds d’Investissement des Outre-mer (FIDOM), une section régionale, gérée à partir de La Réunion, fut créée à côté de la section centrale, gérée depuis Paris. Il fallut financer le nouveau port en baie de la Possession inauguré en 1986 ainsi le pont remplaçant les radiers de Gillot et une nouvelle traversée de Saint-Leu, causes d’embouteillages mémorables. Furent aussi lancés les contrats de plan, le basculement des eaux d’est en ouest, la réforme du financement des logements sociaux. En faveur des agriculteurs, ce furent la création de l’ODEADOM et la réforme de 1984 prévoyant le passage automatique dans les baux ruraux du colonat au fermage, qui a signé la fin du colonat partiaire, mode de production inique s’inscrivant dans la suite de l ‘esclavage et de l’engagisme

Sans être spécifiques à La Réunion, la création du RMI en 1989 (aujourd’hui RSA) a revêtu ici une importance considérable en raison de l’ampleur du chômage : désormais chacun avait un minimum et pouvait manger à sa faim…

La Réunion a surtout connu trois révolutions qui l’a fait entrer dans un nouveau monde : la reconnaissance de l’identité et de la culture ; l’accès à la responsabilité ; l’ancrage dans la France, dans l’Europe et dans l’océan Indien.

Sur le plan culturel, ce fut une vraie libération : l’identité réunionnaise, jusqu’ici niée ou bafouée, était reconnue. La loi du 30 juin 1983 instaure un jour férié (le 20 décembre) pour commémorer l’abolition de l’esclavage et la fin de l’engagisme. La langue créole entre en option dans les écoles. Au lieu d’être une annexe de France 3, l’audiovisuel public outre-mer se voit doté d’une société autonome, RFO. Une direction régionale des affaires culturelles est créée avec, à sa tête un Réunionnais. Enfin, le centre universitaire de Saint-Denis devient université de plein exercice en 1982 et l’Académie de La Réunion est créée en 1984.

Sur le plan politique, ce fut l’accès à la responsabilité, un grand souffle démocratique. La région, simple établissement public, devient une collectivité locale de plein exercice. La décentralisation confie l’exécutif du département et de la région à leur président et non plus au Préfet comme cela se faisait jusqu’ici. Cela peut sembler abstrait, dit comme çà, mais imagine-t-on aujourd’hui vivre sans la Région ? Et accepter que ce soit le préfet qui gère les affaires du Département et de la Région, les élus ne faisant que voter ses projets ?

Enfin, François Mitterrand a permis l’ancrage de La Réunion dans la France, son insertion dans l’Europe et la coopération régionale. En 1983, la création de la Région met fin à la revendication de l’autonomie, que d’aucuns assimilaient à une étape sur la voie de l’indépendance. Les Réunionnais qui en avaient besoin étaient rassurés sur l’avenir de La Réunion dans la France. Les départements d’outre-mer, jusqu’ici marginalisés, font l’objet d’une attention soutenue au sein de l’Europe. Dès 1986, l’opération Intégrée de Développement se traduit par le projet de basculement des eaux d’est en ouest. En 1989, la réforme des fonds structurels prévoit un doublement de la dotation concernant les DOM. Enfin ceux-ci figurent parmi les seules régions européennes dotées d’un statut spécifique, celui de Région Ultra-Périphérique, évoqué dans le traité de Maastricht en 1992. Enfin le voyage dans les pays voisins du préfet Levallois, le premier du genre, lance la coopération régionale et La France adhère à la COI en 1986 au titre de La Réunion.

Ayant fondé ici, avec d’autres, le Parti Socialiste dont François Mitterrand fut le Premier secrétaire et ayant été le seul député réunionnais de sa majorité de 1981 à 1986, ce fut la chance de ma vie que d’avoir participé à la mise en œuvre de ces mesures”.

Wilfrid Bertile

 

 


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Marcelin
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Marcelin

Merci Wilfrid de nous remémorer les apports que nous devons à ce grand Président. Ce qui semble aller de soi aujourd’hui n’était pas évident il y a un quart de siècle.
Marcelin

Zabitant
Invité
Zabitant

Il a oublié de remercier François MITTERRAND de l’avoir gracié afin d’éviter la prison sur l’affaire des terrains de la trinité à Saint Philippe.

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