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Jacques Chirac : « l’outre-mer, c’est comme une femme, il faut l’aimer… »

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Jacques Chirac aimait La Réunion. C’est une certitude. Il aimait la France, il affectionnait plus particulièrement cette France ultramarine dont fait partie notre île où il était venu à neuf reprises. Rien que ça !

En 1979, la première fois, pour assister à l’inauguration du nouvel hôtel de ville de Saint-Denis en présence du maire Auguste Legros, du député Michel Debré (1963-1988) mais aussi de René-Paul Victoria, adjoint au maire du chef-lieu à l’époque. Jacques Chirac venait de claquer la porte au président de la République Valérie Giscard d’Estaing (1976) dont il était pourtant le Premier ministre. Il fut alors remplacé par Raymond Barre. En 1977, Chirac crée le RPR, il devient également maire de Paris.

En 1986, c’est en tant que Premier ministre du Président François Mitterrand (la cohabitation, une première sous la Ve République), qu’il débarque à La Réunion. Il mettra l’accent sur la loi-programme de 1986 (loi Pons) axée sur les mesures de défiscalisation.

En 1994, Jacques Chirac est en campagne électorale contre Edouard Balladur et Lionel Jospin. Il s’arrête donc à La Réunion, rencontre Margie Sudre (présidente de Région). Il avait déjà rencontré les époux Sudre en 1986, pour parler radio, mais la rencontre n’avait pas été très chaleureuse. En 1994, en revanche, c’est le coup de foudre politique. Jacques Chirac est très sensible à la déclaration de Margie Sudre selon laquelle « le meilleur président pour la France serait Chirac ». Politiquement, la présidente de Région lui tape dans l’œil. Lors de ce déplacement de 1994, Jacques Chirac déclara : « l’outre-mer, c’est comme une femme, il faut l’aimer. Et quand on l’aime, on ne peut rien lui refuser ». Clin d’œil métaphorique à Margie Sudre ?

La réponse arrive sans doute en 1995. Jacques Chirac fait appeler Margie Sudre par la Guadeloupéenne Lucette Michaux-Chevry pour lui annoncer la bonne nouvelle. Elle est aussitôt contactée par le Premier ministre Alain Jupé. Mais Margie Sudre devra attendre la fin du discours du secrétaire général de l’Elysée en mai 1995 pour apprendre non sans satisfaction qu’elle vient d’être nommée secrétaire d’Etat à la Francophonie. Elle est la première réunionnaise à intégrer un gouvernement.

« Ce sera elle ou personne », avait dit juste avant sa nomination Jacques Chirac à André-Maurice Pihouée, alors patron du RPR local. Ce dernier lui avait répondu qu’il préférerait « personne » expliquant que Margie Sudre « travaille avec la gauche en tant que présidente de Région ». Force est de constater que le Président de la République a envoyé « boulé » le responsable du RPR à La Réunion.

En 1996, nouveau déplacement à La Réunion. Les promesses faites en 1994 localement sont tenues puisque le 1er janvier 1996, le Smic et les prestations sociales sont alignés sur la métropole. Lors de ce déplacement de 1996, le chef de l’Etat vient célébrer le 50e anniversaire du statut départemental (départementalisation en 1946) de La Réunion.

En 1997, il vient passer ses vacances en famille au “Saint-Alexis” à Saint-Gilles. Son épouse Bernadette, sa fille Claude et son mari et le petit-fils  Martin accompagnent le Président de la République.

Il aimait le p’ti punch, les bouchons et le rougail saucisse

En 1999, retour dans l’île, à l’occasion du sommet de la commission de l’océan Indien. En 2001, Jacques Chirac pose ses valises de nouveau dans le département, juste après la vague bleue du « coup’ pas nou » (anti bidep), l’occasion aussi pour lui de féliciter le jeune élu qu’il avait rencontré pour la première fois en 1979 devant la mairie de Saint-Denis, à savoir René-Paul Victoria, devenu alors maire du chef-lieu 22 ans après. Lors de cette visite de 2001, Jacques Chirac propose le projet de révision constitutionnelle en déclarant, comme il l’avait fait un peu avant en Martinique, « l’heure des statuts uniformes est passée » pour l’Outre-mer.

En 2002, après son plébiscite face à Jean-Marie Le Pen (82% des suffrages) lors de l’élection présidentielle, Jacques Chirac vient passer trois semaines de vacances dans le département, à la Villa du Lagon précisément (aujourd’hui Lux). En famille, il ira à la messe à l’église de Saint-Gilles, puis manger dans plusieurs restaurants dont « Resto Lam » (fermé depuis cette année). Jacques Chirac était un bon épicurien. Il était un gourmand de tout, de la vie en général. C’était un Président chaleureux, qui portait le peuple dans son cœur, qui appréciait le ti punch, la cuisine locale, le rougail saucisse, les bouchons, le café grillé…

Depuis hier soir, Margie Sudre très émue par sa disparition, ainsi que son deuxième « chouchou » réunionnais, René-Paul Victoria, réfléchissent à l’organisation d’une cérémonie, en compagnie de Jean-Paul Virapoullé et d’autres élus locaux comme André Thien-Ah-Koon et Joseph Sinimalé deux “fidèles”, afin de rendre un hommage appuyé à « ce grand Président de la République, grand homme d’Etat qui à jamais aura marqué de son empreinte La Réunion ».

Y.M.

 


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