Jean-François Nativel “Où en est la promesse de réouverture de nos eaux à la baignade et aux activités nautiques”

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Lors de son dernier passage à l’île de la Réunion en juin 2018, en tant que secrétaire d’État à l’écologie, nous avions interpellé au sujet de la crise requin Sébastien Lecornu, aujourd’hui ministre de l’outre-mer.

Tout en nous assurant d’un engagement total de l’État, il nous avait expliqué que désormais il faut s’inscrire dans une nécessaire « approche moderne de la biodiversité ». Or, cette « approche moderne » sous-entend que face à des prédateurs, la priorité n’est non pas de régler le problème, mais bien d’expérimenter coûte que coûte une cohabitation pourtant impossible. En effet, dans la nature, nous sommes soit une proie, soit un prédateur, et il n’existe pas de juste milieu, ni de bienveillance. L’humain était pendant des décennies présent en tant que prédateur sur nos rivages balnéaires, jusqu’à la mise en place des règles de la Réserve Marine en 2007. Celles-ci ont conduit à supprimer les activités de pêche qui en occupant jadis la colonne d’eau maintenaient les prédateurs à distance : il ne reste plus depuis que nos enfants démunis au bord de l’eau, transformés en vulgaires proies.

Monsieur Lecornu nous avait aussi assuré en 2018 que son gouvernement avait pris des mesures inégalées jusqu’alors. En revenant dans l’île deux ans après, il conviendrait qu’il puisse nous dresser un bilan des deux années d’action gouvernementale à la lueur des casquettes successives qui l’ont amené à être dans un 1er temps du côté des bouledogues en œuvrant au ministère de l’écologie, et désormais, du côté des Réunionnais.

Le plan « Marshall » de relance économique de notre territoire ne peut absolument pas faire l’économie de la levée de l’interdiction de baignade en vigueur depuis le 26 juillet 2013 et reconduite provisoirement 10 fois depuis.

Comme l’avait indiqué l’IEDOM en 2018, l’avenir des territoires d’outre-mer passe par les océans. Tant que nous resterons dans cette situation, nous nous priverons d’un pan de développement économique essentiel, alors même que partout ailleurs et notamment sur le littoral hexagonal ou encore à Tahiti (qui accueillera même les jeux olympiques de surf en 2024), l’accès à l’océan et les activités nautiques sont devenus l’axe d’attractivité et de développement majeur pour les territoires littoraux.

Dire que l’on veut sauver l’économie de l’île de la Réunion, tout en maintenant notre océan fermé est totalement contradictoire. C’est probablement pour cela que le Président de la République a affirmé en 2019 qu’il « rouvrira nos eaux à la baignade et aux activités nautiques d’ici 2022 ».

Or actuellement, les tentatives de reprise des activités nautiques ne trompent personne : il n’y a toujours en 2020 aucune plage protégée sécurisée ou aménagée pour la pratique des activités nautiques à l’île de la Réunion. Et face à cela, la réalité tabou, nous la connaissons tous : ce sont des centaines de pratiquants hommes, femmes, enfants, seniors qui sont tous les jours dans l’eau sur les spots populaires malgré l’interdiction, et dans l’indifférence générale. Ils ont fini par reprendre l’océan, fatigués d’attendre une sécurisation qui ne sera jamais venue. L’hypocrisie d’une telle situation ne peut perdurer indéfiniment, alors Monsieur le ministre, portez notre espoir, aidez-nous à lever les derniers verrous et cette interdiction injuste, aidez-nous  à retrouver notre océan, notre liberté et notre dignité.

 

Nativel Jean François, élu municipal d’opposition à St Paul

Maurin Joris, conseiller municipal à Trois Bassins en charge de la mer,

Véminardi Mylène, conseillère municipale à St Leu chargée de la réglementation des espaces marins.


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