Le GIDR via Idriss ISSOP-BANIAN : lettre ouverte au Recteur sur la Laïcité

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GROUPE DE DIALOGUE INTERRELIGIEUX DE LA REUNION

LETTRE OUVERTE

La présente lettre ouverte est destinée à Monsieur le Recteur d’Académie, et est également
adressée à la représentation de l’Etat en Région et au niveau national.
La Réunion est souvent louée pour le < Vivre Ensemble > qu’elle s’enorgueillit de présenter
et de cultiver, surtout quand certains s’évertuent à le nier ou à le < ringardiser >.
C’est dans le sens de sa préservation que le Groupe de Dialogue lnterreligieux de La Réunion
(CDIR) a inscrit sa démarche depuis près de vingt ans.
Cette dimension de notre structure n’a pas ainsi échappé à nos gouvernants successifs et
aux pouvoirs publics, qui n’hésitent pas à la solliciter, ainsi qu’à la population réunionnaise
qui voit à travers elle un espace de concertation, de réflexion, de proposition et de
médiation.
Notre île est également saluée pour sa richesse plurielle, en particulier humaine. La diversité
qu’elle témoigne, malgré une histoire marquée aussi par la violence et la douleur, ne
constitue pas un facteur de désunion et de confrontation.
ll faut en rendre grâce sur ce plan à la sagesse de nos ainés qui ont bâti notre société avec
un grand sens des valeurs de liberté, de tolérance, de respect de l’Autre et le sentiment
partagé d’un avenir commun.
Le GDIR est néanmoins soucieux du constat qu’un certain nombre de faits tendent à nier des
particularismes et des traditions auxquels les Réunionnais sont très attachés, et ce à travers
des textes de portée nationale, et une volonté d’uniformisation qui ne s’embarrasse même
plus de précaution, même si leur application sans discernement constitue une atteinte à la
personnalité même, qu’elle soit individuelle ou collective.
La lettre circulaire de Monsieur le Recteur d’Académie en date du L9 février 2018, adressée
aux chefs d’établissements scolaires, concernant le respect de la Laïcité, est la parfaite
illustration de cette situation.
Nous sommes en droit ainsi de nous interroger sur le fait générateur de ce texte qui est une
construction purement locale, ce qui paradoxalement est aussi l’expression d’une singularité
dont nous aurions pu nous passer.
Etions-nous en présence d’une situation telle qu’il y aurait eu prosélytisme religieux, trouble
au fonctionnement de la communauté éducative, provocation par un signe religieux
ostentatoire ? Nullement. ll s’agissait simplement d’un fait culturel dans notre diversité au
sein de l’unité républicaine.

Ont ainsi été ciblés cette fois-ci la croix, le kichali, le bindi et … (trors points de suspension).
S’agissait-il de se conformer’, voire de renchérir par rapport à la réaction d’une lnspectrice
générale de l’Education nationale de passage dans l’île, qui n’a pas privilégié l’échange et
l’écoute et dont l’expression rendue publique a manifestement été excessive ?
Pour notre part nous regrettons que des problèmes soient importés à La Réunion alors qu’ils
n’existent pas.
D’autres sujets plus cruciaux auraient mérité/ certainement un peu plus d’intérêt tenant au
manque de moyens de notre enseignement public pour une éducation de qualité,
connaissant par ailleurs la situation inquiétante en matière de violences à l’école, d’échecs
scolaires, et d’illettrisme dans notre île.
Notre réaction est ferme, mais elle ne s’inscrit pas dans une opposition au respect de la
Laïcité.
Notre réponse est légitime, car nous sommes animés par le souci vital de préserver nos
traditions, nos richesses culturelles, notre identité réunionnaise qui est plurielle et tout
simplement notre façon d’être.
Avec l’expression de notre considération distinguée.
Saint-Denis le l-4 Mars 2018


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