Le Rassemblement National (RN) en marche vers 2022

dans Edito de Yves Montrouge/Politique

La victoire du Rassemblement National (ex Front National), tant en métropole qu’ici, à La Réunion, est-ce réellement une surprise ? Disons le franchement : non ! C’est tout, sauf une surprise ! Pas besoin d’avoir fait l’ENA ou d’être grand clerc pour savoir que le parti au pouvoir allait « dérouiller ». La grève des Gilets Jaunes qui dure depuis maintenant plusieurs mois dans l’hexagone et qui a également fait des ravages localement en disait déjà long sur le désir du peuple d’en découdre avec Emmanuel Macron et sa politique impopulaire. Et son erreur à lui, au Président de la République, a été de transformer ces élections européennes en un référendum sur sa politique et celle du gouvernement Philippe.

A trop vouloir s’impliquer dans cette campagne électorale des européennes, à trop vouloir la personnaliser, les électeurs mécontents ont trouvé là une occasion rêvée d’opérer un vote sanction. Car il s’agit bel et bien d’un vote de rejet, de déception qui intervient dans une situation de crise de confiance entre le peuple et ses dirigeants au pouvoir. Un vote de défiance aussi, un vote de ras-le-bol, d’attente surtout d’une politique meilleure qui ne laissera pas les plus démunis sur le bord du chemin.

Après avoir essayé durant des décennies un coup la droite, un coup la gauche, les électeurs entrevoyaient à travers Emmanuel Macron, ce candidat, jeune et plutôt novice en politique, venu de nulle part ailleurs, une lueur d’espoir. Mais deux ans plus tard, ses réformes taxant la classe moyenne et enrichissant les plus riches ont anéanti toute espérance. Si Emmanuel Macron et le gouvernement n’accomplissent pas d’ici à 2022 des miracles en soulageant le porte-monnaie des plus nécessiteux avec plus de pouvoir d’achat, en donnant du travail aux chômeurs, en relançant l’activité économique, en revoyant sa politique d’immigration… il va sans dire que Marine Le Pen (ou sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen) s’installera à l’Elysée dans 3 ans. La voie est toute tracée. Le peuple en colère n’a plus confiance ni en la droite, ni en la gauche et encore moins aujourd’hui à celui qui était supposé faire oublier « le vieux monde ».

Le Rassemblement National est, depuis quelques scrutins déjà, en marche vers 2022. Force est de constater aujourd’hui, à l’instar de ce qui se passe en Europe, que le nationalisme ne fait plus peur, y compris en France et donc à La Réunion. Et même pas la peine de lui parler de “repli xénophobe”, le peuple n’en a rien à cirer. Il part du principe que « le Front national ne pourra pas être plus pire » de ce qu’il a déjà connu. Constatant que la gauche et la droite ainsi que le centre ayant échoué, le peuple se dit : « pourquoi ne pas essayer le Front national « ? Un vote par défaut ! Par dépit !

C’est ce que reflètent clairement les résultats sortis des urnes, hier, aussi bien en métropole qu’à La Réunion, à savoir la disparition des « vieux partis », c’est-à-dire de la droite classique et du Parti socialiste. « Les Républicains » avec 8% des suffrages au plan national enregistre son score historiquement le plus bas. Jamais en 50 ans de vie politique, la droite n’avait connu pareil échec. Idem pour le PS qui totalise 6,5% des voix.

Situation identique à La Réunion où les extrêmes explosent les compteurs reléguant ainsi les partis traditionnels au second rang lorsqu’ils ne sont pas tout simplement menacés de disparition. Tout en faisant émerger la « troisième force », celle incarnée par les écologistes de l’EELV (Europe Ecologie Les Verts), mouvement mené par Yannick Jadot qui termine 3ème (au plan national) des élections européennes avec près de 13% des suffrages en renforçant une véritable « vague verte » qui submerge toute l’Europe, à l’image de ce qui se passe en Allemagne et en Belgique, et prouvant si besoin l’urgence écologique manifestée par grand nombre de citoyens soucieux de la protection de l’environnement et de la planète.

Par ailleurs, l’on savait aussi que, dans ce sursaut démocratique survenu hier (plus de 50% de participation dans l’hexagone, plus de 30% localement), se cachait une volonté des électeurs de se venger, via les urnes, d’une politique actuelle plutôt libérale et technocratique considérée comme malvenue et surtout néfaste à l’épanouissement des plus faibles.

Quid des municipales de 2020 et des échéances électorales de 2021 ?

Jubilant comme pas deux, Marine Le Pen a appelé, dès hier soir, au renforcement « d’un grand mouvement pour l’alternance afin de préparer les municipales de 2020, les départementales et les régionales de 2021 ». Est-ce volontairement qu’elle n’a pas évoqué la présidentielle de 2022 ? En tout cas, si la marche du Rassemblement National vers 2022 ne fait plus l’ombre d’un doute, à moins d’un miracle de la part d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe d’ici là, les autres scrutins seront moins évidents pour le parti de Marine Le Pen. Lequel arrive à s’imposer particulièrement à l’occasion des grandes élections que sont les européennes et la présidentielle.

On l’a constaté il y a deux ans, localement, lors de la présidentielle de 2017 où l’extrême gauche (La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon) avait terminé premier à La Réunion en totalisant 24,53% des suffrages, suivi du Front National de Marine Le Pen avec 23,46%. La République En Marche soutenu activement, à l’époque, par Thierry Robert avait réalisé un score de 18,91% devant la droite de François Fillon (17,26%).

Alors si, globalement, la victoire des extrêmes, notamment à La Réunion, ne souffre d’aucune ambiguïté, il serait, malgré tout, hasardeux de tirer des conclusions hâtives quant aux échéances à venir. Certes, aux européennes d’hier, le Rassemblement National a fait un raz-de-marée dans les 24 communes de l’île, mais ce n’est pas pour autant que le parti de Marine Le Pen va pouvoir installer un maire frontiste dans les 24 communes de l’île en mars 2020.

D’un point de vue purement local, il convient donc de relativiser. 30% seulement des électrices et des électeurs – ce qui est bien pour des européennes – se sont mobilisés. Il manque quand même 70% des inscrits. Or, les municipales et même les départementales et régionales sont des élections très personnalisées où, la plupart du temps, l’électorat se prononce davantage sur la personne que sur sa politique. D’autres paramètres entrent alors en jeu.

C’est ainsi que l’on a assisté, en 2014 au retour des Joseph Sinimalé à Saint-Paul, d’André Thien-Ah-Koon au Tampon, Virapoullé (Jean-Paul) à Saint-André. Le poids des hommes, de leur personnalité, compte plus que celui des partis qu’ils représentent. Exemples parmi tant d’autres, ce n’est pas parce que le Rassemblement National a terminé en tête, hier, à Saint-Denis ou à Saint-Pierre, ce n’est pas parce que le PS et « LR » sont aujourd’hui laminés, que Gilbert Annette et Michel Fontaine ont déjà perdu les municipales de 2020. Des exemples comme ceux là, il en existe évidemment d’autres.

Bien sûr, a priori, on pourrait dire que Didier Robert qui s’est donné à fond dans cette campagne électorale des européennes en faveur de La République En Marche a subi, au même titre que Macron, un revers cinglant de la part des électeurs. Mais il n’est pas le seul élu à avoir, localement, soutenu Stéphane Bijoux et la liste de « La Renaissance ». On ne peut pas dire que le président de Région sort renforcé de ce scrutin – il était déjà affaibli depuis la crise des Gilets Jaunes – mais on ne peut pas non plus soutenir qu’il a déjà perdu les régionales de 2021. La politique, ça va, ça vient.

Rien ne dit par ailleurs que pour les municipales, par exemple, le Rassemblement National et La France Insoumise, partis très populaires hier, puissent trouver les profils adéquats, représentatifs et fédérateurs.

Alors, ne tirons pas trop vite des plans sur la comète. Une élection, ça ne se gagne pas forcément avec un programme. Ça se gagne aussi avec des slogans. Ce n’est pas le Rassemblement National, qui parvient parfaitement à cristalliser aujourd’hui la colère des mécontents, qui en dira le contraire. Les « y’a qu’à », « faut qu’on », ça marche lorsqu’on n’est pas aux manettes. Emmanuel Macron en sait quelque chose. Il a été élu en 2017 parce qu’il avait promis de « faire mieux » que la droite et la gauche.

Une élection, qui plus est locale, outre la personnalité du candidat (de la candidate), ça se gagne aussi avec les moyens mis en place. Il faut également composer avec la versatilité des électeurs, qui oublient vite. Raison pour laquelle, contrairement à beaucoup d’autres, je dirai que si les européennes ont pu effectivement constituer un test pour la présidentielle, il n’en est pas de même pour les municipales, les départementales et les régionales. Une élection en chasse l’autre. Chaque scrutin a sa particularité, ses caractéristiques. Les élections se suivent et ne se ressemblent pas. Et pour revenir aux européennes, et à la victoire des extrêmes (droite et gauche), réjouissons-nous de voir que notre île sera doublement représentée à Strasbourg et à Bruxelles grâce à la réélection de l’insoumis Younous Omarjee et à l’élection du « marcheur » Stéphane Bijoux. La Réunion lé là !

Y.M.

([email protected])

 

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BrinaLa fin d'un ancien mondeJacksonKoo2gleCjm Recent comment authors
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BARET 974
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BARET 974

Eau coco n’était Pas de la campagne, toujours au repos # LIFE IS BLACK# LIFE IS FAMILY # MANGER# BOIRE# BAT KARÉ # A COSE LA PERD EUROPÉENNE

Cjm
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Cjm

Pour notre président de région je pense que se sera la même chose arrivé au régional. Menteur i coze un ta et i fê rien pour aide la réunion et surtout i aime rempli sa poche et celui sa famille.

Koo2gle
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Koo2gle

Comme girouette, le président de la Région avait viré Macron, alors attendez-vous maintenant à ce qu’il se lépénise !

Jackson
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Jackson

Ha ha ha ha ah ah ah bien vu ce matin lé plus renaissance mè Re-foudandfond

La fin d'un ancien monde
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La fin d'un ancien monde

Les urnes ont parlé . Certes pour un choix européen . Mais il faut être naïf pour ne pas voir une contestation, un rejet , un refus de cautionner le pouvoir et les pouvoirs en place à tous les niveaux. Le peuple n’a pas arrêté de trinquer , d’être méprisé depuis l’arrivée de Macron et il l’ a trouvé dans les urnes .Les élus locaux ont pris pour leur grade même s’ils comptent sur la naïveté des électeurs pour sauvegarder leurs indemnités et avantages . J’ai voté contre les baiseurs et profiteurs politiques . J’ai voté contre les embauches familiales… Lire la suite »

Brina
Invité
Brina

ANDA en marche vers la mairie de st pierre