/

Les « Arts de l’Islam » s’installent au MADOI pour 4 mois !

12 min de lecture
3

Depuis sa création en 2012, le département des Arts de l’Islam du Louvre offre au public une immersion au sein des cultures islamiques, de l’Espagne à l’Inde, du VIIe au XIXe siècle, et révèle l’importance des échanges anciens, étroits et féconds tissés entre la France et l’Orient. Témoins artistiques et historiques, les œuvres d’art illustrent la diversité culturelle et confessionnelle au sein du monde islamique depuis treize siècles. Elles sont le reflet de la circulation des idées et des hommes mais aussi de l’héritage pluriel du patrimoine français. Face aux fanatismes religieux et aux a priori, la culture se doit d’être sans relâche un rempart et un levier pour transmettre, ouvrir à l’autre, redonner des clés de compréhension de passés croisés pour construire un avenir partagé.
C’est dans cette perspective que le ministère de la Culture s’est mobilisé en demandant au musée du Louvre et à la Réunion des musées nationaux – Grand Palais d’organiser à l’automne 2021 un projet destiné à un très large public, et aux jeunes générations en particulier, pour poser un nouveau regard sur les arts et les cultures de l’Islam.

Du 20 novembre 2021 au 27 mars 2022, 18 expositions dans autant de villes de France seront ainsi présentées au public, dans un musée, une médiathèque, une bibliothèque, un espace culturel.

Pour chaque accrochage, 10 œuvres, à la fois historiques et contemporaines, issues du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre et de collections nationales et régionales, incarneront la richesse des cultures de l’Islam et leur inscription dans l’histoire de France depuis plus de 1 300 ans. Plus de 180 œuvres au total seront ainsi présentées au public : une lampe de mosquée du XIe siècle provenant de Jérusalem (musée du Louvre), un chandelier de l’époque de Saladin signé par un artiste de Mossoul racontant la vie de Jésus (musée du Louvre), des boîtes de toilettes en ivoire du XIIIe siècle ayant appartenu aux duchesses de Bourgogne, provenant de l’abbaye de Cîteaux et aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Dijon, une œuvre de l’artiste Hiwa K, One Room Apartment (FRAC Normandie) ou bien Les Collages de Topak Ev de l’artiste française d’origine turque Nil Yalter.

Cette initiative vise également à éclairer le public sur la grande diversité des territoires et des populations concernées par l’Islam. La civilisation islamique est autant arabe que turque, indienne qu’iranienne, asiatique ou maghrébine… Les œuvres présentées feront valoir une large variété de pratiques et sensibilités artistiques, évoquant des scènes de vie, la nature, le désir amoureux, un simple décor de palais ou de mosquée.

Si l’exposition « Arts de l’Islam, Un passé pour un présent » incite à la curiosité, la manifestation est peut-être avant tout une invitation à venir s’émouvoir. Rien n’empêche d’ailleurs quiconque de vouloir s’organiser un tour de France en 18 étapes pour découvrir autant de témoignages livrés par ces œuvres. Dialogue entre les œuvres passées et présentes, chaque exposition proposera une œuvre d’un artiste contemporain d’un pays du monde islamique, reflet d’une vision du monde actuel et du rapport à leur héritage.

Une attention particulière sera portée à la médiation culturelle grâce à la conception de plusieurs outils pédagogiques : un livret d’une quinzaine de pages présentant l’exposition, des cartels développés, la diffusion d’un film dans chaque lieu d’exposition offrant une échappée dans les pays d’origine de ces œuvres et un site internet de ressources numériques compatible au format smartphone et consultable notamment durant la visite des expositions. En outre, une programmation culturelle associée à l’exposition sera mise en œuvre dans chaque ville (conférences, débats, spectacles vivants, cinéma…), animée par des équipes de médiateurs et, dans certains lieux, par des étudiants de l’École du Louvre. Un espace de discussion pouvant accueillir entre 20 et 30 personnes sera intégré à chaque exposition. S’appuyant sur une étroite collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chacune de ces expositions a été spécifiquement conçue pour s’adresser aux élèves et à leurs professeurs. Un plan national de formation, décliné dans chacune des académies d’accueil des expositions, sera proposé à l’automne afin d’accompagner les professeurs dans l’appropriation des œuvres présentées et de les aider à construire des séquences pédagogiques pluridisciplinaires, associant notamment éducation artistique et culturelle et éducation morale et civique. En contribuant à la formation des professeurs sur la connaissance de la civilisation islamique et de l’histoire de ses relations avec la France et l’Europe, ce plan a vocation à enrichir la culture humaniste des élèves et à nourrir leur rapport à l’altérité qui sont au fondement de l’école.

Le commissariat général de l’ensemble des expositions est assuré par Yannick Lintz, directrice du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre.

Musée des Arts Décoratifs de l’Océan Indien – Saint-Louis – 20/11/2021 – 27/03/2022

Cette exposition revêt bien sûr un caractère particulier par rapport aux 17 autres. Elle se situe en plein cœur d’un territoire qui par sa position géographique dans l’ouest de l’océan Indien, s’est enrichi des échanges entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Insérée dans le vaste réseau commercial reliant l’Est et l’Ouest, la culture matérielle de l’île est aujourd’hui imprégnée d’influences multiples puisant dans les répertoires islamiques, hindous, européens, asiatiques et africains.

Dans ce cadre, le Musée des arts décoratifs de l’océan Indien développe depuis longtemps un tropisme sur les collections indiennes de l’époque de l’empire islamique moghol. Cet art renvoie le spectateur à un multiculturalisme particulier.

Crédit photo : Antonio Prianon

Dans l’exposition, un jali en grès rose est particulièrement valorisé. Il vous plonge dans l’architecture moghole du temps des empereurs Akbar ou Jahangir avec ses propres caractéristiques indiennes mais en s’inspirant de l’architecture islamique du moucharabieh. Le cabinet indien du XVIIe siècle nous permet de comprendre cet art parfois appelé « indo- portugais ». Il reprend en effet le principe de ce type de mobilier très en vogue en Europe dès la fin du Moyen-Âge. Les modèles indiens à l’époque du rayonnement de l’empire moghol en Inde étaient destinés notamment aux Européens présents sur le continent, dans les colonies portugaises à cette époque. Les bois précieux et la nacre en constituent les matériaux nobles qui attiraient déjà les clientèles iraniennes, arabes et turques au temps des routes terrestres de ’Asie à la Méditerranée. Les modèles décoratifs végétaux ou humains s’inspirent des scènes présentes dans la peinture miniature de cette époque.
Le choix des deux bases décorées de pipes à eau (qalyan), l’une indienne et l’autre iranienne montrent admirablement l’existence d’une culture commune dans le monde islamique, notamment autour de cette pratique.

Crédit photo : Antonio Prianon

Mais les œuvres révèlent aussi des différences culturelles nettes. La pipe iranienne du XIXe siècle est décorée d’un couple amoureux à l’européenne. La pipe indienne du XVIIIe siècle reprend un décor néo-classique. Les pratiques religieuses musulmanes sont évoquées à travers un Coran iranien, un porte-Coran ottoman et une planche coranique marocaine. Les chefs-d’œuvre du Louvre évoquent davantage l’Islam du monde arabe dans des contextes chrétiens. Ainsi, les deux œuvres en cristal de roche proviennent de trésors d’église français mais prennent également ici une connotation particulière puisque ces sculptures, ayant servi de reliquaires chrétiens, étaient fabriquées en Égypte vers le XIe siècle à partir d’un cristal de roche importé de Madagascar, des Comores ou de Mayotte.

La présence de l’artiste Myriam Omar Awadi, avec son œuvre autour du tissu traditionnel comorien, Chiromani, boule à facettes, impose aussi le regard contemporain sur cet art régional toujours inspiré de croisements culturels au sein de cet océan entre Inde et Afrique.

3 Commentaires

  1. Ce qui me fout la bile, c’est que c’est le genre de trucs que j’aime découvrir, mais j’irai pas car pas vacciné.
    J’espère que l’exposition aura du succès quand même, j’essaie toujours d’expliquer aux jeunes que c’est plus enrichissant et intéressant que rester devant une partie de Fortnite…

    • Je rajoute que pour info, il y a quelques années de cela, j’étais allé au MADOI ( St Louis ) pour une expo sur la calligraphie orientale, y avait en même temps une expo photo Noir et Blanc d’un photographe local, Mr I. Mullin, et j’avais passé un bon moment, un vrai plaisir pour les yeux et l’esprit concernant les deux thèmes.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Article précédent

St-Benoit : un piéton aurait été percuté par un chauffard ivre

Article suivant

Médrice sort son nouveau clip « Roule su mon séga »

Free Dom