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Les “Gilets Jaunes » restent vigilants sur les promesses de l’Etat et des élus

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Trois mois : c’est, grosso modo, l’échéance qu’a fixée Annick Girardin aux Réunionnais. La ministre, qui était hier encore en visio-conférence avec les « Gilets Jaunes », a dit tout au long de son séjour que les premières mesures concrètes devraient se voir au terme du premier semestre de 2019, concernant notamment le pouvoir d’achat et le coût de la vie. Des experts du gouvernement et des administrations (autorité de la concurrence et autres) devraient se relayer dans notre île d’ici là afin de se pencher sur la formation des prix.

Je ne vais pas ici revenir sur toutes les mesures annoncées mercredi, jeudi et vendredi soir par Annick Girardin. Vous les connaissez, elles concernent le social, l’économique et le pouvoir d’achat. Elles ont pour ambition de répondre aux multiples doléances entendues directement sur les barrages par la ministre des Outre-mer qui, aussitôt après avoir posé les pieds sur le tarmac de Gillot, s’est plongée dans la foule des Gilets Jaunes qui l’attendaient devant l’aéroport, contrairement à beaucoup de nos élus qui, eux, ont complètement disparu de la circulation durant la fronde des « Gilets Jaunes ». Silence radio. Partis « cachiette ». « La rentre sous la table », comme on dit en créole. Des élus-salons qui causent beaucoup et qui refont le monde depuis leur bureau et leur voiture climatisée ou en classe business des avions. Mais lorsque « bèsement i pète », c’est Paris qui est appelé à la rescousse et qui doit voler à leur secours. « Paris i commande pas nous » ?

Mercredi, jeudi et vendredi, Mme Girardin a mouillé son corsage, sous le soleil de plomb, allant à la rencontre des « Gilets Jaunes » inquiets pour leur avenir et celui de La Réunion, leur île.

Tus ne tenaient pas un langage toujours cohérent. On l’a dit plus d’une fois. Il s’agissait d’un mouvement spontané, donc forcément désorganisé, non structuré. Un mouvement de colère, de frustration, mais il n’empêche, les revendications d’où qu’elles viennent, du Nord, de l’Ouest, du Sud ou de l’Est se recoupent. Les questions formulées sous forme de revendications sont on ne peut plus claires. Elles reflètent l’esprit des « Gilets Jaunes ». C’est ce que ces derniers n’ont cessé de répéter à la ministre qu’ils ont rencontrée aux quatre coins de l’île via les délégations, dans les sous-préfectures. Parfois en français, parfois en créole. Mais au cours de ces séances « vide-lé-cœur », les « Gilets Jaunes » ont parlé en effet avec leur cœur afin de faire part à la ministre de leur mal-vivre, du malaise social, de « l’indifférence » des élus face à leurs problèmes.

Annick Girardin a vite compris, avant même d’aborder le fond, que les « Gilets Jaunes » avaient d’abord besoin d’attention, d’une oreille attentive. Ils avaient besoin de parler de leurs souffrances, de leur ras-le-bol des taxes et surtaxes, d’une fiscalité qui explose, de leurs difficultés à joindre les deux bouts en fin de mois.

Les « Gilets Jaunes » ont « vidé » leur cœur en présence du préfet, n’hésitant pas, au passage, de dire tout le « bien » qu’ils pensent du représentant de l’Etat dans l’île pour les avoir « gazé » sur un ou deux barrages à la veille de l’arrivée de la ministre dans l’île. Des jeunes et des moins jeunes manifestement décomplexés qui ont décidé de prendre la parole et de ne plus la rendre de si tôt. Des jeunes qui, contrairement à leurs parents ou grands-parents plutôt habitués à baisser la tête et à courber l’échine, n’ont plus l’intention de la fermer.

« Après la soumission, la résistance”

On l’a dit et redit depuis le début des manifestations des « Gilets Jaunes » : une page s’est tournée. La soumission va laisser place à la résistance, au questionnement permanent, à la recherche de la vérité.

Les questions posées à la ministre en disent long sur le désir du nouveau monde qu’appellent de leurs vœux les « Gilets Jaunes » : « Mme la ministre, comment se fait-il qu’on paye à La Réunion une plaquette de yaourt 3 euros plus chers qu’en métropole ? » ; « Mme la ministre, pourquoi doit-on payer ici une voiture 25 000/30 000 € alors que la même coûte 12 000 euros en métropole ? » ; « Mme la ministre, comment expliquez-vous qu’internet soit quasiment gratuit en métropole alors qu’ici il faut payer très cher l’abonnement ? » ; « Mme la ministre, où sont passés nos élus ? » ; « Mme la ministre, pourquoi nos collectivités augmentent-elles constamment les taxes et c’est nous qui devons payer ? » ; « Mme la ministre, pourquoi nos élus nous disent-ils qu’il faut aller en métropole ou dans le monde pour trouver du travail alors que de nombreuses personnes, arrivant de l’hexagone trouvent systématiquement du boulot à La Réunion ? » ; « Mme la ministre, pourquoi ne faites-vous rien pour la préférence régionale, à compétences et diplôme égal ? » ; « Mme la ministre, pourquoi nous jeunes entrepreneurs, devons-nous payer une multitude de taxes et de charges avant même de commencer de travailler ? » ; « Mme la ministre, n’y-t-il pas possibilité d’interdire les élus de cumuler les indemnités ? » ; « Mme la ministre, pourquoi ne pas obliger les entreprises à embaucher en contrepartie de l’exonération de leurs charges sociales et patronales ? » ; « Mme la ministre, pourriez-vous intervenir auprès de nos élus et des collectivités pour que les formations mises en place soient adaptées aux besoins de La Réunion ? » ; « Mme la ministre pourquoi n’y-a-t-il pas une évaluation sérieuse de la formation alors que des centaines de millions y sont consacrés ? » ; « Mme la ministre, comment expliquez-vous que notre taux de chômage ne diminue jamais ? Y’a-t-il une réelle volonté politique de le faire baisser»… « Mme la ministre, pourquoi dans certaines collectivités, les élus embauchent-t-ils surtout les membres de leur famille (épouse, cousins, cousines, neveux, nièces et même maîtresses) ou les copains alors que des jeunes Réunionnais diplômés restent sur le bord du chemin ? » ; « Mme la ministre, pourquoi nos élus disent-ils toujours que l’Etat ne donne pas assez d’argent alors qu’ils roulent dans de grosses voitures de fonction, voyagent souvent et mènent grand train de vie ? » ; « Mme la ministre, pourquoi la chambre régionale des comptes ferme-t-elle les yeux sur les embauches de complaisance pour ne pas dire les emplois fictifs dans certaines collectivités locales ? », « Mme la ministre, pourquoi certaines collectivités accordent de grosses subventions en millions d’euros aux entreprises privées et amies ainsi qu’aux SEM tenues par leurs camarades ou cousins alors que, dans le même temps, des TPE, PME crèvent ? »… Autant de questions qui ont été posées pêle-mêle à Mme Girardin dans les quatre microrégions de l’île. Une ministre qui a écouté, qui a dialogué avec les « Gilets Jaunes » afin de bien comprendre les doléances de ces derniers.

Vous comprendrez, dans ces conditions chers lecteurs, que je ne vais pas passer mon temps, comme l’ont fait certains de mes confrères, notamment de la presse subventionnée, à résumer une manifestation d’une telle ampleur, qui aura duré 14 jours – et qui n’est pas encore complètement terminée –  à un coup monté contre Didier Robert. Un coup qui aurait été fomenté, selon la, presse subventionnée, par Gilbert Annette, Ericka Bareigts, Jean-Luc Poudroux, Jean-Hugues Ratenon, Huguette Bello, David Lorion etc… C’est vraiment du grand n’importe quoi. Encore un délire. C’est vraiment prendre les « Gilets Jaunes » pour des rigolos, des comiques que de cantonner un tel mouvement à un homme dont, paraît-il, la tête aurait été mise à prix sur les réseaux sociaux par les adversaires politiques du président de Région. C’est également insulter les « Gilets Jaunes » que de tenter de faire croire que ce sont des nervis de Gilbert Annette qui ont bloqué Gillot et ailleurs. Au plus fort du mouvement, les « Gilets Jaunes » se comptaient par milliers dans l’île. Au moins 3000 sur les barrages dans toute l’île… En suivant la logique de mes confrères de la presse subventionnée avec l’argent de nos impôts, cela voudrait donc dire que ces milliers de personnes en veulent à Didier Robert ? Que faire si tel était le cas ? Créer des prisons pour les enfermer tous, parce qu’ils auraient commis un crime de lèse-majesté ? Soyons sérieux messieurs !

Les « Gilets Jaunes » est un mouvement général de colère dû à un ras-le-bol résultant de la cherté de la vie et de l’explosion de la fiscalité. Les classes moyennes en ont marre de tout payer et les classes modestes en ont marre de survivre. Les « Gilets Jaunes » demandent à ceux qui nous dirigent de penser à tout le monde et pas seulement à leur petit confort. Ils leur demandent d’arrêter d’augmenter les taxes : carburants, ramassage des ordures ménagères, cantines scolaires, impôts locaux…

« Y’a des cons partout”

Evidemment, pas tous partagent ce combat notamment dans la forme, dans la façon dont il a été mené ; Nombreux sont ceux qui ont dénoncé les barrages, surtout les barrages bloquants initiés par quelques jeunes ou moins jeunes imbéciles qui ont racketté les automobilistes ou qui n’ont pas laissé passer les voitures prioritaires (personnel médical, paramédical, femmes avec enfants en bas âge). Des faux « Gilets Jaunes » ! Certains ont même essayé de monter les travailleurs contre les non-travailleurs estimant que « ceux qui barraient les routes étaient tous des bénéficiaires de la solidarité nationale ». Autrement dit des gens qui attendent l’argent versé par l’Etat à compter du 6 du mois à la Poste. Faux ! Sur les barrages, il y avait de tout : salariés, chômeurs, bénéficiaires du RSA, retraités, agriculteurs, hommes, femmes, enfants.

Il y en a qui ont également essayé de transformer le mouvement des « Gilets Jaunes » en un combat créoles contre zoreils. Faux ! Sur certains barrages, j’ai trouvé des métropolitains. Idem dans les délégations de « Gilets Jaunes » qui ont rencontré la ministre Girardin, comme à Saint-Benoît. Des cons, il y en a partout. Comme cet automobiliste non réunionnais qui, sur un barrage du côté de Saint-Gilles, hier, est subitement sorti de sa voiture pour asperger les « Gilets Jaunes » avec un insecticide. Je vous le disais, des cons, il y en a vraiment partout. Aussi bien du côté des petits malfrats réunionnais qui rackettent des automobilistes dans les barrages que du côté de certains métropolitains qui confondent les Réunionnais avec des « insectes ».

Mais ne perdons pas de vue l’essentiel. Ce mouvement des « Gilets Jaunes » a été quand même cette prise de conscience, cet éveil des consciences de la part de toute une majorité de Réunionnais que la situation actuelle, celle qui consiste à toujours payer, à toujours se serrer la ceinture, ne peut plus durer. Prise de conscience également que cette situation qui ne date pas d’hier avec un chômage endémique ne peut plus perdurer. Ce mouvement des « Gilets Jaunes » est un cri de détresse. Un cri provenant de la base, de la rue et qui dit : « stop ! Arrêtez, nous n’en pouvons plus». Un cri adressé aussi bien à l’Etat, au gouvernement qu’à nos élus pour leur sommer l’ordre de se réveiller, de se bouger le popotin. D’où la crise sociale qui est survenue. Si rien  n’est fait relativement rapidement, la crise sociale pourrait être suivie cette fois d’une révolution, d’une explosion sociale. Le peuple veut du concret, pas des incantations, pas des principes. Des actes. Pas des paroles. Le peuple souhaite que chacun, à son niveau, assume ses responsabilités. A commencer par l’Etat, suivi des collectivités locales qui devraient réorienter les crédits (l’argent de nos impôts) sur des secteurs prioritaires créateurs d’activités, pas sur du superflu, sur du prestige…

Comment se fait-il que, depuis 72 ans, depuis que La Réunion est département français, l’Etat n’a-t-il toujours pas pu mettre un frein à la situation de monopole dans le domaine des carburants et dans bien d’autres encore en dépit de multiples interventions des élus ? Pourquoi un litre de carburant acheté à Singapour par la SRPP est-il vendu localement à plus du double du prix acheté ? Qu’est-ce qui empêche l’Etat d’agir contre les monopoles ? Qu’est-ce qui fait que depuis des lustres, malgré toutes les promesses faites quand ça pète, les prix n’ont toujours pas été alignés sur ceux pratiqués en métropole ? Est-ce réellement la faute à l’octroi de mer ? Faut-il la supprimer ou la sauvegarder ? Comment se fait-il que certains fruits ou légumes produits localement soient vendus plus chers que ceux importés ? Pourquoi l’Etat ou les collectivités locales ne peuvent-ils pas intervenir auprès des bailleurs sociaux qui profitent de la LBU (Ligne budgétaire unique, crédits d’Etat) pour faire baisser le prix des loyers ? Pourquoi nos collectivités locales n’aident-t-elles pas les agriculteurs et éleveurs locaux pour que La Réunion puisse atteindre l’autonomie alimentaire ? Toutes ces questions figurent dans les revendications des « Gilets Jaunes ». Elles constituent le fondement du mouvement qui a démarré, avec comme déclic la hausse de la taxe sur les carburants, le 17 novembre dernier.

“Miracle, nos élus ont des idées !”

Les « Gilets Jaunes » n’en ont rien à cirer de savoir si c’est Annette, Bello, Bareigts et consorts qui sont derrière les manifestants pour chercher des noises au président de Région. Les « Gilets Jaunes » n’en veulent plus de ces élus locaux qui se comportent comme si l’on était en royauté, de ces élus qui se comportent comme les Macron (Emmanuel et Brigitte). Force est de constater que Didier Robert, dans le contexte actuel, n’a pas eu besoin des « Gilets Jaunes » pour s’enfoncer tout seul avec cette histoire d’indemnité supplémentaire « légale » de 6 800 € à laquelle il a été contraint d’ailleurs de renoncer publiquement, un peu comme une marmaille pris la main dans le pot de confiture. Les « Gilets Jaunes » savent aussi que tous les élus quels qu’ils soient ont essayé d’infiltrer le mouvement. Chacun a tenté d’y faire son business. Y compris la Région. C’est de bonne guerre. Mais ce n’est pas là le fond du problème. Ne nous comportons pas comme l’idiot qui regarde le doigt de celui qui lui montre la lune. Regardons la lune. Ne perdons pas e vue l’objectif principal. La crise des « Gilets Jaunes » n’a rien d’une querelle politique. Il s’agit bel et bien d’une crise structurelle et d’une dénonciation des abus du système. D’un avertissement lancé à l’Etat et à nos élus qui auraient dû prévoir car « gouverner, c’est prévoir, et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte ». (Emile de Girardin, journaliste et homme politique 1802-1881).

Les « Gilets Jaunes » attendent de l’Etat, du gouvernement, de Mme Girardin et de nos élus une lutte implacable contre les monopoles ainsi qu’une transparence totale sur les prix et les marges.

Comme par miracle, après 14 jours de barrages, les idées pleuvent comme des bombes lacrymo. Didier Robert, qui est sorti du silence au 11 e jour du mouvement, puis physiquement au 13e jour pour se rendre à la préfecture, propose une continuité territoriale pour le fret (une vieille proposition déjà faite à l’époque par Wilfrid Bertile et d’autres élus), le gel des taxes sur le carburant pour 3 ans. Jean-Paul Virapoullé a sorti des tiroirs une proposition de loi pour mieux encadrer les prix ; Cyrille Melchior et les autres ont couché noir sur blanc un Mémorandum dès le début du mouvement ; Idem pour les maires du Sud. Chaque élu y va de sa proposition. Comme quoi, les barrages, ça a aussi du bon ! Et, n’oublions pas de dire, que si les revendications des « Gilets Jaunes » aboutissent, elles profiteront aux plus grand nombre, y compris à celles et ceux qui « gueulent » aujourd’hui sur les « Gilets Jaunes ». Mais pour l’heure, ce ne sont que des promesses.

Rendez-vous dans trois mois pour du concret. Au cas contraire, ça pourrait, hélas pour notre économie, re-péter de plus belle ! Espérons de tout cœur que ce ne sera pas le cas ! Car quand on regarde ce qui s’est passé ce week-end sur les Champs-Elysées, ça fait froid dans le dos. Il serait temps pour Macron de se réveiller !

Y.M.

([email protected])

 


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