Lettre ouverte à propos de la concertation du projet RUN’EVA

La concertation du projet de RUNEVA (porté par le syndicat mixte de traitement des déchets ILEVA) sur la
problématique de la gestion des déchets est actuellement en cours. Le site internet (1) qui présente le projet est très bien réalisé avec un design et un graphisme qui conditionnent déjà un peu notre cerveau à le considérer comme la solution la plus écologique … Les objectifs affichés sont louables :
1. Engager la Réunion dans une démarche vertueuse au plan écologique,
2. Préserver l’environnement en réduisant les nuisances et les pollutions,
3. Créer de la valeur, de l’emploi, favoriser l’économie circulaire.

Qui ne souhaite pas cela? Personne!

Je trouve plus contestable le manque de précision dans la description de l’unité de valorisation énergétique qui traite les combustibles solides de récupération (CSR). Kossassa? En langage plus clair, il s’agit d’un incinérateur et les CSR sont produits à partir des déchets résiduels combustibles. Runeva compte incinérer 130 000 tonnes par an de CSR (2). Or d’après le rapport de l’ADEME (3), si une politique volontariste et respectueuse de la hiérarchie des modes de gestion des déchets est mise en place on peut espérer limiter la
quantité de déchets résiduels à 50 000 tonnes sur le territoire géré par ILEVA. Mais celle-ci a la solution : on va incinérer les déchets du reste de l’île et importer ceux de Mayotte…Je ne suis pas certaine que cela encourage les autres communautés à réduire drastiquement leur production de déchets puisqu’ils peuvent aller se faire incinérer ailleurs !!!
Que fera-t’on quand on aura réduit de 50% les déchets, améliorer le tri et donc diminuer les refus de tri? Runeva a tout prévu, ce qu’elle explique dans le document presse: l’incinérateur peut brûler la biomasse, le système est adaptable. Intéressant, mais voilà on a déjà l’usine du Gol pour le faire. Mais rassurez-vous ce n’est pas vraiment leur projet puisque dans leur étude financière une jolie figure nous apprend qu’en réalité Runeva table sur une augmentation de 20% du tonnage des déchets d’ici 2039(4) !

Mais ce qui me chagrine le plus c’est le budget de ce projet: 234M€ uniquement pour la création du centre de préparation des CSR (entre 50 millions d’euros), de l’unité de méthanisation (procédé de valorisation organique très intéressant) et de l’incinérateur (148 millions d’euros) et 20 millions d’euros pour l’installation de stockage des déchets non dangereux (ah oui il reste des trucs à enfouir à la toute fin!) (4). Comment seront financées les étapes les plus importantes de la gestion des déchets : réduction, réutilisation, recyclage? Certes l’année dernière la fréquence de ramassage a été divisée par 2 pour inciter à diminuer la quantité de déchets mais en contrepartie la taille des poubelles a été multipliée par 2. Résultat : elles sont renversées par le vent, les chiens et les déchets se retrouvent dans nos rues…

Où sont les projets concrets de réduction de la quantité de déchets (sensibilisation, taxe incitative sur le poids des poubelles, pression sur les producteurs d’emballage…), de l’amélioration du tri et de la collecte (bornes pour les textiles plus nombreuses, unités de compost partagés, collecte séparée des métaux, plastiques…), de création de ressourceries (magasins ou l’on récupère tout ce qui est réutilisable en l’état ou après upcycling), de repair café pour encourager la réparation plutôt que de jeter ?

Autre petite question, que fait-on de l’électricité produite ? Pour l’instant la commission de régulation de l’énergie n’a pas rendu son avis, donc pas de contrat et pas de prix de rachat de l’électricité non plus. Un peu bancal comme business plan. Il faut également savoir que la Banque Européenne d’Investissement vient de se retirer du financement de l’incinérateur de Belgrade pour cause de mise en péril des politiques environnementales européennes. Les autres projets de gestion des déchets ont été évacués dans un document téléchargeable de 60 pages que personne ne lit (3). On y apprend que ces CSR peuvent être brûlés dans des cimenteries, ou traités par d’autres procédés tels que la pyrolyse ou gazéification (encore expérimentaux certes). Qu’après l’incinération il reste 5000 tonnes de résidus toxiques de
fumées (REFIUM) à convoyer jusqu’en métropole… On parle de concertation mais on ne nous donne pas toutes les informations, les autres projets ont été écartés sans être présentés aux citoyens. Ne serait-ce pas plutôt une promotion ?

Savez-vous que la communauté du Grand Angoulème à travers la Calitom (syndicat de gestion des déchets), confrontée à la même situation, a décidé de mettre en place un grand débat public avec les acteurs départementaux des déchets et une 50aines de citoyens. Toutes les données techniques, sanitaires et environnementales ont été exposées sans projet préalablement élaboré. Parmi les 6 scénarios proposés c’est celui de l’ultraprévention de la production de déchets associé à l’enfouissement des déchets résiduels qui a été retenu.

Et si on en prenait de la graine ?

Céline Le Rouzic
Docteur en médecine Vétérinaire
Master 2 en Ecologie

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niko
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niko

Ici la prévention ça ne fonctionne pas, quand on voit tous les jours le nombre de personne qui jettent par terre… ne serait-ce que le film plastique de leur paquet de cigarette… (je travaille dans un commerce). Les gens n’ont déjà pas le réflexe de mettre tout à la poubelle, alors de là à les “sensibiliser” à une cause qui ne les intéressent pas… (ils s’en foutent de la “nature”, de la planète qu’on va laisser à nos enfants ou même dégrader le monde dans lequel ON vit)… c’est pitoyable mais c’est comme ça. En attendant, il faut faire quelque… Lire la suite »

ARNO
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ARNO

Effectivement, si les Réunionnais veulent que leurs enfants aient une chance de survivre à l’effondrement thermo-industriel, les mentalités doivent changer et vite. Quand à la question de la gestion des déchets, c’est prioritairement en prenant en compte l’insularité de la Réunion et la richesse de sa biodiversité que nous devons changer de mode d’approvisionnement pour en finir avec les importations massives de Chine et d’ailleurs et nous concentrer sur la production locale. Plusieurs pistes existent pour limiter la production de déchets à l’échelle locale et ni l’enfouissement, et encore moins l’incinérateur ne doivent empêcher cette transition. Comme l’a très bien… Lire la suite »