Lettre ouverte au Président de la République

dans Courriers des lecteurs

Lettre ouverte au Président de la République sur la crise de la philosophie à la Réunion et sur le mépris des Réunionnais en particulier

Monsieur le Président de la République,
Je vous écris afin de vous faire part de la grave crise de confiance concernant la Philosophie à l’île de la Réunion, du sort misérable qui est infligé à des professeurs de philosophie Réunionnais et de la portée désastreuse de cette affaire pour les Réunionnais et les ultramarins en général, à qui elle risque d’apparaître comme le symbole de pratiques qui ont cours depuis trop longtemps dans nos îles.

1) Interminable vendetta. Cette crise a commencé il y a maintenant plus d’un an et demi, avec la désastreuse visite d’une inspectrice générale de philosophie dont les propos scandaleux (sur notre île, nos traditions, ou Mayotte) ont fait l’objet de nombreux articles dans la presse locale et même nationale (voir par exemple le JIR du 15 Mai 2018, le dossier très complet du Quotidien du 13 Février 2018, la Croix du 19 Mars 2018, entre autres). Ces propos ont provoqué des interrogations légitimes de la part de nombreux collègues de philosophie, ainsi que des communiqués outrés d’associations et de syndicats locaux. Preuve que l’affaire était indéfendable, la dame s’est vue depuis retirer l’Académie de la Réunion. Mais loin d’apparaître comme un geste d’apaisement, cet événement aura été le début d’une descente aux enfers pour certains collègues à qui on semble avoir reproché et reprocher encore leur liberté d’expression. Depuis lors, comme par une sorte de hasard fort curieux, ce qui s’apparente à des sanctions tombe dru comme grêle : postes refusés à des collègues aux dossiers irréprochables (voir les communiqués du Crefom, par exemple celui du 14 Mai 2018), missions retirées sans autre forme de procès, remplacements non effectués en prépas HEC (voir « la lettre de la honte » publiée par 250 étudiants des prépas Bellepierre le 26 Avril 2018), voire, plus grave encore, comme en témoigne le courrier du collectif « Sauvons la philosophie à l’île de la Réunion » (signé par plus de 200 étudiants et professeurs et publiée le 20 Décembre 2018, année symbolique à la Réunion), des pressions sur des professeurs. Ils enseignent dans la peur et ont le sentiment qu’on veut les broyer.

Leurs familles, monsieur le Président, leur familles en souffrent. Cette souffrance est réelle et insupportable. Cela dure depuis des mois. Les professeurs ont le sentiment de se faire piétiner, écraser par une botte insatiable.
Pourquoi ? Les mêmes interrogations subsistent aujourd’hui sur le motif exact de la venue de l’inspectrice générale à la Réunion. Une question, vraie ou fausse, légitime ou non, mais invincible, mais oppressante, submerge par-dessus tout : l’inspectrice générale est-elle venue faire place nette à la Réunion ? À cette question, monsieur le Président, nous n’avons pas de réponse. Mais cette question hante désormais tous les esprits. Que faut-il encore ? Un drame ? Le geste désespéré d’un collègue ? Il faut y prendre garde. Si nous n’arrivons pas à la fin de cette triste histoire, nous pouvons être au commencement d’une plus cruelle encore. Nous sommes professeurs ; notre métier, c’est de faire des cours, pas de faire la Révolution. Mais ce n’est pas non plus d’enseigner avec la peur au ventre, en nous demandant chaque jour quelle foudre va encore nous frapper depuis les cieux éthérés de l’administration.

Ce que je crains par-dessus tout, c’est que tout ceci risque de faire penser aux Réunionnais et à nos compatriotes ultramarins qu’un mépris particulier frappe des professeurs Réunionnais en tant qu’ils sont Réunionnais. On m’a raconté que lors d’un repas, l’inspectrice générale parlant des enseignants Réunionnais de philosophie aurait eu ce mot savoureux : « tout cela ne vaudrait RIEN dans le cinquième arrondissement ». Je n’ai rien contre les collègues du cinquième arrondissement de Paris. Toutefois, entre reconnaître leur valeur et nous dénier toute valeur, il y avait des échelons intermédiaires qui auraient pu être retenus. Et de tels propos, s’ils sont avérés, ne peuvent être perçus que comme le symbole d’un mépris ayant pris corps dans les faits et dans les actes.

2) Qu’on leur coupe la tête ! Aujourd’hui il semble que mon tour soit venu. Tout cela ne cessera donc jamais ! Ma grande consolation est que ceux qui semblent avoir subi ces foudres avant moi sont d’éminents professeurs, pour lesquels j’ai le plus grand respect. Si les faits sont avérés, ce serait pour ainsi dire un honneur pour moi que d’être « sanctionné » à leurs côtés. Cela vaudrait toutes les médailles. Il vaut toujours mieux être puni pour sa fidélité plutôt que récompensé pour ses trahisons.
En réalité, c’est une vieille histoire que celle-ci. C’est l’éternelle histoire du pot de terre (Créole ?) contre le pot de fer (Parisien ?). Interminable histoire, mais non certes éternelle, car les pots de terre sont nombreux et qu’ils peuvent toujours finir par faire peuple. Dans Alice au pays des merveilles, une reine grotesque n’a de cesse de hurler à pleins poumons : « Qu’on leur coupe la tête ! Qu’on leur coupe la tête ! » Veut-on donc nous couper la tête ? Et pourquoi ? Avons-nous traversé en dehors des passages piétons de la pensée unique ? Piétiné un rosier de préjugés ? Eu l’outrecuidance de vouloir exister ? Heurté une sensiblerie de précieuse ridicule ?

Nul ne le saura, car personne ne demandera jamais des comptes à ceux qui semblent avoir entrepris de briser nos vies.
• Personne ne leur demandera pourquoi la chargée de mission s’est vu retirer brutalement la charge qu’elle remplissait depuis des années, sans jamais faillir, gérant une académie avec acuité et humanité. Normalienne, professeur en classe préparatoires, elle a oeuvré pendant des années à porter notre prépa littéraire vers l’excellence. Je m’estime d’ailleurs mal placé pour lui adresser des compliments. D’autres que moi, à l’inspection générale, en d’autres temps, l’ont fait de façon plus légitime (Mesdames Menasseyre et Ayada, notamment). Elle a encadré des centaines d’étudiants Réunionnais et amené nombre d’entre eux à réussir de façon brillante les concours les plus exigeants (Normale Sup en tête). Aujourd’hui, nul n’oserait plus qualifier la prépa littéraire du lycée Leconte de lisle de « prépa cocotier », honteuse moquerie des débuts désormais effacée par d’indiscutables succès.
• Personne ne leur demandera pourquoi on m’a sollicité en prépa (me demandant de venir, puis de partir, puis de revenir, puis de repartir, etc. me prévenant parfois le jour de la prérentrée alors que les concours extrêmement sélectifs demandent des préparations lourdes) sans jamais m’informer clairement de mon statut (j’ai découvert en cours d’année que j’étais remplaçant! Mais qu’étais-je l’année précédente ?), pourquoi mon dossier professionnel (irréprochable jusque-là en 20 ans de carrière) semble s’être brusquement dégradé, pourquoi on ne m’a versé mes pondérations (auxquelles j’avais droit) que cinq mois après la rentrée (après réclamation de ma part !), pourquoi on ne m’a jamais répondu au sujet des déplacements (j’ai enseigné dans deux établissements différents, à Saint-André et Saint-Denis), pourquoi on a changé mon affectation sans m’en avertir (j’ai reçu une affectation de TZR que je n’ai jamais demandée : est-ce bien légal ?). À quand la mutation administrative comme dans les années 60-70 ?

Mais le pompon, le plus cavalier est digne d’un véritable vaudeville. Il y aura l’année prochaine au lycée Bellepierre une création de poste « provisoire » en prépa (l’expression est fort douteuse, j’en conviens). J’ai posé ma candidature (ce qui est logique, après deux années d’intervention) en adressant une lettre à M. le Doyen de l’Inspection Générale qui a en charge l’Académie, mais on ne m’a jamais communiqué les résultats. Positifs, négatifs, peu importe ; mais qu’on me prévienne ! À aucun moment on ne m’a annoncé que ma candidature n’avait pas été retenue, alors que depuis des semaines (des mois?), les responsables semblaient parfaitement le savoir. Où est le préjudice ? C’est très simple. Déjà il y a la simple courtoisie. Mais ne nous arrêtons pas à ces détails. Ensuite et surtout, une année d’enseignement se prépare. Mais encore faut-il savoir où on sera l’année d’après. Je l’ai dit plus haut : un cours de « prépa » exige des semaines (des mois) de travail. J’ai donc acheté un certain nombre d’ouvrages et préparé, dans une perspective possible (puisqu’on semblait ne rien vouloir me dire de mon sort qui était scellé), mes cours pour l’année prochaine (dans le doute, mais avec sérieux et constance).
Anecdote suprême : après des semaines de labeur, j’ai présenté fièrement en fin d’année mon cours aux étudiants de première année, leur offrant une belle perspective pour l’année prochaine. 118 pages serrées organisées en 36 chapitres. À la poubelle ! Durant tout ce temps, personne, ni l’inspection générale, ni l’inspection régionale, ni le chargé de mission ne semblent avoir jugé utile de m’avertir de mon sort. Peut-être en rient-ils encore.

Une véritable stratégie d’omerta s’est-elle sérieusement mise en place à mon sujet ? Ce serait une si grotesque fourberie ! S’est-on vraiment « arrangé », organisé (je n’ose y croire! Ce serait si mesquin !) pour que je ne sache rien avant la fin de l’année ? Si tel est le cas, on me croisait, on me parlait, on me serrait la main, mais on ne me disait jamais rien de mon sort. Si tel est le cas, si tout ce beau monde savait, riait sous cape, on m’a laissé travailler comme un dément pour rien. Du Feydeau tout craché. « Ciel ! Le prof de philo ! Vite ! La fenêtre ! Ne lui dites surtout rien, il peut encore servir ! Nous l’userons bien et nous le jetterons après ! » Adieu aux Tartuffes et bonjour à leurs consciences !
Que craignait-on ? Que craignait-on ? Que je fasse une guerre d’indépendance à moi tout seul ? Que je me plante en plein milieu de la cour du lycée Bellepierre en hurlant : « Vive la Réunion libre ! » mi-De Gaulle mi-Toussaint Louverture ? Sérieusement ? Sérieusement ? Je suis un professionnel, je crois l’avoir assez montré. Jamais je n’aurais abandonné mes étudiants en pleine préparation de concours, sauf pour de sérieuses raisons de santé.

Et tout cela s’est terminé avec un sommet d’élégance, que dis-je ? Un cap, une péninsule de savoir-vivre : on a attendu le dernier cours achevé, précisément la dernière heure de l’année pour me remettre (via le secrétariat) une sorte de lettre de « licenciement-remerciement » (je ne sais trop comment nommer cet objet insolite). À tout prendre, j’aurais préféré un carton avec mon nom écrit dessus, à l’Américaine ! Tout ceci, monsieur le Président, devrait vous paraître bien honteux. Honteux ! Mais cela semble très symbolique, peut-être, de la façon méprisante et méprisable dont sont parfois traités les Réunionnais en particulier et les ultramarins en général.
Il y a quelques jours, un collègue de prépa me présentait à un autre en disant, d’un air désolé : « c’est le prof qui se fait exploiter. » La veille de cette lettre fatale, j’ai encore consacré des heures (gracieusement ?) à préparer des candidats aux oraux des grandes écoles de commerce ! J’ai toujours considéré comme un devoir de rendre service aux classes préparatoires (il n’y a pas de remplaçant dans l’académie) et comme une mission de porter mes étudiants vers les sommets dans la mesure de mes moyens. Je n’ai jamais voulu les abandonner. J’aurais pu le faire, et ce d’autant plus que je me doutais bien, au vu de ce qui était déjà arrivé à mes éminents collègues, que je serais « remercié » (mais non certes au sens courtois du terme) à la fin de mon service.

Chose étrange : c’était un peu comme si on m’avait jugé « pas assez bon pour être soldat, mais assez bon pour faire la guerre ». Comprenne qui pourra. J’ai fait, comme le disent les Américains, « le job », voilà tout. Une anecdote suffira à vous dire quelle a été la plus belle de mes récompenses cette année : j’ai préparé des étudiants du lycée Bellepierre au concours HEC. Le thème était « la mémoire ». Le premier sujet que je leur ai proposé était le suivant : « que perdons-nous quand nous perdons la mémoire ? » C’était en Octobre 2018. Lorsque le sujet est tombé en Mai 2019, sujet absolument identique, mot pour mot, on m’a raconté que toute la classe a applaudi. Cette récompense me suffit. Qu’ils réussissent, je le leur souhaite sincèrement, et je leur dis « adieu ». Monsieur le Président de la République, permettez-moi de vous exposer ma trajectoire, non certes par vaine sensiblerie, mais pour que vous puissiez vous aussi juger de ma grande « culpabilité » et à quel point je mérite pleinement le sort que l’on semble m’infliger aujourd’hui.

Beaucoup d’ultramarins se reconnaitront dans mon histoire. Beaucoup aussi, malheureusement, dans le triste sort qui semble nous être infligé.

3) Une trajectoire créole. J’ai quitté mon île natale dans les années 90 à l’âge de 17 ans, seul, n’ayant aucune famille en France métropolitaine. Mes parents ont dû à cette époque signer un document d’émancipation. J’étais inscrit en classes préparatoires au lycée Honoré de Balzac, à Paris, sans un sou en poche. Je me souviens encore d’une employée du CROUS de Paris, qui, accablée par ma dégaine et mon état (dont je n’avais moi-même pas vraiment conscience, la jeunesse étant insouciante au point d’ignorer la misère qu’elle porte sur ses vêtements) m’a remis entre les mains 3000 francs en liquide d’avance sur la bourse. Elle fut pour moi une « Auvergnate » à la Brassens, qu’elle en soit remerciée. Je suis entré dans son bureau Diogène, j’en suis ressorti Crésus. Je logeais dans la résidence universitaire de Nanterre, dont vous savez qu’elle a été bâtie sur le plus grand bidonville d’Europe, ce dont à cette époque, elle gardait encore de glorieuses
séquelles, en témoignaient les cafards qui nous tenaient lieu à mes camarades et à moi de compagnons d’infortune. La dernière année à Nanterre, après des circonstances que je tairais car elles nous emmèneraient trop loin, je dormais à même le sol. Je peux montrer à quiconque comment on fabrique un couchage de fortune avec une simple couverture, grâce à un savant pliage qui produit couche, enveloppe et traversin. Je ne me suis jamais plaint, jugeant ces 9 mètres carrés sans toilettes ni douche comme préférables aux cellules de la prison qui nous faisait face et dont les infortunés habitants nous saluaient parfois, ce qui nous offrait toujours quelque inquiétude.
Mon arrière-grand père, un certain monsieur ESPARON , était agent de culture ; cela veut dire un cultivateur sachant lire et écrire. Ma grand-mère, LAUDE Marie-Jeanne, sa fille, a obtenu son certificat d’études des colonies Françaises, dont je conserve l’étrange document. Mon père a obtenu son baccalauréat de l’académie d’Aix-Marseille, tout comme moi, puisque jusque dans les années 90 l’académie de la Réunion était jugée indigne d’émettre ces diplômes. Ma mère était femme au foyer, ce qui, pour ceux qui entendent bien les mots, signifie le plus authentique et le plus respectable des labeurs. Je lui ai dédicacé mon livre (« Sagesse, science, savoir » paru aux éditions ellipses) par les mots suivants : « Merci pour tes sacrifices ». Le mot est au pluriel, la phrase trop courte pour tous les dire, car cette femme courage a porté sur ses épaules un monde d’accablements qui auraient fait pâlir Atlas en personne. J’ai obtenu en 1996 le Capes de philosophie, en finissant plus jeune candidat, et en 2005 l’agrégation interne de philosophie, en finissant deuxième au plan national et seul candidat reçu de l’académie de Nantes.

Je suis donc un enfant de la République qui enseigne à des enfants de la République ; je dois ce que j’ose appeler mon ascension sociale à mes Anciens et à leurs abnégations proches ou lointaines, connues ou souvenues, ainsi qu’aux lois de notre Nation qui m’ont offert le droit et les moyens matériels d’étudier puis d’enseigner. Je les remercie toutes deux, la famille et la République, dans les actes de l’enseignement, en m’investissant dans mon travail qui est tout autant une mission.
Mais à quoi bon tout cela ? À quoi bon tout cela ?
Car aujourd’hui je me prends à douter. Un doute traverse mon âme Créole, pardonnez le mot (pourquoi le pardonner, d’ailleurs? Créole n’est pas une injure !) la déchire, et je sais qu’il en traverse d’autres, et je sais que je ne suis pas le seul.

4) La République qui élève, la république qui (s’)abaisse. Monsieur le Président de la République, J’ai toujours cru en la France, j’ai toujours cru en la République. J’ai toujours fait ce que la France m’a demandé de faire. Apprends à l’école ! J’ai appris. Quitte ton île ! Je l’ai quittée.
Ce n’est pas l’ascenseur social que j’ai pris, c’est l’escalier social, et il y avait beaucoup de marches à gravir. Aujourd’hui, voyant la façon dont les événements semblent frapper des enseignants Réunionnais, je me prends à douter. À douter de cette République qui autrefois nous sauvait et aujourd’hui nous broie. La France est-elle encore la France ? Liberté, Égalité, Fraternité : j’y ai cru.
Aujourd’hui je me rends compte qu’une carrière ne dépend certainement pas du mérite que l’on déploie mais juste de nos rencontres heureuses ou malheureuses. Quoi que tu fasses, si tu croises un Saint, tant mieux ! Et si tu croises Satan, tant pis ! Est-ce ce que je dois enseigner à mes élèves et étudiants Réunionnais ? Que le mérite n’existe pas et qu’il n’existe que des rencontres ? Que des Réunionnais, fussent-ils agrégés, normaliens, docteurs, ne seront toujours que de « petits » Réunionnais ?

Monsieur le Président de la République, notre Ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, tente aujourd’hui de fonder « l’école de la confiance ». Vite, qu’elle arrive ! Mais arrivera-t elle à temps à l’île de la Réunion, qui est si loin ? Vous avez vous-même initié des « assises de l’outre-mer », vous avez voulu que l’on édite un « livre bleu ». On y parlait du rôle que les ultramarins pouvaient avoir à jouer pour contribuer au progrès de leurs territoires, tout cela dans le respect égalitaire des règles de la République. Cela a donné un immense espoir. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le danger, c’est que l’outre-mer considère qu’il y a loin des paroles aux actes, et notre petite situation pourrait bien devenir un symbole de ce décalage. Nous ne demandons rien de plus
que les autres ; nous demandons à être respectés comme les autres. Ce qui arrive ici serait-il arrivé dans le cinquième arrondissement de Paris ?
Nous sommes un cas précis, concret, de professeurs Réunionnais de philosophie que l’on semble avoir essorés, utilisés et suspendus à l’étendoir de la République comme des serpillières pour faire un exemple pour tous les autres ! Nous touchons là du doigt le sentiment d’abandon et d’injustice dont se sentent victimes tant de Réunionnais, et tous les ultramarins avec eux, nous autres Français de ce que l’on nomme la France « ultrapériphérique ». Terrible mot ! Notre île compte trop de sans-emplois, et trop d’entre eux manquent encore de qualification. Si déjà on semble entreprendre de maltraiter les Réunionnais diplômés, comment va-t-on traiter ceux qui n’ont pas la chance de l’être ?

Il faut vraiment prendre garde à tout cela, Monsieur le Président de la République. Méfions- nous de la puissance sourde des symboles. Notre île est un volcan. Ses sommeils sont aussi inquiétants que ses colères. Nous sommes passés il y a peu du « bleu » du livre des outre-mers au « jaune » des gilets, ici aussi. Et chacun sait, chaque Réunionnais sent, comme si le sens de l’histoire flottait dans l’air, qu’il peut y avoir à tout moment une étincelle qui relancera l’éruption.

Qu’est-ce qui nous arrive, Monsieur le Président ? Qu’est-ce qui nous arrive ? La France est- elle encore la France ? La Réunion est-elle vraiment la Réunion ?

6) L’esprit de cour et l’esprit Républicain. J’ose espérer, Monsieur le Président, que ce n’est pas au fond l’esprit de Cour qui anime l’inspection générale de philosophie au lieu de l’esprit Républicain. Elle ne le mérite pas. Qu’est-ce que l’esprit de Cour ? C’est un Roi (une Reine ?) au centre, des flatteurs et des intrigants autour. C’est le courtisan qui se soumet et qui est récompensé ; c’est l’honnête homme qui ne se soumet pas et qui est châtié. Là-dedans, nul intérêt général ; les flatteurs et les intrigants n’ont pas de peuple, ils n’ont que des nombrils. Grenelle serait-elle devenue Versailles ?
Contre l’esprit de Cour et au nom de l’esprit Républicain, je vous demande donc solennellement, Monsieur le Président de la République Française, d’intervenir afin de faire cesser cette crise de confiance sans précédent entre l’inspection générale et les professeurs de philosophie de l’académie de la Réunion, qui semble n’être qu’un triste exemple parmi tant d’autres, tant d’autres (!), de la façon dont les Réunionnais et les ultramarins peuvent se sentir méprisés.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

M. LAUDE Thierry

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