L’intervention complète d’Huguette Bello durant le Grand Débat

10 min de lecture
4

Pendant ces deux jours, L’Assemblée nationale débat sur le Grand Débat.

Parmi les quatre thèmes proposés, Huguette Bello est intervenue dans le cadre de la séance consacrée à la fiscalité et aux dépenses publiques. Elle a mis l’accent sur la question du pouvoir d’achat et ainsi relayé la revendication majeure des Gilets Jaunes de La Réunion.

Elle a formulé un certain nombre de propositions notamment :

– L’encadrement des prix des produits de consommation courante,

– Une taxe dissuasive sur les marges abusives

– L’application des dispositions contre les « produits de dégagement »

– Le développement du modèle coopératif.

Texte intégral de son intervention :

Les séances de ces 2 et 3 avril ont une allure particulière puisque l’ordre du jour n’est ni fixé par le gouvernement ni défini par le parlement. Il est dicté par les
citoyens. Cela nous oblige, cela oblige la représentation nationale à réaffirmer sa raison d’être et à assumer sans réserve ses prérogatives.
Le risque est là, sinon, d’une défiance toujours plus grande envers les élus. À cet égard, je ne peux que regretter le sort réservé au texte proposé par notre collègue Brotherson qui visait seulement à compléter les dispositifs de moralisation de la vie politique. La lutte contre la corruption figure pourtant comme l’une des revendications centrales du Mouvement des Gilets jaunes. Dans une région comme la Réunion où le nombre de signalements de la Chambre régionale des comptes est inquiétant, et où la visite de la Procureure du Parquet national
financier est un véritable événement populaire, le rejet de ce texte par l’Assemblée est incompréhensible.

Pendant quinze jours, en novembre, le blocage de l’île a été total. Et depuis cinq mois, la « vox populi » réunionnaise est intarissable. Cette parole, dans son dit et
son non-dit, mériterait une analyse précise et approfondie qui dépasserait la limite de ces cinq minutes.

C’est pourquoi, je me bornerai ici à la revendication prioritaire, celle du pouvoir d’achat. Dans un scénario troublant de similitude avec la crise de 2009 dans les Outre-mer, c’est une double augmentation des taxes sur les carburants qui sert de détonateur. La Région Réunion, compétente en la matière, est vite revenue sur sa décision, mais son recul n’a pas écarté le pouvoir d’achat du devant de la scène.

Pourtant, en dix ans, deux lois ont été votées. Ce qui se passe depuis novembre s’apparente donc à une sorte d’évaluation grandeur nature des dispositifs créés.
La volonté, en 2012, d’intervenir sur la formation des prix en amont n’a pas eu, pour l’instant, les effets escomptés. Les prix sont toujours plus élevés surtout
dans l’alimentaire (+37%), les communications et la santé, sans parler des matériaux de construction qui battent des records. Les circuits d’approvisionnement et de distribution, l’organisation en mono-duo-oligopole des marchés, multiplient les surcoûts et favorisent les marges abusives que supportent en fin de parcours les consommateurs. L’éloignement n’explique pas tout et il est significatif que la réduction du temps de transport maritime depuis l’Europe n’ait eu aucun impact sur le niveau des prix.
Malgré quelques décisions retentissantes, la lutte contre les accords exclusifs est loin d’être gagnée. C’est pourquoi il est de plus en plus évident que se limiter à organiser la concurrence ne suffira  pas.
Que les mesures « pro concurrence » doivent aller de pair avec un véritable encadrement des prix pour les produits de consommation courante.
Évident aussi que les marges abusives doivent être sanctionnées par une taxe dissuasive.

Créé en 2012, le Bouclier qualité-prix est une tentative pour encadrer les prix. Mais ce dispositif rencontre deux écueils liés au faible nombre de produits concernés et aux prix retenus qui ne se réfèrent jamais aux moyennes nationales. En outre, ce BQP est vécu comme stigmatisant. Il faut citer ici le Memorandum des Gilets Jaunes 97-4 qui demande « des prix moins élevés pour permettre à chacun de nourrir dignement sa famille, ce qui signifie de ne pas être obligé de prendre les produits en bas des étals et de se mettre physiquement à genoux pour les prendre. »

La problématique de la vie chère renvoie inévitablement à celle de la production locale. Les Réunionnais peuvent compter sur des filières agroalimentaires organisées et dynamiques. Mais celles-ci subissent une double concurrence : celle, bien connue, des pays à moindre coût de production et celle qui vient de la France continentale. Les bas morceaux de poulet ou de porc invendus dans l’Hexagone sont expédiés chez nous pour y être bradés à des prix défiant toute concurrence : moins de 2 euros le kilo d’ailes de poulet surgelées. Ces pratiques déloyales et ces produits de mauvaise qualité vont à l’encontre de nos filières de production et des recommandations nutritionnelles.
Aussi avions-nous voté en 2017 un article contre ces « produits de dégagement ». Mais son application est sans cesse retardée. D’abord au motif de notre faible pouvoir d’achat et aujourd’hui d’une rédaction jugée trop imprécise.
A ces renoncements, nous opposons une seule question : à qui profitent ces prétextes ?

Cette expérience, certes limite, incite à la plus grande prudence quant à l’éventuel financement public du fret dont rien ne garantit d’ailleurs la répercussion sur le prix final. Le développement du modèle coopératif mériterait pour le moins une tout aussi grande sollicitude.

Cette avalanche de surcoûts et de marges abusives est d’autant plus insupportable qu’elle s’abat sur une population lourdement touchée par le chômage et la précarité, et dont les revenus et les retraites sont souvent très faibles. Dans un tel contexte, le quasi-gel des pensions, l’augmentation de la CSG, la suppression des APL ont un retentissement démultiplié sur le pouvoir
d’achat. La baisse de la réduction de l’impôt sur le revenu, elle-même, n’est pas sans conséquence puisque la propension marginale à consommer est élevée Outre-mer et ne s’oriente pas forcément vers les assurances-vie comme cela a été proclamé sans aucune preuve. Il s’agit d’ailleurs d’une perte sèche puisque le gouvernement n’a pas redéployé localement les économies ainsi réalisées.

La vie chère est un vieux problème ultra-marin. Mais de crise en crise, le temps est désormais compté. La création des Observatoires des prix, des marges et des revenus, considérés aujourd’hui comme un dispositif essentiel, est là pour rappeler que les parlementaires ont souvent eu un temps d’avance dans ce combat. Alors chers collègues, pas d’autocensure.


4
Poster un Commentaire

avatar
2 Fils de commentaires
2 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
4 Auteurs du commentaire
Aret in péDidier NazePaixRapace 974 Auteurs de commentaires récents
plus récent plus ancien Le plus populaire
Free Dom
WordPress Video Lightbox