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Mihidoiri Ali, élu au Port, et les violences urbaines à Bras-Fusil : « c’est la société qu’il faut accuser… »

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Mihidoiri Ali, est adjoint à la mairie du Port, délégué à l’Economie Sociale et Solidaire. Il est aussi avocat, inscrit au barreau de Saint-Denis. Sans le citer, Mohidoiri Ali a souhaité réagir suite aux propos « sans tabou » tenu, lundi, lors d’une conférence de presse, par Patrice Selly, maire de Saint-Benoit et également avocat de profession, après « les violences gratuites » perpétrées la semaine dernière dans le quartier de Bras-Fusil mais surtout après la décision du parquet de Saint-Denis de relâcher sans aucune poursuite les 7 jeunes mineurs et majeurs interpelés suite à ces violences durant lesquelles deux personnes « complètement innocentes » dont une de Bras-Fusil et l’autre de Bras-Canot ont été grièvement blessées par, comme l’avait dit Patrice Selly, « des jeunes délinquants appartenant à une certaine communauté » . D’où aujourd’hui la réaction, via un communiqué de presse, de  l’adjoint au maire du Port qui met en garde de « ne pas se tromper de diagnostic ». Selon lui,

 » il apparaît que la violence urbaine, même si elle est condamnable, s’explique notamment et souvent, par la misère matérielle, sociale et affective des populations ». Voici son communiqué :

« Plus que Saint-Benoît, c’est La Réunion toute entière qui est gravement touchée par les exactions commises ce week-end par des jeunes. Deux personnes innocentes ont été victimes de violences gratuites et en garderont, certainement, des séquelles. Je leur adresse toute ma sympathie. Aussi ignobles que soient ces agressions, pour lesquelles les auteurs doivent être jugés et condamnés, certains commentaires nous ont profondément choqués.

Empruntant une rhétorique issue des extrêmes, il a été question de « meutes de chiens », « d’expulsion et d’interdiction de territoire », tout en stigmatisant des composantes de notre population.

Sous le coup de l’émotion et conscient de l’impuissance à faire cesser ces désordres urbains et ces troubles à l’ordre publique, les mots ont dépassé la pensée. Il est donc impérieux de ne pas prendre des raccourcis dangereux, au risque de réveiller, au passage, les instincts du repli sur soi et de la xénophobie.

Au sein de notre République, la raison doit être maîtresse de nos jugements, en toutes circonstances, même les plus graves. Il nous appartient de nous poser les questions à même de nous conduire à des réponses mesurées, adéquates et durables. L’une de ces questions, en l’espèce, est : d’où vient la violence dans nos villes ?

Il apparait que la violence urbaine, même si elle est condamnable, s’explique notamment et souvent, par la misère matérielle, sociale et affective des populations.

« Le manque de pouvoir d’achat et le manque de considération sociale ajoutés à l’absence d’emploi, au décrochage parental et à l’échec scolaire sont des ingrédients du désordre urbain »

Une économie souterraine et des trafics viennent parfois s’y ajouter, générant guerres de clans, violence et criminalité. Ce sont de ces maux dont souffre la société. On ne peut en rendre responsable une communauté d’hommes, de femmes et d’enfants, sauf à faire preuve d’aveuglement ou d’une volonté de diviser davantage une société déjà fragilisée. C’est la société qu’il faut accuser et questionner pour trouver les réponses à nos difficultés.

Le mal est profond, il ne s’agit donc pas de le traiter par la stigmatisation ou par des actions « one shot ». Il est profond parce que nous avons laissé la place vide dans la rue : absence d’éducateurs de rue, abandon de l’éducation populaire, légèreté des gouvernances vis–à–vis du principe de citoyenneté… Il faut que la République se ressaisisse à tous les niveaux. Il nous faut renouer avec les quartiers et les intégrer pleinement dans la vie de nos cités.

La violence aujourd’hui est partout : elle est verbale de la part de nos dirigeants, elle est systémique de la part de nos institutions, elle est de plus en plus physique comme cette nuit de samedi à Bras – Fusil. C’est cette violence qui fait mal à notre vivre-ensemble réunionnais. C’est donc contre elle et elle seule que nous devons diriger notre raison et agir en responsabilités et en toute solidarité ».

 

 

 

Yves Mont-Rouge

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