Noor-Olivier Bassand : “Un impôt qui finance une aide, qui amortit une TAXE !”

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C’est une tribune libre de Noor-Olivier Bassand :

“Quelle réponse faut-il que le pouvoir politique apporte à la protestation contre la hausse des taxes sur le gazole et la promesse de blocages des routes samedi prochain, le 17 novembre ?

D’abord un constat d’évidence : depuis le début de cette affaire, le pouvoir central, le pouvoir d’Etat (Elysée et Matignon) est à côté de la plaque ! Son premier réflexe a été de nier le problème en affirmant de manière péremptoire que : “la hausse des prix à la pompe vient aux trois-quarts de la hausse du prix du baril de pétrole” ; “C’est pas nous” (“c’est pas bibi”, a dit Emmanuel Macron), c’est le marché !

Il a, parfaitement raison, mais si cette argumentation est fallacieuse, c’est précisément parce que le pétrole a augmenté que le gouvernement aurait pu (aurait dû) adapter sa politique fiscale et ses augmentations de taxes. Emmanuel Macron a aussi utilisé un autre argument : “Je préfère, a-t-il dit, taxer le carburant plutôt que le travail”. Ok, c’est conforme à sa politique sur le travail et l’emploi, mais pourquoi dire je préfère taxer l’un plutôt que l’autre ?

C’est très révélateur de cette passion française pour les taxes : le Président ne se place jamais dans l’hypothèse où il baisse des taxes, où il baisse la pression fiscale. Il a d’ailleurs évoqué la création de nouvelles aides : chèque énergie, indemnité kilométrique, aide au transport… Le ressort idéologique étant de  maintenir les hausses de taxes sur le carburant, et de donner des aides à ceux qui ne peuvent pas les payer. Une mécanique folle : on fait rentrer de l’argent qu’on utilise en partie pour subventionner ceux qui ne peuvent pas payer une taxe, en octroyant une aide. Et ce n’est pas tout : figurez-vous que ces aides seront évidemment assimilées à du revenu. Elles seront donc soumises à l’impôt sur le revenu : elles seront clairement imposables. Autrement dit, on taxe, on aide, et on taxe ces aides. Hallucinant. Alors heureusement, Emmanuel Macron a indiqué que ces aides pourraient être défiscalisées ?

Ce qui devrait nous inquiéter, c’est que ces aides, l’Etat n’a pas le premier centime pour les payer. Il va donc se tourner à la fois vers les régions, qui seront légitiment furieuses, et vers les entreprises qui le seront tout autant.

Si les régions doivent assumer ces aides, elles les financeront par les impôts locaux (elles n’ont pas de recettes en propre). On aura donc sollicité un impôt qui finance une aide qui amortit une taxe. Pas con, non ?

Là, on atteint au sublime : « ce sont les entreprises qui doivent assumer »

Prendre en charge une partie des frais d’essence des salariés, pour une entreprise, c’est renchérir le coût du travail. Vous vous souvenez de ce que disait Emmanuel Macron : “Je préfère taxer le carburant plutôt que le travail”. Voilà : on va taxer le travail pour financer des aides qui permettront de taxer le carburant plutôt que le travail. Mon ami Alain Juppé me disait souvent, alors qu’il n’était que simple député du 18ème arrondissement de Paris et adjoint aux finances de la ville : « Noor-Olivier, il n’est pas interdit d’être intelligent ! »

Noor-Olivier BASSAND


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