Oumarani Cannane danse sur les poèmes hindous de Leconte de Lisle

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Un spectacle de danse classique indienne, style Bharata-Natyam qui promet ! Notez-le bien dans votre agenda, il se déroulera le dimanche 13 octobre prochain à 17 heures, salle « Gramoun Lélé » à Saint-Benoit. Ce spectacle méticuleusement préparé s’inscrit dans le cadre du bicentenaire de la naissance du célèbre poète réunionnais Leconte de Lisle. La danseuse a choisi pour son spectacle une sélection de poèmes dans la version présentée par Soucé Antoine Pitchaya aux éditions Sham’s.

« Kavidaï », c’est le nom de cette création de musique et de danse classique indienne organisée sous la houlette de l’association « Oubassanaa ». Elle mettra sur scène outre Oumarani Cannane, qui en assure aussi la direction artistique, d’autres artistes tels que le saxophoniste Eric Martin (direction musicale), Indiren Valayodapillai (musicien et professeur de sitar au CRR de la Réunion), Niruyan Valayodapillai (musicien de tabla). Sans oublier les élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR). Ce sont les grands élèves qui sont en fin de 3ème et dernier cycle, soit huit années d’apprentissage et d’expérience. Enfin, un artiste de renom sera non pas présent physiquement, mais plutôt omniprésent de par sa voix qui bercera la salle entière durant tout le spectacle. Sham’s, puisque c’est de lui qu’ils s’agit, fera le narrateur. Un rôle important. Que dire de plus des artistes cités ci-dessus ?

Qui ne connaît pas Oumarani Cannane ? Elle est considérée comme une référence pour passionnés de danse indienne et, plus particulièrement de Bharata Natyam. Dès l’âge de douze ans, le 9 septembre 1985, Oumarani s’est produite au Centre Mandapa à Paris où elle a été invitée une seconde fois en septembre 1987. En mai 1989, la municipalité du Morne Rouge (Martinique) l’a accueillie aux festivités du centenaire de sa commune. Les deux spectacles au Théâtre Fourcade (La Réunion) Hommage et Offrande, en Octobre 1995 en “live ” et à guichet fermé, ont permis au grand public réunionnais de découvrir en elle une danseuse de très grande qualité.

L’université de Pondichéry a invité Oumarani Cannane le 14 janvier 1996 à se produire dans l’Auditorium de l’Alliance Française. Depuis, sous l’égide de l’association Oubassanaa, et en collaboration avec les artistes de l’Inde, ses créations se sont succédées d’année en année et ont conquis le public à chaque fois, de 1995 à 2017. « Kavidaï » sera sa 11ème création. Titulaire d’une Maîtrise de Lettres et Civilisations Etrangères, Oumarani se voue à l’enseignement du Bharata-Natyam depuis vingt ans à la Réunion et depuis seize ans au Conservatoire à Rayonnement Régional de St Paul et St Pierre. Ouverte sur le monde qui l’entoure, Oumarani reste constamment attentive au développement de sa danse qu’elle cherche toujours à perfectionner au mieux et à transmettre dans les règles de l’art.

Mais l’artiste n’aime pas parler d’elle et préfère mettre en avant « Kavidaï » et toutes celles et ceux qui l’accompagnent. Faut-il encore présenter Sham’s ? Il est détenteur d’un Doctorat d’Esthétique, Sciences et Technologies des Arts du spectacles, d’une Maitrise de Lettres Modernes et d’un DEA de Théâtre-Arts du Spectacle. Metteur en scène, acteur , auteur, directeur de théâtre et conférencier. Editeur des Poèmes Hindous Leconte de Lisle, directeur de la collection de la Réunion des Poètes.

Quant à Eric Martin, le saxophoniste, qui accompagnera sur scène Oumarani Cannane, il est titulaire du CA, a été 1er prix du CNSMD de Paris, et enseigne le saxo au CRR de la Réunion, sans compter qu’il est soliste à l’ORR.

La danseuse de Bharata-Natyam Oumarani Cannane et le saxophoniste Eric Martin.

On vous le disait, un spectacle qui promet ! Entre chaque poème, il y aura différents tableaux interprétés par des danseurs professionnels et les grands élèves du Conservatoire sur un support musical enregistré dans le but d’illustrer le thème de la création.

Comme l’explique Oumarani Cannane et Eric Martin, « ce projet est unique en son genre car il associe la narration des poèmes hindous au Bharata Natyam et à la musique indienne, ce qui l’inscrit pleinement dans le patrimoine culturel de l’île et reflète profondément l’identité réunionnaise. Il est basé à la fois sur le répertoire traditionnel du Bharata Natyam et sur la musique de film indien. Le thème sort du cadre récurrent du Bharata-Natyam pour donner une autre facette de cet art, celle de s’adapter à un type d’interprétation différent en suivant une narration poétique ». Unique mais aussi original ? Ecoutez les experts : « l’originalité de ce projet réside en effet dans la rencontre artistique entre un narrateur, des danseurs et des musiciens réunionnais.

La technique d’interprétation du Bharata Natyam utilisée ici, à savoir l’abhinaya,,est mise au service de la narration des poèmes pour traduire au mieux l’âme de l’auteur. De plus, le travail des musiciens a été réalisé sur des modes indiens (ragas) ».

C’est donc une création, unique dans le sens où elle symbolise la force identitaire et la valeur du patrimoine culturel réunionnais ainsi que le vivre-ensemble si cher à notre île.

Mais alors pourquoi Leconte de Lisle ? Certes, il y a le bicentenaire de la date de son anniversaire, mais encore ? Réponse d’Oumarani Cannane : « parce ce que Leconte de lisle s’est toujours intéressé aux solutions apportées aux problèmes religieux par les diverses civilisations qui se sont succédées. Il a entrepris de faire revivre les grands concepts métaphysiques et cosmogoniques de l’Humanité à travers les âges.

A cette époque , les traductions de quelques textes sacrés ( Bhagavata Pourana) et les grandes épopées hindous (Ramayana et Mahabharata) ainsi que l’introduction de l’Histoire du Bouddhisme ont permis à Leconte de Lisle d’avoir une solide connaissance de ces écrits fondateurs de la civilisation indienne, d’où son initiation progressive à la pensée philosophico- religieuse de l’Inde.

Dans ses poèmes hindous, les décors, les croyances et le style créent un effet de dépaysement intense. Pourtant, son art consiste à placer au cœur de ses poèmes les émotions et les problèmes qui hantent l’Humanité et à faire discrètement de ces hindous les interprètes de sa propre inquiétude. Les thèmes principaux qui se dégagent de cette œuvre sont la philosophie du néant divin et de l’illusion (Mâya). Par ailleurs, la puissance et la luminosité de ces poèmes hindous s’accordent au mieux avec l’être profond de leur auteur. C’est pourquoi leur restituer la place centrale qu’ils méritent dans son œuvre nous donne accès à une réelle compréhension de Leconte de Lisle. S’y intéresser aujourd’hui, c’est leur restituer la place qu’ils méritent dans la poésie de Leconte de Lisle : une place centrale ». Une explication on ne peut plus claire.

Et ce n’est pas fini ! Oumarani Cannane est vraiment très inspirée : « dans son œuvre, l’île natale apparaît, tant l’auteur fut pétri, au plus intime de lui-même, par la terre créole, cette terre créole aux multiples sensibilités ethnoculturelles avec ses religions différentes. Les poèmes réunis ici nous invitent à célébrer en profondeur la part indienne de notre île, si présente et parfois mal connue, une part incandescente, fascinante et splendidement humaine. Dans cette œuvre, le poète a réussi à se libérer de ses références habituelles et immédiates pour embrasser la mythologie hindoue dans sa plus grande authenticité. C’est à la fois une compréhension littérale mais aussi une réelle saisie spirituelle. Au final, ce qui occupe la place de son cœur sont la nature et les paysages majestueux et incomparables de son île mais dans le territoire même de son âme, c’est l’univers hindou ». Vous savez maintenant le pourquoi du comment. Il ne vous reste plus qu’à vous rendre nombreux le dimanche 13 octobre, à partir de 17 heures, à la salle « Gramoun Lélé » à Saint-Benoît !

Y.M.

 

 

 

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Paraît-il que ce’est une calamité au CRR que cette Oumarani. Elle devrait donc se perfectionner en pédagogie plutôt que de se donner en spectacle.