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Pourquoi Didier Robert n’est plus crédible…pour l’instant

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Sachant que je vais (avec Sarah Patel, la directrice de Sinusoïde, société qui gère Freedom.fr, le site internet de radio Free Dom) sûrement me retrouver devant le tribunal après la publication de cet édito et, plus particulièrement pour ce titre qui ne plaira évidemment pas au président de Région – j’en suis déjà à mon quatrième procès pour cette année – je tiens quand même à préciser que cet intitulé est tout aussi valable pour nombre d’élus locaux qui, à la lumière de ce que l’on a pu entendre de la part « Gilets Jaunes », souffrent incontestablement d’un déficit de crédibilité aux yeux de la population. Je tiens beaucoup, en préambule, à cette précision qui pourrait éventuellement servir d’argument à l’excellente avocate de Free Dom – qui a jusqu’à présent gagné tous les procès en diffamation contre la Région – Me Béatrice Boyer Bigot. Je parle plus particulièrement aujourd’hui de Didier Robert, pour la simple raison que c’est lui qui s’est retrouvé au cœur de l’actualité politique de ces derniers jours ; C’est lui aussi que de nombreux « Gilets Jaunes » ont personnellement ciblé au point d’aller jusqu’à publiquement demander sa démission de son poste de président de la pyramide inversée, un peu à l’instar de ce que l’on a pu entendre au niveau national, à savoir : « Macron démission ».

La «réunion vérité » qui s’est déroulée, mercredi soir, durant près de deux heures, à la pyramide inversée, en dit d’ailleurs long sur l’état d’esprit de certains élus de la majorité régionale qui, sans trop exagérer, commencent déjà à douter de la gouvernance régionale et semblent avoir déjà jeter l’éponge pour 2021, persuadés que la partie est déjà perdue tant leur « big boss » a été décrié durant la fronde des « Gilets jaunes ». Ce n’est pas Valérie Auber qui nous contredira. La conseillère régionale du Port l’a clairement exprimé, mercredi soir, devant la vingtaine d’élus de la majorité régionale réunis pour cette séance qu’on pourrait qualifier de « vide ton sac en toute transparence ». Plusieurs de ses collègues ont abondé dans le même sens.

Aline Murin-Hoarau a même quasiment éclaté en sanglots durant et au terme de son intervention. Juliana M’Doihoma a également parlé avec beaucoup d’émotion et de gravité dans la voix. Avec conviction aussi. Toutes et tous ont demandé ardemment au président Robert de revoir le mode de gouvernance de la Région, « d’arrêter de donner aux grands patrons, d’aider les riches », car le peuple ne croit plus aux politiques, le peuple ne croit plus aux élus de toutes les collectivités, en particulier en ceux de la Région. Nous reviendrons sur cette réunion de mercredi soir.

« Détournement de fonds publics et recel de détournements de fonds publics » à la SPL RMR ?

Suite aux « révélations » du Quotidien de La Réunion sur les rémunérations du président de la SPL RMR (Société Publique Locale de Réunion Musées Régionaux), Didier Robert a tenu une conférence de presse vendredi dernier vers 13h30, entouré des deux avocats de la Région et de Marie-Line Sévaï, directrice générale déléguée de la SPL RMR. Une conférence de presse qui s’est vite transformée en un procès stalinien contre Franck Cellier, le journaliste du Quotidien qui a mené l’enquête avant de faire ses « révélations ». Lesquelles ont été démenties par Didier Robert, le président de Région, qui fait aussi fonction de président directeur général de la SPL RMR. Didier Robert a commencé ladite conférence pour dire tout le bien qu’il pensait de la liberté de la presse « un des principes clés de notre démocratie. Et si notre démocratie fonctionne, c’est parce qu’il y a des journalistes qui peuvent librement s’exprimer, écrire, agir, investiguer, relayer une opinion, une analyse, une préférence… ».

Merci président. C’est bien ainsi que je conçois et que j’exerce ce métier depuis 33 ans. Cela ne vous a pas empêché malgré tout de nous traduire, Sarah Patel et moi même devant le tribunal par quatre fois déjà pour diffamation. Nous avons déjà gagné trois procès. Vous avez fait appel. Le quatrième est en cours. Dans ce cadre, nous avons été mis en examen. La première mise en examende notre carrière professionnelle. Pour cette quatrième plainte, vous demandez à la justice, via votre conseil Me Creissen, de m’interdire d’écrire sur l’action publique de l’homme politique que vous êtes et vous demandez à la justice d’interdire à Free Dom de publier mes écrits. Rien que ça ! Du jamais vu dans une démocratie !

Je tiens donc à préciser que tout ce qui va suivre, ne relève pas de jugements de valeur de ma part à votre égard mais bien de mon opinion, de mon analyse en tant que journaliste et observateur politique réunionnaise depuis plus de 30 ans, en tant que « journaliste aguerri et averti », pour reprendre vos propres expressions me concernant.

Pour vous dire que sur cette histoire de rémunérations à la SPL RMR, ne vous en déplaise, j’adhère plutôt à l’enquête de mon confrère Franck Cellier du Quotidien qui apporte, preuves à l’appui, que ce qu’il écrit ne relève pas de « l’invention » et encore moins du « mensonge ». Didier Robert n’a certes pas « empoché » le chèque de 111 870,49 euros que lui doit la SPL, mais la question qui peut se poser c’est : est-ce que si le site Imaz Press Réunion n’avait pas révélé au grand jour sa rémunération mensuelle de 6 800 euros en novembre dernier, il aurait convoqué le 7 du même mois un conseil d’administration pour préciser les modalités de l’opération et pour régulariser cette situation ? Contrairement à ce qu’écrit le plumitif du journal subventionné par la Région, moi je dis que les explications de Didier Robert ne sont pas nettes, ni claires.

Moi, je retiens que le 1er août 2017, en tant que président directeur général de SPL RMR, Didier Robert se fait aussi payer 6 800 euros nets mensuels alors qu’il avait dit publiquement qu’il ne se rémunèrerait pas pour ce poste. Je retiens que le 5 juillet 2018, soit un an plus tard, il convoque un conseil d’administration pour régulariser cette situation. Je retiens encore que le 7 novembre dernier, il convoque un nouveau conseil d’administration qui précise les modalités de l’opération. Le procès verbal du 7 novembre précisant que le solde de 111 870,49 euros « dû en sa faveur » (c’est écrit noir sur blanc), est signé par lui-même.

Dans le procès verbal de l’assemblée générale du 13 novembre, il est signalé qu’une partie des rémunérations de Didier Robert devrait servir à financer la création d’une fondation qui n’a pas encore été créée. Il est vrai aussi que six jours auparavant, Imaz Press, relayé par d’autres médias, à l’exception de ceux subventionnés par la Région, avait déjà mis sur la place publique le salaire du Pdg de la SPL RMR. Ceci expliquant peut-être cela.

Trop flou et compliqué tout ce qui se passe depuis un peu plus d’un an à la SPL RMR : d’abord le doublement (de 5 000 à 10 000 euros) par Didier Robert du salaire de la DAF (directrice des affaires financières), une de ses connaissances, juste avant que celle-ci ne quitte son poste sur la base d’une rupture conventionnelle signée par Didier Robert. Embauche aussitôt après du mari de cette dernière au poste de directeur. Licenciement d’une poignée d’employés sous prétexte que la situation financière de la structure est dégradée. Versement d’un salaire mensuel de 6 800 euros à Didier Robert à compter d’août 2017. La SPL RMR, subventionnée en grande partie par la Région, n’avait soit disant plus d’argent. Mais suite au licenciement de plusieurs salariés, la Région revote une subvention à la SPL qui permet de régulariser, entre autres, la situation de son Pdg Didier Robert. En effet, la SPL RMR lui doit la somme de 186 670,96 euros pour la période allant du 1er mars 2016 au 30 juin 2018. La SPL RMR lui a déjà payé 74 800 euros. Il reste donc un chèque de 111 870,49 à verser à Didier Robert.

Mais entretemps, Imaz Press, puis le Quotidien font leurs « révélations ». Didier Robert intervient pour annoncer qu’il n’a jamais « empoché » ce chèque, qu’il ne l’empochera pas et qu’il sera versé sur un compte séquestre. Question : et les 74 800 euros ont-ils été également versés sur un compte séquestre ? C’est sans doute parce que le mécanisme mis en place pour récupérer 33 mois de salaires à 6 800 € n’est pas clair et pas net qu’une enquête pénale a été ouverte concernant la SPL RMR, comme le révèle, dans son édition de samedi dernier, le Quotidien.

Une enquête préliminaire ouverte depuis le 10 octobre dernier par le parquet de Saint-Pierre pour « détournement de fonds publics et recel de détournements de fonds publics » et, cela, suite à un signalement de la Chambre régionale des comptes (CRC) du 20 septembre dernier. Il paraît que le rapport de la CRC sur la gestion de la SPL RMR vaut son pesant de cacahuètes. Pour l’instant, Didier Robert, ne l’a pas encore communiqué à l’assemblée régionale. Mais parions qu’au nom de la transparence dont il se fait le chantre depuis les dernières manifestations des « Gilets Jaunes », il ne tardera pas à le communiquer. Tout comme il acceptera de communiquer un jour le nombre de collaborateurs ou de conseillers techniques que compte son cabinet et la collectivité qu’il préside. Sans oublier le nombre de voitures de fonction mises à la disposition de ses collaborateurs et de ses conseillers techniques dont nombreux parmi eux cumulent avec retraite et fonction d’élu et pas des moindres dans des conseils municipaux de l’île. Pour revenir à la SPL RMR, nul doute que les plaintes ne devraient pas tarder à pleuvoir. Karine Nabénéza, conseillère régionale de l’opposition, a déjà annoncé la couleur. Les anciens employés licenciés de la SPL RMR n’ont pas encore dit leur dernier mot.

« Leçon de journalisme : parle à mes doigts ! »

En 33 ans de métier, je pensais avoir presque tout vu. J’avoue être tombé sur le c… (non, disons plutôt à la renverse, pour être poli) à la lecture de deux articles suite aux « révélations » faites par le Quotidien. Le premier, celui de Pierrot Dupuy paru vendredi dernier sur « Zinfos 974 » qui, ne sachant plus dans quelle posture se mettre pour défendre le Pdg de la SPL RMR, a laissé entendre que Franck Cellier a fait preuve d’amateurisme (« approximation ») et d’acharnement parce que le Quotidien a un compte à régler depuis longtemps avec Didier Robert. Mieux, parce qu’un journaliste n’écrit pas toujours ce qu’il pense. En clair, prenant son cas personnel, Pierrot Dupuy explique qu’il faudrait dissocier le cerveau du journaliste de ses doigts qui tapent sur le clavier de l’ordinateur. Il termine son article de la façon suivante, tenez-vous bien : « Ainsi va la vie. Vos doigts n’écrivent pas toujours ce que nous aurions souhaité qu’ils écrivent ». On connaissait le célèbre refrain de la chanson de Fatal Bazooka : « parle à ma main ». Pierrot Dupuy, pour la défense de ses articles à charge, a trouvé un argument de poids : « parle à mes doigts ». Autrement dit, « c’est pas moi, c’est mes doigts ». C’est ce que pourraient arguer aussi devant un tribunal les auteurs de bavure policière ou d’attouchements. On pourrait même, en poussant à l’extrême la théorie sans queue ni tête de mon cher confrère, disculper dorénavant tous les auteurs de viol : « c’est pas moi, c’est mon z… ». En tout cas, sachez maintenant chers lecteurs que Pierrot Dupuy n’écrit pas toujours ce qu’il pense car ce sont ses doigts qui écrivent et que ce n’est pas son cerveau qui dicte à ses doigts ce qu’il écrit.

J’en connais un autre, sur la place, qui, lui, écrit avec ses orteils. Il est à l’origine de l’autre grand moment du journalisme que j’ai vécu, samedi. L’auteur crâneur de l’édito du samedi donne une véritable leçon d’investigation journalistique au Quotidien, « le confrère d’en face », comme il l’écrit. L’éditorialiste à la solde de… explique par A+B que ce que le Quotidien a raconté sur Didier Robert est « faux ! ». Il explique encore à Franck Cellier du Quotidien que le journalisme, c’est un métier et que ce n’est pas donné à n’importe qui, sauf à lui même et à son équipe de Sherlock Holmes. Lesquels, soutien-il, écrivent toujours sur la base de documents, de preuves, d’investigations. Et l’éditorialiste-plumitif du journal subventionné de se vanter d’avoir en sa possession, mais tout en gardant toutefois de le publier, le rapport de la Chambre régionale des comptes sur la SPL RMR. Sauf que le même jour, le Quotidien lui balance à la tronche une exclusivité : « une enquête pénale ouverte pour détournement de fonds publics et recel de détournements de fonds publics» sur la SPL RMR dont Didier Robert est le Pdg. Et vlan ! L’éditorialiste-plumitif se l’est prise en pleine poire. Ça fait mal ! Que se passe-t-il ? Commencerait-il à y avoir des failles dans le réseau ? Faut croire que oui, à moins que certains médias, au nom de la transparence et de la liberté de la presse, fassent de la rétention d’information à leurs lecteurs.

« Plainte pour incitation à la haine, à la violence et au meurtre »

Pour résumer, aussi bien Pierrot Dupuy que le plumitif du journal subventionné, qui sont au président de Région , ce que les carapates sont aux « tétés de bœuf », ont estimé, en faisant la leçon au Quotidien et à Franck Cellier, qu’en raison du contexte (manif des Gilets Jaunes), ce n’était pas le moment de publier de telles « révélations », parce que que Didier Robert, son épouse et leurs familles ont fait l’objet de menaces de mort, il y a deux semaines. Pierrot Dupuy a même précisé que « quand un journaliste publie, il doit penser aux conséquences de ses écrits. C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité, ma parole ! Donc, si j’ai bien compris le supplications de ces deux éminents journaliste, lorsqu’il s’agit de Didier Robert, il faudrait, avant de publier, voir si le contexte s’y prêtre, si la mer est calme, si le ciel est bleu, si les oiseaux chantent et les mouches pètent car cela pourrait inciter à la haine sociale, à la violence et au meurtre. Parce que, voyez-vous, selon nos deux grands journalistes, le président de la SPL RMR, qui est aussi président de Région, a une épouse, des enfants, une famille. Ce qui ne serait donc pas le cas de Thierry Robert, « le con », le « clown de la préecture » dont le portail a été taggué, la famille menacée… Ce qui ne serait donc pas non plus le cas de Nassimah Dindar, d’Ibrahim Patel, de Jean-Louis Lagourgue, de Jean-Claude Lacouture, du « rikiki » Morel, d’Alain Armand, d’Etienne Billot de l’ARS, de Marie-Rose Won-Fa-Hin (de l’Aurar), sans oublier les « donzelles » ou autres « amazones » que sont, dans certains écrits, les « Karine Nabénéza, Léopoldine Settama… ». Toutes ces personnes étant régulièrement mises à nu, « décalquées », « dézinguées », totochées en Une du journal subventionné. Pour elles, pas besoin de vérifier si la période est bonne ou si le climat social s’y prête avant publication. En revanche, pour Didier Robert, « l’ami » devenu « pote » depuis samedi dernier, il faudrait faire attention car toute révélation sur ses rémunérations au sein de la SPL RMR pourrait entraîner sa mort. D’un côté, il y aurait donc, à en croire de nos éminents experts de la presse, un être humain fait de chair et d’os et, de l’autre, il y aurait des « chiens » à jeter sans scrupule à la vindicte populaire ? Pauvre tite bête, li fé pitié !

Rappelons que Didier Robert a annoncé, vendredi dernier, qu’il portera plainte pour diffamation contre le Quotidien, Franck Cellier et contre Carole Chane Ki Chune, patronne du journal. Il a également annoncé porter plainte contre le Quotidien, Imaz Press et Free Dom pour « incitation à la haine sociale, à la violence et au meurtre ». Le président la SPL RMR, qui fera comme d’habitude financer ces procès avec l’argent des contribuables via la Région (c’est ce qu’il a publiquement annoncé vendredi dernier), reproche à Imaz Press et à Free Dom d’avoir relayé les « révélations » du Quotidien. Didier Robert ne porte pas plainte, en revanche, contre « Zinfos 974 » de Pierrot Dupuy, qui avait, lui aussi, relayé les « révélations » du Quotidien (voir capture d’écran de la Une de Zinfos ci-dessous).

Didier Robert ne portera pas plainte également contre la page Facebook d’Objectif Réunion dont il est le président, et qui a toujours relayé les Unes du journal subventionné lorsque ce dernier « dézingue » Nassimah Dindar, Thierry Robert, Ibrahim Patel… Dans ce cas, vous l’aurez compris, il n’y a évidemment pas « d’incitation à la haine sociale, à la violence et au meurtre ». Enfin, pour terminer sur ce chapitre, je voudrais revenir sur ce qu’a écrit le plumitif du journal subventionné, samedi. Il a expliqué que si le Quotidien réagit de la sorte envers le président de Région, c’est pour se venger car le journal de Carole Chane Ki Chune n’a pas obtenu une subvention de 2 millions comme l’a obtenue le JIR. Et le plumitif d’ajouter que si le Quotidien veut percevoir ladite subvention, il faudrait qu’il se retrouve dans la même situation que le JIR, à savoir en redressement judiciaire. Je voulais juste faire remarquer, qu’il n’y a pas si longtemps, le même plumitif écrivait, pour justifier cette manne régionale et « amicale » que nombreux sont les organes de presse en métropole qui bénéficient d’une telle aide, voire même plus. Je rappelle que ces titres n’ont pas besoin d’être en situation de paiement (redressement judiciaire) pour être aidés. Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des couillons et croire que, sous les tropiques, (ancienne colonie), on peut raconter toutes les conneries !

 Gilets Jaunes : « il y a eu un avant, il y aura un après »

Venons-en maintenant à cette fameuse réunion de mercredi soir à la Région. Réunion organisée à la demande de Didier Robert qui avait, en début de semaine, à l’instar d’autres élus locaux, reçu chacun dans leur collectivité respective des délégations de Gilets Jaunes. Des Gilets Jaunes qui disent brut de décoffrage tout ce qu’ils pensent. Pas comme les doigts déconnectés du cerveau, façon Dupuy ! Didier Robert a compris que « plus rien ne sera comme avant ». Il le dit lui-même : « il y a eu un avant, il y aura un après ». Il en est conscient. La preuve, il a changé son style vestimentaire. Il a troqué ses chaussures vernies contre des baskets en toile et son pantalon coton contre un jean. Il s’habille « peuple ». Fini le côté cadre BCBG. A cette réunion de mercredi, quasiment tous les élus présents – environ 17 sur une trentaine de la majorité – ont pris la parole pour vider leur sac. Virapoullé a parlé de l’octroi de mer. Il est contre sa suppression. Il est contre également le principe émis par Didier Robert (un homme, un mandat, une fonction). Les élus ont reproché au président de Région de ne pas les avoir consultés avant de faire une telle annonce. Aline Murin-Hoarau a raconté ce qu’elle a vécu sur les barrages des Gilets Jaunes où elle s’est parfois promenée, le visage dissimulé sous un casque intégral jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de l’enlever. Et elle a failli se faire bousculer. Elle a raconté cela en pleurant et en expliquant que l’image de la Région est mal perçue par le peuple. Valérie Auber a mis en cause la gouvernance de la Région : « ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Il y a des privilégiés, alors que d’autres élus n’ont aucun moyen pour faire leur travail sur le terrain ». Et la conseillère régionale du Port de lâcher : « à ce petit jeu, nou la fini perdre les élections. Faut pas se faire d’illusion ». Juliana M’Doihoma a « indexé », elle aussi, la gouvernance de la pyramide inversée « concentrée autour d’une minorité d’élus ». Jean-Gaël Anda a quant à lui ciblé Michel Fontaine et certains élus du Sud, accusés d’avoir monter la tête aux Gilets Jaunes contre la Région et son président. Vincent Payet a remarqué que les Gilets Jaunes « moucataient » même le POP (Plan ordinateur portable), qui coûte 8 millions d’euros à la collectivité ainsi que la continuité territoriale. Ce qui veut dire que « donner de l’argent pour aller bat’ caré ne paye pas toujours d’un point de vue politique ». Bernard Picardo, vice-président de Région et président de la Chambre des métiers, a clairement laissé entendre qu’il ne démissionnera pas, car la Chambre est un « mandat économique ». Nathalie Noël, Sylvie Moutoucomorapoullé, Jack Gauthier, Louis-Bertrand Grondin, quasiment tous les élus se sont exprimés. Ibrahim Patel s’est lancé dans un véritable plaidoyer en faveur des petites entreprises. Selon une conseillère régionale, « Ibrahim Patel a dit que 80% des petites entreprises ne croyaient plus en Didier Robert qui est vu comme le président des riches, qui n’aide que les grands patrons ». Selon cette même conseillère régionale, « Ibrahim Patel a dit que tout est organisé à la Région, au niveau administratif pour dérouler le tapis rouge aux grands patrons qui ont leur ascenseur, à qui on offre le café quand ils viennent défendre leur dossier de subventions. Il y a même un logiciel des Fonds Feder pour eux, alors que les petits entrepreneurs eux sont blackboulés par les administratifs ».

A se demander, comme l’ont signalé certains élus, si les administratifs de la Région ne trouveraient pas un « intérêt » à ne privilégier que les grands patrons, au détriment des petits chefs d’entreprises. Prenant à son tour la parole, Fabienne Couapel-Sauret a abondé dans le sens d’Ibrahim Patel en demandant au président de Région « d’arrêter de donner de l’argent au MEDEF », d’autant que certains conseillers régionaux ont considéré que « politiquement, ces grands patrons ne nous rapportent rien ». Didier Robert aurait lui aussi fait remarquer que « plus la Région aide les grands patrons, plus le chômage augmente ». Il y a des élus qui ont même proposé au président de Région de « conditionner dorénavant le versement des aides régionales à des embauches obligatoires », même si les administratifs montent systématiquement au créneau pour dire que « ce n’est pas légal ». Didier Robert a promis de revoir au plus vite la gouvernance pour que certains élus régionaux, qui ont mouillé chemise et/ou corsage pour lui lors des régionales de 2010 et de 2015 ne soient plus obligés de passer sous les fourches caudines de la direction générale, du cabinet et même parfois de la direction de la communication lorsqu’ils réclament des aides de la collectivité pour aider à leur tour le peuple sur le terrain. Didier Robert, qui a promis de tirer les leçons des manifs des Gilets Jaunes, sait que de ce changement de gouvernance et de méthodes de travail (avec plus de transparence), dépendra l’élection de 2021… s’il n’est pas trop tard pour lui. Pour l’instant, ce qui se dégage, c’est plutôt un sentiment de tension, de peur, de panique à bord car jamais dans l’histoire politico-médiatique (ou médiatico-politique) de La Réunion, un élu n’avait osé déposer plainte contre des médias (qui ne le caressent pas dans le sens du poil) pour « incitation à la haine sociale, à la violence et au meurtre » en faisant fi de ses propres erreurs (de com’, de gestion, de management…) et en voulant faire porter à ces médias la responsabilité de ses « travers » montrés du doigt, entre autres, par les « Gilets Jaunes » et, peut-être aussi, bientôt, par la justice. Ce ne sont pas les médias qui ont déclaré « qu’il n’y aura pas un euro de plus que le 1,6 milliard d’euros sur la NRL ». Ce ne sont pas les médias qui ont laissé entendre que « les galets pour la NRL seront achetés à Madagascar ». Ce ne sont pas les médias qui ont dénoncé les « dinosaures » en disant que « les ennemis » ne seront plus aidés par la Région. Ce ne sont pas les médias qui ont doublé le salaire de la DAF de la SPL RMR juste avant sa démission. Ce ne sont pas les médias qui, d’un côté embauchent à tout-va élus et retraités comme collaborateurs de cabinet ou conseillers techniques et, de l’autre, ne renouvelle plus les contrats, par centaines, des pères et mères de famille à qui il ne reste plus que leurs yeux pour pleurer. Ce ne sont pas les médias qui donnent de grosses subventions à certaines entreprises privées et qui laissent dans le même temps crever de multiples petites entreprises et petits artisans. Ce ne sont pas les médias qui laissent dormir durant tout un week-end des étudiants et leurs parents à même la moquette d’une collectivité en attente de quelques euros d’aide pour pouvoir payer leur loyer en métropole ou à l’étranger dans le cadre de leurs études. Ce ne sont pas les médias qui attaquent systématiquement en procès, en usant de l’argent public, toutes celles et tous ceux qui ne pensent pas et n’écrivent pas comme la presse subventionnée… Je voulais aussi vous parler d’un anniversaire, en avril dernier, dans un restaurant dans les hauts de Sainte-Marie. L’intéressé n’a toujours pas honoré sa facture.  Je m’arrêterai là pour aujourd’hui. Bonne semaine à vous !

Y.M.

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