Le « Ti Kozman » du vendredi : « Pourquoi tant de haine… pour un bout de gras ? »

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Vivement dimanche ! Et que le meilleur (ou la meilleure) gagne ! On ne connaîtra certes pas encore les vainqueurs ce dimanche mais plutôt le dimanche 19 juin mais, quand même, à l’issue de ce premier tour, le 12 juin, il en restera 14 qualifiés.es. 78 des 92 postulants actuels pourront aller vaquer à leurs occupations quotidiennes. Je veux dire par là qu’ils retrouveront leurs activités habituelles après cette folle parenthèse électorale qui leur aura permis de caresser un rêve qui ne se sera jamais réalisé. Mais il est toujours permis de rêver. Ce dimanche 12 juin, au soir, on y verra ainsi un peu plus clair et on y gagnera également en visibilité et en clarté.

Pour l’instant, c’est presque la foire d’empoigne et ça commence à partir un peu en vrille entre les candidats qui se lancent des boules puantes, au risque de faire fuir davantage des électeurs qui n’étaient déjà pas très friands de ce scrutin pour lequel ils n’y trouvent pas un grand intérêt, surtout lorsqu’ils se posent la question toute simple : qu’est-ce qu’un député (ou une députée) va bien pouvoir changer à vie quotidienne ?

D’où l’enjeu de ce scrutin de dimanche : voter utile ou voter contestataire ? Voter en faveur des candidats de la majorité présidentielle ou donner le pouvoir à une opposition à l’Assemblée nationale et mener le pays vers une quatrième cohabitation sous la Ve République avec, comme nous l’avions vécu de 1986 à 1988 sous Mitterrand, de 1993-à 1995 toujours sous Mitterrand puis de 1997 à 2002 sous Chirac, un Président et un Premier ministre qui ne soient pas issus de la même famille politique, de la même majorité ? Petit rappel historique, le Président François Mitterrand (PS) avait eu en effet comme Premier ministre Jacques Chirac (RPR), puis Edouard Balladur (centriste). Et le Président Jacques Chirac, élu en 1995, avait eu comme Premier ministre le socialiste Lionel Jospin de 1997 à 2002.

Emmanuel Macron gardera-t-il sa majorité à l’Assemblée nationale comme ce fut le cas de 2017 à 2022 où la majorité présidentielle comptait 346 députés d’En Marche ? Ou sera-t-il contraint de changer de gouvernement, de remercier Elisabeth Borne pour nommer un nouveau Premier ministre non En Marche qui, lui-même, sera appelé à former un gouvernement d’opposition ? C’est tout l’enjeu de ces législatives. Tout le reste n’est que folklore électoral ! Au cas où vous l’aurez oublié, c’est vous, c’est nous, électrices et électeurs, qui détenons les clés de la réponse à cette question, à cet enjeu politique. Mais encore faudra-t-il aller voter ? Au vu de ce qui se passe dans certaines circonscriptions de notre île, dans la 5ème notamment, suis assez d’accord avec vous, ça ne donne pas vraiment envie de se déplacer jusqu’aux urnes pour aller couler un bulletin.

Si la campagne du premier tour devait durer encore quelques semaines, certains en seraient vraisemblablement arrivés aux mains tant ils ne savent plus quoi faire, quoi dire pour défendre le bout de gras. L’on peut comprendre que, dans une compétition, des concurrents puissent jouer des coudes pour se frayer un chemin mais, de là, à « passer des cales » par derrière, en jetant l’opprobre, parfois via la presse quand ce n’est pas sur les réseaux sociaux, sur des candidats.es, c’est pas joli et cela n’incite pas vraiment à la mobilisation. Voir des candidats d’une même famille politique se tirer dans les pattes à ce point, s’invectiver, tout cela pour un changement de train de vie, n’encourage pas à l’accomplissement du devoir civique. Pourquoi tant de haine  pour un bout de gras ?

Des comportements qui contribuent à accentuer l’idée que la politique est bien un univers impitoyable où tous les coups bas sont permis pour gagner, pour prendre le pouvoir. Mais le pouvoir pour quoi faire ? Est-ce réellement pour développement le pays, pour sortir les pauvres du fénoir, pour donner des perspectives d’avenir à celles et ceux qui n’en ont pas ou est-ce pour se remplir les poches et s’assurer, à soi et à son entourage proche, un train de vie confortable durant 5 ans ?

Vous l’aurez compris, ce sera un « Ti Kozman » spécial cette semaine. Faute de temps, car les journées sont déjà bien remplies avec la multitude de conférences de presse politiques en ces temps de campagne électorale, je ne vais pas m’étendre sur certains faits d’actualité que sont par exemple le retour cette semaine, à la Réunion, des enquêteurs de l’OCLIFF (Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales). Depuis le temps qu’on en parle de ce cabinet pléthorique de l’ancien président de Région, c’est seulement maintenant – et comme par hasard en pleine campagne électorale des législatives – que la justice se réveille ! Ceux qui « découvrent » ce cabinet autrefois pléthorique et s’insurgent aujourd’hui contre les embauches massives opérées sous l’ancienne majorité régionale, sont ceux là-mêmes qui, via des articles ou des Unes de presse, applaudissaient jadis des deux mains cette gestion avec en contrepartie des millions d’euros de subventions en guise de remerciement. Quelle hypocrisie ! Comme le disait si bien Edgard Faure, « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ! ».

Les législatives, c’est un peu notre « Diagonale des fous » politique !

Pour en revenir à cette enquête en cours menée par tout un tacon d’enquêteurs venus de métropole – comme si ceux de la Réunion n’en étaient pas capables – je trouve dommage que la justice n’ait pas réagi plus tôt, du temps où Didier Robert était encore aux commandes. Aujourd’hui, politiquement parlant, il n’est plus rien. Force est de constater que l’ancien Procureur de la République a quand même mis du temps avant de dégainer. On a connu une justice beaucoup plus rapide sur certains autres dossiers. A ce propos, et tant qu’à faire puisque, manifestement, la justice a décidé de se bouger, où en est-on de l’enquête sur l’attribution des marchés de la NRL (Nouvelle Route du Littoral) qui remonte à 2015 et pour laquelle l’ancienne patronne du PNF (Parquet national financier), venue à la Réunion à l’époque, avait promis des investigations d’enfer. Rien ne s’est passé depuis. Elle n’est plus en fonction aujourd’hui. Et les multinationales, tant à la Réunion qu’ailleurs, travaillent en toute quiétude en accaparant tous les gros marchés, notamment dans notre île.

Je ne vais pas non plus pouvoir m’étendre sur ce qui se passe à la mairie de la Possession, à savoir le début de la fin pour Gilles Hubert, qui fut l’homme de confiance de la maire Vanessa Miranville et qui se verra rétrogradé dans ses fonctions électives le 22 juin prochain. Je vous en dirai plus la prochaine fois. On me dit qu’un débrayage des employés communaux pourrait avoir lieu ce vendredi matin 10 juin devant la mairie de la Possession. A suivre !

Je ne serai pas plus long pour aujourd’hui. Et surtout, n’oubliez pas, même si la politique vous sort par tous les trous, vous avez quand même la possibilité de vous exprimer avec votre bulletin de vote. Voter est un devoir. N’oubliez pas également que le vote est secret, que personne ne verra le bulletin, fusse-t-il blanc ou nul, que vous pourriez couler dans l’enveloppe car il n’y a pas de caméra dans l’isoloir, contrairement à ce que pourraient vous faire croire vos élus.

Pour rappel, vous aurez à choisir entre 17 candidats si vous votez dans la 1ère circonscription (Saint-Denis) ; 14 dans la 2ème circonscription (de Saint-Paul au Port en passant par La Possession) ; 13 dans la 3ème circonscription (De Cilaos au Tampon en passant par l’Entre-Deux et la Rivière Saint-Louis) ; 11 dans la 4ème (Petite-Ile, Saint-Joseph et Saint-Pierre) ; 9 dans la 5ème (De Saint-André à Saint-Philippe en passant par Salazie, Bras-Panon, Saint-Benoit, Plaine-des-Palmistes et Sainte-Rose) ; 13 dans la 6ème (de Saint-Denis/Bretagne et Chaudron à Cambuston/St-André en passant par Ste-Marie et Ste-Suzanne) et 15 candidats dans la 7ème circonscription (d’une partie de Saint-Louis à une partie de Saint-Paul en passant par l’Etang-Salé, Les Avirons, St-Leu et Trois-Bassins).

Soit, au total, 92 candidats sur la ligne de départ, 14 sélectionnés.es au soir du premier tour et 7 députés.es à l’arrivée le 19 juin prochain. En clair, 92 au départ, 7 à l’arrivée. Donc 85 dépités, au final. Les législatives, c’est un peu notre « Diagonale des fous » politique en somme… Bon vote !

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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