Présidentielle 2022 : l’analyse du Parti Croire et Oser

19 min de lecture
5

Une analyse du premier tour de la présidentielle faite en début d’après-midi ce jeudi lors d’une conférence de presse à la permanence du Parti Croire et Oser (PCO) à Sainte-Suzanne. Une analyse signée Florence CHAN-TUNE et Louis LAI-KANE-CHEONG  du Front de Contestation.

A) Fin des partis institutionnels

Hier soir s’est déroulée une farce de l’Histoire quand 5 ans auparavant, on la vivait comme une tragédie : un débat du 2nd tour des présidentielles trusté par des candidats issus de partis non traditionnels, c’est-à-dire n’ayant pas gouverné la France sous la 5e République depuis 1958.

Une farce parce que l’on se raccroche à des chimères agonisantes du passé, alors que la messe a été dite depuis 2017 : les partis traditionnels et institutionnels ont trépassé et tant mieux.

Pourtant, beaucoup de choses ont changé, à commencer par la disparition des partis politiques traditionnels de la Vè République (PS, ex-RPR et ex-UMP, parti communiste).

Les partis traditionnels doivent prendre immédiatement fin, et leur reliquat être annihilé, pour la simple raison que, le 1er tour des présidentielles de 2022 a une fois de plus, été source d’un enseignement extrêmement riche.

Au niveau local, LFI marque un score historique dès le premier tour des présidentielles. La Réunion a placé en tête un parti qui n’existait quasiment pas il y a quinze ans.
Mais en réalité, la victoire de LFI est également symptomatique du mal-être politique des réunionnais, qui ne se retrouvent pas dans la vieille soupe qu’on leur sert depuis 50 ans.

Ce mal-être se manifeste aussi par le grand vainqueur de ces élections : l’abstentionnisme qui réalise 47 % des suffrages sur l’île. Nombreux sont les politiciens que nous avons vus s’en émouvoir, rajoutant qu’il faut « en tirer les conséquences ». Les mêmes constats et pourtant, rien ne change.

B) Emergence d’une contestation

Une large contestation s’est exprimée contre le Président sortant, peut-être moins en raison de sa personne qu’en raison de la fonction et du rôle qu’il incarne.

Au fond, à quoi correspond cette contestation ? A une défense idéologique, à des lignes programmatiques, ou à des réalités pragmatiques ? Quel symbolisme donner à ces votes contestataires, si ce n’est celui de l’expression d’une inadéquation des politiques publiques aux réalités concrètes vécues par les électeurs, qui plus est ultramarins ?

En effet, quatre années ont suffi pour faire monter la contestation actuelle :

  • –  En 2018, les « gilets jaunes » n’ont été que la réaction à la hausse de la pression fiscale associée au déclin de la moralité dans la vie publique, et au défaut de prise en compte de la parole populaire (référendums) ;
  • –  De 2020 à 2022, la pandémie qui s’est accompagnée de restrictions des libertés (confinement et couvre-feu successifs), de la démocratie sanitaire ;
  • –  Enfin, les pénuries de toutes sortes (alimentaires, pétrole, énergie) et inflation ont révélé les limites d’une économie de comptoir.

En réaction à cela, le vote majoritaire ultramarin en faveur des deux extrêmes, ou à l’inverse, le non-vote, n’est nullement un vote d’adhésion, mais un vote d’interpellation à l’endroit de celui ou celle qui incarnera la fonction présidentielle.

II. La réaction des politiques locales
A) De la consigne de vote au front républicain et au barrage

Face à ces réalités qui recèlent des problématiques extrêmement épineuses, que nous proposent les politiques en présence ?

D’un côté de l’extrême, une coalition de gauche et un appel à une élection au poste de Premier Ministre par les citoyens ; de l’autre côté, une exacerbation à l’absurde de certaines contestations dites populaires, et au milieu, un front dit Républicain comme si gouverner c’était partir en guerre…

En somme, la proposition, aussi disparate soit-elle, des politiques en présence, achoppe sur un point : celui de répondre à des enjeux de fond par des questions de forme. A la problématique de la bouteille d’huile à 7 euros, un front républicain composé des pires ennemis, une coalition de gauche qui renoue avec sa tradition d’union quand tous ses soldats ayant fait guerre à part se sont pris une déculottée, et une extrême-droite qui plutôt que de parler du coût de la bouteille d’huile l’utilise pour immoler son pays et son peuple.

Il ne s’agit plus de ménager la chèvre et le chou. C’est là toute l’habileté d’un politicien pour durer : sentir le sens du vent en faisant croire aux réunionnais qu’ils ont été compris….

Ca n’a aucun intérêt mais prêtons-nous au jeu quelques secondes :
1°/ Une coalition, par définition, c’est la réunion momentanée de partis et/ou de personnes dans la poursuite d’un intérêt commun.

Quel est l’intérêt commun de la coalition de gauche convoquée par LFI ? L’on nous dira que c’est, soit conformément aux déclarations de son patron, pour ne donner aucun vote à l’extrême-droite, soit pour contrebalancer le pouvoir du sortant.

Mais en réalité, quand JLM appelle à faire barrage à MLP dès le soir du 1er tour et déclare quelques jours plus tard, être prêt à gouverner aux côtés de EM, quel sens reste-t-il encore de sa coalition de gauche, si ce n’est de constituer une majorité parlementaire au soutien du gouvernement de Macron ?

En vérité, ce scénario nous avait déjà été spoilé par notre Présidente de Région : à croire que pour cette dernière, la Réunion est un plateau de Monopoly sur lequel la Présidente acquiert d’une main Matignon (accord de Matignon III) en hypothéquant le reste de l’île. Tout en soutenant le potentiel futur occupant de l’Hôtel Matignon de l’autre : le « Casse-Tex (te) » de la « gauche locale ».

2°/ Dans un autre registre, le Front Républicain contre MLP nous fait gentiment sourire si l’on redonne aux mots, leur véritable sens.

Dans la pureté des principes politiques, un front républicain en France, c’est un ralliement des forces de gauche à la droite, ou inversement, contre le front national lors d’une élection présidentielle.

Mais précisément, le ralliement se fait aujourd’hui au profit d’une force qui n’a elle-même rien de républicain puisqu’elle a expressément affirmé cinq ans plus tôt qu’elle ferait voler en éclat le clivage traditionnel gauche/droite.

Si l’on pousse le raisonnement à l’extrême, il y aurait davantage de cohérence à parler de front républicain s’il s’agissait de soutenir MLP dans la mesure où le FN devenu RN est davantage ancré dans l’histoire des Républiques au pluriel de la France, que le parti LREM créé en 2016.

3°/ Enfin, la dynamique « Tout sauf Macron », c’est encore une périphrase pour appeler à voter MLP et c’est nous semble-t-il, la stratégie la moins raisonnée.

La moins raisonnée dans le sens où l’on raisonne clairement en termes d’individu et non en termes de partis, de programmes, d’idées et de vision.

Il est légitime d’accuser le sortant de tous les maux et de vouloir le sanctionner en conséquence, mais cela ne peut se faire en le remplaçant par le premier illuminé venu.

Cette solution allant de la consigne de vote à la coalition en passant par le barrage, n’est pourtant pas la solution pour l’avenir de l’île et des réunionnais, lesquels expriment par leur vote ou leur abstention leur mécontentement des pratiques de ces professionnels de la politique. L’avenir de l’île n’est pas de servir une auge pleine de victuailles à des familles politiques indéboulonnables – héritiers de père en fils ou de père en fille – qui ne cherchent qu’à s’enrichir de la politique.

B) La réaction et position du PCO

1) Le non-alignement par l’instrument du front de contestation

Voilà en résumé, les grandes tendances de ce 2e tour du côté des politiques. Et vous voulez que l’on se positionne dans cette vision étriquée quand l’ADN du PCO, de sa prénaissance à aujourd’hui, l’a toujours mis sur le front des contestations ?

Et que l’on comprenne bien, contestation ici ne signifie pas nécessairement mécontentement à l’endroit d’une ou de plusieurs personnalités individuelles, mais bien d’une contestation plus globale quand les politiques publiques méprisent le quotidien de nos gramoun dont la maigre retraite les prive aujourd’hui de tout, après une vie active ponctuée de privations et de sacrifices ; méprisent le quotidien de nos actifs qui misent sur un avenir incertain et ne perçoivent que de quoi s’acquitter des charges nécessaires pour continuer à travailler le lendemain ; méprisent le quotidien de nos chercheurs d’emploi entretenus dans un espace de perte continuelle de leur dignité ; méprisent le quotidien de nos jeunes bercés à la fois par l’idéal d’une méritocratie à deux vitesses et par la moralisation et le paternalisme d’une France qui ne s’est pas oubliée sur ce point ; méprisent le quotidien de nos entrepreneurs qui peinent à trouver leur place dans une hypocrisie prônant la concurrence tous azimuts mais privilégiant les monopoles et oligopoles à même de fermer la porte aux nouveaux entrants.

C’est une contestation encore d’un climat et d’une ambiance délétères, contestation d’une dictature sanitaire, d’une privation des libertés fondamentales, d’un engrenage inquiétant vers un conflit armé, et de la politique de la matraque en lieu et place de celle de la discussion.

En somme, la contestation ici, c’est un sentiment, une inclination, une dynamique que nous avons inscrite dans le génome du PCO et qui irrigue toutes nos positions, nos interventions et nos combats.

C’est à ce titre que, nous identifions pleinement qu’au soir du 1er tour des présidentielles, il n’y a pas eu d’autre vainqueur que la contestation exprimée hors des urnes et dans les urnes.

Et ce qui nous inquiète, c’est qu’aucun politique local soit à même de l’identifier et de comprendre pour proposer un espace où cette contestation puisse s’exprimer sainement.

2) La substance du front de contestation : le discours de l’insularité

Les réunionnais veulent porter leur île au-delà des clivages et intérêts politiques des élus, en prenant notamment en compte son insularité et les problématiques importantes qu!il convient de solutionner rapidement.

Premièrement, nous ne pouvons blâmer les politiques locaux car leur appareil politique est dépassé pour s’adapter à cette réalité complexe et c’est la raison pour laquelle, le PCO a été pensé avec une extrême modernité dès sa création et que par conséquent, seul le PCO est en mesure de porter le front de contestation.

Deuxièmement, ce front de contestation doit être le lieu d’avènement du discours de l’insularité, parce que c’est inexorablement notre avenir et la condition de notre affirmation au monde.

Il est urgent de repenser l’insularité au-delà des constatations de comptoir selon lesquelles l’île est petite, elle ne produit pas grand- chose, et elle est affublée de tous les maux.

A l’évidence qu’il faut en finir avec ces travers induits par l’insularité, à commencer par l’économie artificielle de l’import et de la substitution, par le verrou économique des monopoles qui rongent les fonds publics à leur profit, par les pouvoirs publics qui sont à la botte de ces monopoles agissant en bande organisée, par la réappropriation intellectuelle et physique du foncier qui ne demande qu’à être valorisé et non hypothéqué au profit de projets démagogiques, par le positionnement de l’île dans son bassin économique en dehors des organisations existantes telles que la COI inachevée, incomplète et stérile, et par la construction en un mot comme en cent, d’un discours solide de l’insularité.

Parce que notre vision est insulaire, nos modes de vie le sont, nos destins le seront et nous n’avons pas à en rougir, au contraire, nous devons l’intégrer et le marteler par l’intermédiaire de nos politiques locaux, à la face de Paris qui a, logiquement, une pensée continentale.

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

5 Commentaires

  1. Trop bien parlé, bravo
    Un peu de changement donnera un peu de souffle aux peuples.
    Dans cette politique on constate bien : haine, critique, humiliation, division
    domination, …etc…
    Voyons plus loin et plus large dans nos votes ce dimanche. Après il sera trop tard. Aucune manifestation sera permis si réélu et on aura pour 5 ou 6 ans ou 7 ans à subir.

  2. stop stop et stop le système d’organisation des referendums doit changer en France, tout est organisé ils ont fabriqué des règles sur les nombres de signatures et des frais, celle ou celui qui est en place comme il a fabriqué ces règles restera éternellement au pouvoir ont en a marre! à CHAQUE élection ou il faut choisir entre la peste et le cholera, pour ne pas que l’autre soit président à nous citoyen Français de retourner notre veste c’est injuste VOTONS BLANC….

  3. bravo. le clan MIX s’est comme le clan Virapoullé mais sans aucun mandat.
    c’est tout simplement ridicule.des grands donneurs de leçons qui vaut rien sur la scène politique .
    Florence enfui toi tant qu’il est encore temps….si tu as des doutes …prends contacte avec les Julie, Vanessa et tout dernièrement Anaïs ….

  4. Bonjour, mon choix aussi et fait ,changer de candidat uniquement pour changer, je préfère mille fois Macron, que avec Le Pen,les chars (si il en restera) seront pas loin de Paris ,mais avant ils auront conqui l’Afrique

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Article précédent

Comme son parti le PS, Ericka Bareigts appelle « à voter Emmanuel Macron »

Article suivant

Philippe Rangama (Le PEUP) : « le 24 avril prenons la voie de la fraternité des peuples »

Free Dom