Saint-Pierre : Virginie Gobalou tire les enseignements des municipales

“Des municipales qui posent questions” : c’est le titre de sa tribune. Virginie Gobalou Erambranpoullé est conseillère municipale de l’opposition à Saint-Pierre et conseillère régionale de l’opposition.

“La fièvre du second tour des Municipales est retombée, place donc aux nouvelles instances. Mais, l’heure est aussi au bilan, celui d’une démocratie toujours malmenée, pas assez valorisée, et, désespérément en manque d’attractivité comme en témoigne un taux record d’abstention. Nous sommes un pays de contestataires qui a oublié que le premier droit de contestation s’incarnait dans le « droit de vote ». Nous sommes un pays pris par la passion politique tandis que l’engagement citoyen dans le processus électoral demeure le plus en retrait. Nous pourrions en dire beaucoup sur cette tendance lourde à l’essoufflement démocratique, mais il nous faut travailler à enrayer ce phénomène désastreux sur le long terme, car ce désintérêt flagrant et grandissant pourrait caractériser les nouvelles générations qui ne se reconnaissent plus dans une certaine façon de faire la politique.

Ces Municipales nous ont donc révélé trois enseignements précieux. Au premier rang desquels figure une abstention sans précédent, laquelle fait état d’un déficit démocratique béant, mais plus encore que cela, d’un affaiblissement de nos élus dans leur capacité à mener en toute légitimité des projets d’avenir tout comme celui de construire une action publique de proximité sans esprit de clientélisme. Le désintérêt des jeunes s’explique certainement par l’incapacité des élu(e)s que nous sommes à créer les conditions favorables de leur insertion durable sur le marché du travail, car la formation n’est pas à la hauteur des enjeux et ne permet pas à cette jeunesse de s’inscrire dans un parcours professionnel. Certes, la formation ne relève pas du champ de compétences des Mairies, mais la part, des Municipalités, aidées des Intercommunalités, en la matière, réside bel et bien dans leur capacité à rendre attractifs leurs territoires. De même, il nous faudra peut être envisagé la généralisation du vote électronique (quitte à abandonner le vote par procuration source de protestation), parce qu’il nous faut intéresser les jeunes en allant les chercher sur le net là où ils ont leurs habitudes. Il en va aussi de la mobilisation précoce de nos jeunes sur des questions sociétales afin de les associer en amont des décisions impactantes, de prendre en considération leurs avis, remarques et suggestions, de les mettre en lumière en faisant d’eux des acteurs de leur quotidien, tout en les familiarisant au plus tôt avec les enjeux politiques de leur temps. Par ailleurs, la démocratie participative doit prendre une part plus active, dans la perspective de l’émancipation citoyenne. Enfin, il convient de mieux répartir les mandats afin que les responsabilités soient mieux exercées cela éviterait également « la politique de la chaise vide ».

Au second rang des changements notables enregistrés lors de ces dernières Municipales, il va sans dire, que j’accueille, avec enthousiasme, le fait que la place des femmes, en politique, s’est élargie et s’est également rajeunie parfois dans des communes jugées difficilement prenables comme St Louis , d’autres fois là où le jeu des alliances opportunes – car fondées sur le seul intérêt de la conservation du pouvoir comme à Saint-Paul – a été mis en échec, de même pour ce qui est de la Possession où les électeurs ont exprimé leur satisfaction de la politique menée jusqu’à présent sur leur territoire, d’autres fois encore sur un Chef-lieu où la multiplication des soutiens n’aura finalement pas suffi à mettre en difficulté une ex-Ministre des Outre Mer. Félicitations à elles donc, à toutes ces personnalités qui ont remporté de belles victoires. D’autres tentatives n’ont pas abouti, mais le potentiel est là, l’espoir est permis, le changement doit apporter une vision moins machiste de la vie politique. Cette féminisation est aussi le signal fort que les électeurs refusent les sempiternelles alternances de couleur politique dont le maillot est toujours endossé par les mêmes personnes jouant les épisodes d’un combat insupportable car insipide. Non seulement, le féminin renouvelle la politique en profondeur, mais il démontre sa capacité à faire le consensus, à procurer du sens et à se rendre audible à l’endroit d’un électorat désabusé par des promesses quasiment impossibles à tenir. La politique a besoin d’être redynamisée, pas seulement d’être marketée. Et les bras qui la mettent en œuvre et les esprits qui réinventent, sans cesse, sa partition se doivent de redonner confiance aux administrés dans la capacité à mener à bien, en toute humilité, des projets sur un mandat. Aux questions cruciales de la gouvernance et des modes de participation active ou d’implication positive des citoyens, des réponses claires et concrètes doivent y être apportées, sans délai, par les acteurs(actrices) politiques que nous sommes. Rien ne se fera plus comme avant certes, mais la « vie publique » a tant besoin de renouvellement, d’audace, de courage et de ténacité pour faire réussir le territoire réunionnais, un territoire plus conscient de ses richesses, un territoire au service de l’épanouissement de sa population, un territoire qui permet à chacun de redevenir maître de son destin en étant artisan de son propre succès.

Dans cette bataille, l’écologie est un impératif et, si le confinement a aidé à une chose essentielle, c’est bien à celle de revisiter notre rapport au monde dans ses extravagances et notre rapport aux autres dans nos frustrations et nos égoïsmes, soient autant de prédispositions qui compromettent un futur viable pour la planète et vivable pour les nouvelles générations. L’écologie est donc le troisième enseignement de ce scrutin, autour duquel va nécessairement se reconstruire le paysage politique et ses contours. Si l’écologie a réussi ici et ailleurs sur tout le territoire hexagonal, c’est bien parce qu’à la faveur du confinement, nous avons été amenés à repenser nos comportements, à revisiter nos habitudes, à être plus attentif à ce que nous consommons, à mieux comprendre que par nos achats locaux nous contribuons à entretenir la dynamique locale de l’emploi, à nous débrouiller – au jour le jour – en ayant mis fin au superflu. Si l’électorat a distingué les candidats qui arboraient les valeurs de l’écologie, c’est aussi et surtout qu’il a compris qu’on ne pouvait plus faire l’impasse sur les questions essentielles de nos façons d’être et d’agir. Si l’écologie gagne du terrain, il faut s’en réjouir parce que faire de la politique en responsabilité, c’est contribuer à l’édification d’un monde qui ne compromet pas celui d’après. Le paysage politique du futur va impérativement se reconstruire entre ceux qui restent nourris par le passé et qui prospèrent sur les rancœurs d’une part, et, ceux, d’autre part, qui s’activent à rendre possible un futur où la logique de profit ne se traduira pas par la faillite des hommes. Le futur de la politique ne fera plus de part belle à ceux et celles qui convoitent des postes juste par appétit démesuré pour le pouvoir, par pur égocentrisme ou par volonté dynastique. Le futur doit s’écrire à l’encre d’idées nouvelles et avec l’énergie d’une jeunesse qui a la capacité de prendre des responsabilités mais qui en est empêchée ou éloignée par des comportements qui tendent à s’accaparer le monopole de l’action publique. C’est ainsi que la légitimité ne sera plus acquise pour toujours et la confiance devra se gagner chaque jour. C’est à nous de construire, par principe écologique, les solutions locales qui nous conviennent le mieux même s’il ne nous est point interdit de s’inspirer de ce qui fait ailleurs tout comme il nous incombe de faire réussir chacun à son échelle sans nous emprisonner dans une vision lénifiante ou culpabilisante, sans – non plus – empoisonner notre jeunesse en faisant preuve d’immobilisme et d’infantilisation à son égard. La politique a, plus que jamais, besoin de détermination, comme nous l’a si justement dit le Mahatma Ghandi, selon lequel « la différence entre le possible et l’impossible se trouve dans la détermination ».

Virginie GOBALOU ERAMBRANPOULLE

 

 

 

 

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LapMilitant et embauchéBoxeurDisakifo Recent comment authors
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Disakifo
Invité
Disakifo

Arrêtez de raconter les sempiternelles balivernes de formation , d’ insertion ou de parcours professionnels quand vous savez que presque la totalité des places dans les différentes collectivités ,mairies , département , région , intercommunalités tels CINOR , CIVIS , CIREST ou encore CASUD , toutes associations para municipales , est occupée par des emplois pistonnés par les élus de tous bords . Les emplois sont partagés et réservés aux élus même retraités, aux familles des élus , aux militants colleurs d’affiches et leurs familles et vite fait on devient fonctionnaires par la volonté de l’élu . L’élu embauche qui… Lire la suite »

Boxeur
Invité
Boxeur

Moin en temps que militants mr fontaine les pa menteur cet ou di ,mai a vien en 2026,et pour cet i abstentionniste au conseil municipal la honte déçu zot

Militant et embauché
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Militant et embauché

C’est exactement le profil , le niveau , les compétences , les qualifications recherchés pour occuper les places dans les collectivités .

Lap
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Lap

L écologie oui fait beaucoup d échos. Mais on ne voit jamais ou presque la liste des mesures petites ou grandes à prendre. Des propositions tous azimuts dans une boîte à idées font défaut. Des dispositions à prendre qui ne seraient pas de type punitif pourraient avoir priorité sans contrarier les plus nombreux. Chaque écolier et chaque citoyen pourrait planter un arbre tous les ans à la Sainte Catherine. Etc