St-André : il détruit le mur de son voisin « pour réparer une injustice » dont il se dit victime

6 min de lecture
42

« Madame , Monsieur ,

Depuis une quinzaine d’années, nous sommes confrontés à une injustice sur le plan de bornage. Malgré les preuves et les actes authentiques, la justice refuse d’apporter une réponse et d’accorder réparation à cette injustice. Donc, compte  tenu que les voisins ne peuvent pas apporter la preuve de l’empiètement, mon épouse et moi-même, avons décidé d’enlever le mur qui a fermé notre entrée principale. Depuis plus de 30 ans de vie à cet endroit, notre chemin d’accès a été fermé. Devant cette injustice qui enclave notre entrée de maison, de gros moyens seront utilisés ce samedi matin à partir de 7 heures pour rétablir l’accès à mon domicile. Je vous informe que mon état de santé ne me permet plus de laisser mon véhicule très loin de mon domicile. À ce sujet, nous avons l’honneur d’inviter toute la presse afin de relater toutes ces injustices dans un pays de droit….je refuse en ma qualité de citoyen responsable de subir encore longtemps un tel mépris de la part des voisins et de la justice de notre pays… ».

Une partie du mur des Pothin a été démolie par le tractopelle loué par la famille Sinacouty. Cette dernière estime que le mur des Pothin empiète sur leur propriété. (Crédit Photos : Yves Mont-Rouge)

C’est la lettre que nous avons reçue vendredi dernier dans notre messagerie (Messenger) sur Facebook. Cette lettre est manifestement écrite par le propriétaire d’une maison située au 912, chemin « Quatre Vingt » à Rivière-du-Mât-les-Bas à Saint-André. Selon lui,  sa maison est « enclavée » par un mur que ses voisins ont « injustement construit » et qui a pour conséquence de l’empêcher d’accéder à son domicile avec sa voiture, qu’il est contraint, depuis 3 ans, de laisser sur le bord de la route, loin de sa résidence. Le propriétaire des lieux, celui qui écrit la lettre, s’appelle Antonin Sinacouty, 76 ans, père de trois enfants et grand-père. Il a travaillé toute sa vie comme agriculteur. Il est ancien juge des baux ruraux.

Pour pouvoir accéder à son domicile avec sa voiture – ce qu’il ne pouvait plus faire depuis environ 3 ans – Antonin Sinacouty a détruit le mur de son voisin.

Il explique avoir déjà fait une AVC avec toute cette histoire de bornage qui, selon lui, n’aurait pas été fait dans les règles de l’art par l’expert géomètre désigné par le tribunal de Saint-Denis. Antonin Sinacouty et ses enfants sont convaincus que la justice « s’est basée sur un faux » pour délibérer suite aux différents procès ayant eu lieu dans le cadre de cette affaire. Toujours selon Monsieur Sinacouty et sa famille, les voisins (les Pothin) ont construit un mur « en empiétant considérablement » sur la voie d’accès à notre domicile ». Il explique encore : « l’expert a supprimé deux parcelles à notre détriment. Ce qui fait que depuis 3 ans, je suis obligé de laisser ma voiture sur la route. Ce qui n’est pas du tout pratique. Quand on fait nos courses, nous sommes obligés de tout transporter à la main mon épouse et moi. Nous avons déjà un certain âge tous les deux. Ça ne peut plus durer ainsi ».

« Ce mur n’a pas été monté sur un coup de tête; Tout a été fait conformément aux décisions de justice qui ont été rendues au terme de 13 années de procès », souligne la famille Pothin

Aussi, samedi dernier (30 avril 2022), un peu avant 6 heures du matin, estimant que « la justice est injuste » et « qu’elle n’a pas correctement fait son travail », Antonin Sinacouty, qui en a ras-le-bol de cette situation, a, comme il a prévenu par écrit dans sa lettre ci-dessus, employé « de gros moyens » pour « réparer cette injustice ». Il a loué un tractopelle avec chauffeur et a fait démolir une grande partie du mur de la famille Pothin, le fameux mur de la discorde entre ces deux familles de la Rivière-du-Mât-les-Bas qui s’entendaient pourtant bien il y a quelques années de cela.

Antonin Sinacouty explique qu’il a déjà dépensé plus de 60 000 euros en frais d’avocats et de justice dans ce dossier mais que, jusqu’à présent, il n’a toujours pas été entendu et, surtout, il n’a toujours pas obtenu gain de cause.

Samedi matin, la famille Pothin a assisté impuissante à la destruction de son mur. Une des filles présente accompagnée d’une connaissance ont tenté à un moment donné d’intervenir notamment lorsque des policiers (Police nationale) sont venus sur les lieux. Le ton est quelque peu monté. « La police a considéré cela comme une agression verbale de notre part », signale un des membres de la famille Pothin. Les époux Pothin, qui sont relativement âgés, ont quant à eux consulté aussitôt un médecin car se disant « choqués » de « voir quelqu’un se faire justice par lui même, en 2022, avec la bénédiction de la police nationale ». L’un des enfants POthin raconte :  » lorsqu’on a crié notre mécontentement par rapport à ce qui se passait, la police nous a pris pour des agresseurs, protégeant ainsi la famille d’en face qui est venue avec son tractopelle défoncer le mur de nos parents ».

La famille Pothin devrait déposer plainte prochainement pour dégradation du bien d’autrui. Sa cour est aujourd’hui ouverte sur la voie publique depuis la démolition du mur par la famille Sinacouty. « Si quelqu’un entre dans la cour et se noie dans la piscine, ce sera la faute à qui ? », s’interroge la famille Pothin.

La famille Pothin devrait déposer plainte pour dégradation du bien d’autrui. Elle a tout filmé samedi matin. Elle avoue ne pas comprendre ce qui se passe « d’autant que dans cette affaire de bornage, il y a eu plusieurs experts géomètres et au moins trois décisions de justice : celle du tribunal d’instance de Saint-Denis, de la cour d’appel et même de la Cour de Cassation. C’est une affaire qui dure depuis au moins 13 ans. Les trois décisions de justice ont toujours donné tort à la famille Sinacouty. On ne peut pas se faire justice par soi-même en France. C’est grave ce qui s’est passé ce samedi matin. Nos parents sont encore sous le choc». Du côté de la famille Pothin, on explique que « ce mur a été érigé suite à la dernière décision de justice. Nous avons attendu avant de le construire. Nous ne l’avons pas fait sur un coup de tête et encore moins en passant outre la loi. Le problème, c’est que Mr Sinacouty s’élève contre les décisions de justice et, aujourd’hui, il s’en prend à nous parce qu’il n’a pas obtenu gain de cause auprès de la justice. Nous avons essayé de régler les choses à l’amiable au tout début, mais la famille Sinacouty ne veut rien entendre. Régulièrement, on trouve des morceaux de citron dans notre piscine, sans compter des trucs enterrés dans notre cour. La famille Sinacouty se dit enclavée et, pour cela, elle veut absolument prendre sur notre terrain pour agrandir la voie d’accès à son domicile, alors qu’il lui suffirait de prendre quelques dizaine de mètres carrés sur sa propriété ».

Antonin Sinacouty estime que « la justice s’est trompée en s’appuyant sur un faux bornage présenté par l’expert géomètre ». La famille Sinacouty a d’ailleurs déposé plainte contre l’expert géomètre.

Du côté de la famille Sinacouty, on explique « que la destruction de ce mur a été faite volontairement pour interpeller la justice et pour que le dossier soit rejugé sur le fond ». La famille Sinacouty veut qu’on lui rend les deux parcelles cadastrées « AY 77 » et « AY 78 » que « l’expert géomètre a supprimés arbitrairement » au profit de ses deux voisins.

Une affaire que seule la justice pourra trancher si tant est qu’elle décide de rouvrir le dossier pour lequel il y a déjà eu trois jugements. Mais en attendant, tout laisse à penser que si ce dossier n’est pas traité à l’amiable entre les deux familles et que si la famille a réellement déposé plainte suite à la démolition survenue, samedi matin, celui qui a pris la décision de détruire le mur va sans doute devoir rendre des comptes prochainement devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis. Une affaire qui risque cette fois d’aller au pénal. A suivre !

Y.M.

([email protected])

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

0 0 votes
Note de l'article
S'inscrire
Me notifier des
42 Commentaires
plus de votes
plus récents plus anciens
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Article précédent

Il sabre son voisin suite à une querelle amoureuse et se retrouve au tribunal

Article suivant

L’Europe à l’honneur tout le mois de mai

Free Dom