Tribune de Christian ANNETTE concernant la Plaine de Gillot

dans Courriers des lecteurs

De la Vallée de l’Innovation à l’Espace Économique Roger Payet : la fin d’une ambition. Faut-il abandonner notre foncier économique aux intérêts financiers privés ?

I/ De quoi s’agit-il ?
Par délibération du conseil municipal du 23 août 2019, 55 hectares de terre agricole appartenant à Roger Payet, destinée initialement à la réalisation d’une vaste zone d’activités économiques portée par la puissance publique, ont été déclassés au profit d’une société privée OPALE.

Cela provoque commentaires et interrogations qui méritent des explications. Je souhaite donc apporter mon humble contribution au débat, car cela vaut débat.

Quelques rappels chronologiques pour mieux comprendre la situation.

1995 : le Schéma d’Aménagement Régional (SAR), sous la conduite de Paul Vergès planifie la réalisation d’une vaste zone d’activités économiques de 90 hectares dans la Plaine de Gillot.
2011 : le nouveau SAR, sous la conduite de Didier Robert et de Jean-Louis Lagourgue (1er vice-président) réduit cette zone d’activités à 70 hectares, mais elle constitue toujours un levier de développement majeur : « un pôle d’activités à vocation régionale et mondiale ».
2011 : « Le développement de la Zone de la Plaine de Gillot » fait l’objet d’une étude de la CINOR qui définit les objectifs, les enjeux, le portage du foncier et le calendrier. Le président est alors Jean-Louis Lagourgue et cette étude restera dans les tiroirs.
2013 : Le Schéma de Cohérence Territoriale (document de planification de la CINOR) consacre la Vallée de l’Innovation : « un pôle moteur pour l’ensemble du développement économique de la CINOR » ; avec la création de 4000 emplois directs, hautement qualifiés, tournés vers la recherche, les biotechnologies, les services à l’export aérien etc..
2014 : Face à l’immobilisme des élus, le préfet s’empare du dossier et conduit les « Ateliers du Territoire » autour des maires, élus des 3 communes et acteurs publics et privés du développement. L’ambition est clairement affichée, cette zone est confirmée d’intérêt régional : « l’aéroport doit constituer un pivot sur lequel le territoire doit pouvoir refonder son développement économique… Tête de pont et vitrine économique à destination du marché potentiel Océan Indien ».  Et depuis, plus rien !
2019 : adieu à la Vallée de l’Innovation ; bonjour à l’Espace Économique Roger Payet, avec ses bureaux et logements.

II/ Les Causes d’une telle faillite de la puissance publique ?
Soulignons tout d’abord le rôle déterminant de Jean-Louis Lagourgue, maire de Sainte-Marie depuis une trentaine d’années, plusieurs fois président de la CINOR, 1 er vice-président de la Région depuis 2010, il détenait donc toutes les clés pour assurer la maîtrise du foncier. Mais il a plutôt tout fait pour préserver les intérêts financiers de ses propres cousins ( familles Lagourgue et Roger Payet) qui se trouvaient être les propriétaires du foncier. En 1999, il avait déjà déclassé 9 hectares pour son oncle Pierre Lagourgue qui les avaient vendus 48 millions de francs au groupe Bourbon soit plus de 500 frs le m2 de terre agricole.

Il était donc farouchement opposé à ce projet de zone d’activités économiques porté par la CINOR, car il estimait sans doute que ses cousins seraient spoliés ; à 2 euros environ du m2, le gain n’est pas jugé suffisant.

L’argument peut être entendu, mais il n’est pas question de spolier les propriétaires. Une solution de compromis aurait pu être envisagée  en laissant quelques hectares à déclasser aux propriétaires pour une opération immobilière qui aurait rapporté quelques dizaines de millions d’euros et la Vallée de l’Innovation serait depuis réalité.

Ils ont préféré maximiser le profit. On peut le comprendre de la part des privés, Payet ou du groupe Opale, mais pourquoi les élus ne défendent-ils pas l’intérêt général, le projet porté par la puissance publique qui n’est pas à la recherche du profit, mais du développement économique et des emplois à créer en nombre suffisant  ? Ces mêmes élus qui sont unanimes pour s’apitoyer à la télévision sur les 139 000 chômeurs de catégorie A.

Personne n’est dupe. Chacun sait que l’intérêt du groupe Opale, c’est le profit et non la création d’emplois. Bien sûr, il y aura des emplois pour donner le change, mais les logements c’est tellement plus rentable.

La démission des élus de la CINOR porte une réelle responsabilité dans ce gâchis.
Nul ne prétend que la partie était facile, il fallait maîtriser le foncier malgré les réticences du maire. Mais n’avoir même pas essayé, n’avoir même pas provoqué le débat ! Avoir capitulé avant même d’avoir engagé le combat. Sans doute pour ne pas perdre de temps, l’efficacité politique pour certains, l’absence de la volonté politique pour d’autres. Allez donc expliquer cela aux chômeurs ! Les élus ont brillé par leur démission.

Au pire ils se sont tus ; au mieux ils ont tenu des propos inconsidérés. Ils avaient tous un bon prétexte pour ne rien entreprendre. Pour l’un, s’agissait-il de préserver son poste de président et pour les autres d’être agréables au président ? La question reste posée. M Gérald Maillot, président de la CINOR, en charge du développement économique et de la création des zones d’activités déclarait en substance : « Si le privé sait faire mieux que les collectivités, pourquoi s’en priver ». Curieux pour un homme qui est à la tête d’une institution publique dont la création des zones d’activités est justement la mission. Quel aveu !

M Richard Nirlo, maire de Sainte-Marie qui sert les intérêts de celui qui l’a mis en place, répète sans grande conviction qu’aucune collectivité publique ne pourrait porter un tel projet. Vous imaginez, une zone d’activités de 70 hectares avec la création de 4000 emplois directs potentiels. Trop fort pour la CINOR !

J’invite l’un et l’autre à prendre rendez-vous avec M Joseph Sinimalé qui se fera un plaisir de leur expliquer comment le TCO porte le projet d’Ecocité qui est d’une toute autre dimension avec notamment 5000 hectares à aménager, 38 000 logements et 35 000 emplois à la clé; et 2 milliards d’investissements publics.

Par ailleurs, il faut tordre le cou aux mensonges, car comme vous le constatez pour l’Ecocité de Cambaie, déclarer que le public est incapable de porter le projet de la Vallée de l’innovation est une hérésie. La loi NOTRe qui ne date que de 2017 donne pleins pouvoirs aux intercommunalités pour créer et gérer les zones d’activités. C’est même devenu une compétence exclusive des intercommunalités car ce qui fait le succès de ce genre de projet, c’est la part de ressources gratuites allouées à l’opération.

Pour le projet de la Vallée de l’Innovation porté par la CINOR, les aides de l’Europe et l’État seraient attribuées à la collectivité créant la zone d’activités, à l’aménageur, à l’exploitant ainsi qu’aux entreprises s’installant sur la zone. Chacun peut donc comprendre que la part élevée de ces aises aura une forte incidence sur le prix de cession des terrains aux entreprises, le niveau des loyers réclamés aux locataires par l’exploitant ou encore le niveau des charges d’exploitation.

A contrario, l’opérateur privé ne disposant pas de ces aides publiques devra équilibrer son opération sur le prix des cessions et des loyers pour les entreprises et assurer ses profits au moyen de la vente de parcelles privées. Opale pourrait sans trop de difficultés séduire les quelques élus de la région, de la Cinor et de la commune pour modifier les SAR, SCOT et PLU à son profit et créer encore plus de logements à la place des activités ; or c’était bien là le but de cette Vallée de l’Innovation.

III/ Conséquences de ce gâchis ?

Le prix du loyer produit par Opale sera très élevé donc réservé aux entreprises déjà bien implantées dans le tissu économique de La Réunion ou à quelques enseignes commerciales. Les chefs d’entreprises et artisans Sainte-Mariens en seront donc exclus.

Ils n’auront pas d’accès au foncier économique de leur propre territoire.

Concernant les logements ce sera identique, on peut dire que dans 4 ou 5 ans le m2 constructible et aménagé dans la plaine de Gillot atteindra 600 euros. Rares sont les Sainte-Mariens qui pourront prétendre y habiter.

En outre, par le choix de l’opérateur privé et sans pilotage public, cette zone se développera au gré des opportunités sans réelle cohérence ni visibilité. Toutes nos ambitions en matière de recherche, privée ou universitaire, toute la production de biens ou de services à haute valeur ajoutée, ou à destination de l’export ;
tout cela serait sacrifié sur l’autel des profits financiers.

Il en sera fini de ce qui pourrait devenir la vitrine économique de La Réunion à proximité immédiate de l’aéroport.

Je conclurai en insistant sur le fait qu’en matière d’aménagement, tous les choix du présent ont un impact quasi définitif sur le territoire, nous ne pourrons plus revenir en arrière et tout le foncier de cette zone qui aura été cédé au logement au nom de la rentabilité nous fera cruellement défaut. Dans 10 ou 20 ans, quand nous serons 1 million d’habitants, que l’emploi sera encore plus rare, que le départ sera le seul recours alors nos enfants ou petits enfants nous demanderons probablement de rendre des comptes.

Christian ANNETTE – Conseiller municipal de Sainte-Marie.

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Zot valé l'autre côté la mer,Zilé zaune vert mauveGésuéNou subi mêmeANONYME Recent comment authors
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lol
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Annette frère PS fait l’éloge de Sinimalé

Nou subi même
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Nou subi même

Décidément ou la rien compris….

RE Lol
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RE Lol

Le seul a croire que Sainte Marie y ve de li… Sainte Marie priez pour lui

Ouioui
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Ouioui

Ben Ste Marie y préféré a li que Nirlo!!!

Gésué
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Gésué

Euh….. Non.non…. les saintes mariens ont très bien compris qu’ils ont été berner depuis belle lurette.!

Joseph
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Joseph

Les 3/4 de la zone aéroportuaire, là où se trouvent les transitaires, n’est pas occupée, c’est la savane à beaucoup d’endroits.
Pourquoi aller bétonner ailleurs, alors qu’il y a toute cette place libre et prévue pour ?

ANONYME
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ANONYME

Au moins un ELU de cette commune a su donner les explications sur ce dossier. Bravo monsieur..

Zilé zaune vert mauve
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Zilé zaune vert mauve

Enkor in foi, Merci Christian Annette pou batay pou nou, le pti peup oublié ‘”””

Zot valé l'autre côté la mer,
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Zot valé l'autre côté la mer,

Bravo Christian pour l’information, tout est dis ! Cette zot encêt la pas défriche sainte Marie, où va trouve zote causé en foutant ?