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Tribune de J.-J. Blake : « régionales, le retour de la politique politicienne »

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Il y a deux ans, les maires réunionnais, interpelés et secoués par les Gilets Jaunes, juraient leurs grands dieux qu’ils allaient changer, que plus jamais ils ne courraient après les mandats, qu’ils voyageraient désormais en classe économique et feraient participer les citoyens à l’action publique. Hélas, ces sentiments vertueux n’ont pas tenu longtemps.

On remarquera d’abord que ce ne sont quasiment que des maires fraîchement élus qui se précipitent pour se déclarer candidat à la présidence de la Région. De Saint-Joseph à Saint-Paul, en passant par Sainte-Rose, Saint-Denis, La Possession ou Le Port, ces dames et messieurs ont déjà oublié les promesses faites à leurs électeurs de se consacrer pendant six ans à leur commune. 

Les anciens se souviennent que Paul Vergès avait l’habitude de fustiger ces maires qui frétillent dès qu’approche un nouveau scrutin. On sait aussi qu’il avait lui-même refusé, en 2010, de prendre des maires de son propre parti qui insistaient pour être éligibles sur sa liste. Il avait refusé et l’a d’ailleurs payé au prix fort, puisque deux d’entre eux s’abstiendront de faire campagne pour lui, l’une d’elle allant même jusqu’à dénoncer publiquement, lors de l’entre deux tours, sa fusion avec  André Thien Ah-Koon.

En 2015, Didier Robert enclenche ce processus de « municipalisation » des régionales et  gagnera les élections grâce à sa « collection » de maires, huit au total dont sept en position éligible.

Les deux dames de la gauche ont visiblement décidé d’utiliser la même méthode que leur adversaire, c’est à celle qui exhibera la plus belle brochette de maires : Mme Bello, maire de Saint-Paul  est déjà assurée du soutien des maires de Saint-André et de Cilaos pendant que Mme Bareigts peut se targuer d’avoir avec elle, les maires de Sainte Suzanne et Saint-Benoit. Si on résume, il y aura à gauche six maires candidats têtes de liste et quatre maires embrigadés. Il reste donc encore quatorze maires à placer. Gageons que Didier Robert saura trouver les « arguments » pour les convaincre.

Tout cela est légal mais cela sert-il les intérêts de La Réunion ? Que va-t-il se passer si demain, une dizaine de maires se retrouvent Vice-Présidents de région ? Comment pourront-ils cumuler leurs fonctions régionales avec celle de maire en sachant qu’ils sont aussi Présidents ou Vice-présidents de collectivités territoriales. On en a une petite idée en écoutant les arguments du maire de Saint-Benoit qui rallie la maire de Saint-Denis. Il affirme que celle-ci, si elle est élue présidente de région, prendra en compte la région Est et notamment les intérêts de sa commune. Si c’est le maire de Saint-Joseph qui devient président, on sait quelle commune sera privilégiée, si les maires de Saint-André, Saint-Pierre et Étang Salé rallient l’actuel président de région, on sait que le territoire de la CIVIS  trouvera son intérêt à la réélection de celui-ci.

Ce sera la première fois qu’il y aura à La Réunion autant de maires candidats à une élection régionale. Le risque est grand de voir les défis majeurs auxquels est confrontés notre île, sacrifiés sur l’autel des querelles de clochers.

 

J.-J. Blake dit Cincinnatus

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