Tribune : Relance économique et décret modifiant les conditions d’accès à la commande publique pour les PME

Quand le doigt montre la lune l’idiot regarde le doigt !
L’impasse prévisible de l’achèvement ou de l’inachèvement de la Nouvelle Route du Littoral signe les
limites du modèle réunionnais de développement par « Les grands chantiers » tout autant que les
bienfaits supposés d’une « économie du ruissellement » dans notre économie insulaire.
Cette théorie économique qui a alimenté les orientations régionales et qui supposait que la
commande publique via ce « Grands Chantier » qui favorise les grandes entreprises nationales
permettrait d’alimenter l’économie locale et favoriser notre développement économique nous
conduit dans l’impasse.
D’abord parce qu’elle suppose une capacité à conduire ces grands chantiers qui fait clairement
défaut aujourd’hui et va coûter cher aux générations réunionnaises futures (surcoûts liés à l’absence
de matériaux pour le chantier, retards, frais juridiques etc.). Ensuite parce qu’elle place notre
territoire dans une situation de subordination économique à l’intérêts de multinationales, laissant
une maigre place aux sous-traitants locaux, accordant une majorité de l’investissement public au
bénéfice d’entreprises dont le capital et la responsabilité sociale (voire environnementale) ne se situe
pas ici à La Réunion.
Notre tissu économique compte 98% de TPE et de PME et ce sont ces entreprises qui constituent un
vivier d’emplois et notre meilleure chance d’irriguer localement l’économie insufflée par la
commande et l’investissement public. L’ancien président de la CPME, Dominique VIENNE devenu
depuis Président du CESER et que j’ai eu l’honneur d’accompagner sur ce dossier l’avait compris en
oeuvrant avec une détermination payante à l’instauration d’un « SBA » (Small Business Act Européen
– Stratégie du Bon Achat) consistant à adapter la commande publique, en toute légalité, à la réalité
des entreprises du territoire plutôt que d’entretenir l’exclusion de nos PME, de fait, dans l’accès à
cette commande publique.
Aujourd’hui, nous nous apprêtons à vivre un véritable trou d’air économique aux conséquences
sociales très lourdes, puisque l’animateur économique régional est fragilisé et l’économie en berne
après plusieurs mois d’arrêt complet. L’inquiétude est encore plus forte lorsqu’on devine que le Plan
de relance national, décliné dans une version ultramarine spécifique pourrait servir à payer la
rallonge pour LA NRL.
Car comment comprendre qu’un « Grand Chantier » régional paralysé sans que la crise sanitaire en
soit la cause puisse « émarger » pour ne pas dire « manger » sur les crédits fléchés à la relance de
l’ensemble de l’économie au bénéfice d’entreprises déjà exclus par la nature même des grands
chantiers au nom d’un plan de relance d’après « crise » que ces entreprises du territoire ont, elles,
réellement subies ? Si pour Le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance la question du
Député Ratenon « a été (un peu) vite répondue », à savoir qu’il est « trop stupide de construire une
route qui ne va nulle part » (synonyme d’impasse) et que les fonds de relance devrait permettre de
relancer le chantier, les entrepreneurs de la Réunion, ceux qui entreprennent La Réunion, qui crée la
valeur ajoutée locale, qui sont le vivier de recrutement dans un contexte d’aggravation du chômage

(+ 6,5%) du fait de la crise sanitaire, pour ces PME comment s’effectuera la relance ? Car ce n’est pas
l’achèvement de la NRL qui leur permettra de rebondir et de sauver leurs outils de travail !
A moins de considérer ce « grand chantier » comme un élément de la crise sanitaire relevant du plan
de relance… (non, il ne s’agit pas ici d’assimiler les acteurs et auteurs de cette impasse à un virus !)
rien ne justifierait que la relance à la Réunion soit la relance de ce chantier !
C’est du Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance que vient pourtant une mesure
concrète, efficace, déjà disponible et qui permettrait de donner un « coup de boost » immédiat aux
artisans, aux agriculteurs, à l’industrie agricole, au BTP et de façon IMMEDIATE !
Le 23 juillet dernier est paru au Journal officiel un décret qui relève pendant 1 an le seuil de dispense
de procédure pour les marchés publics de travaux et de fourniture de denrées alimentaires !
Ce décret permet aux acheteurs de contracter directement (sans mise en concurrence, sans
procédures d’appels d’offre) et donc rapidement avec des entreprises.
Qu’est ce que cela signifie concrètement pour notre territoire, nos entreprises, nos salariés et nos
demandeurs d’emplois (autre que les chasseurs de roches massives) ?
Cela signifie, par exemple, que pour :
– Procéder au maintien de la distribution sociale de paniers fraîcheurs,
– Organiser des travaux de remise aux normes, de réparation, d’embellissement, d’hygiène
dans les écoles de nos enfants, nos collèges et nos lycées,
– Mettre en place les équipements pour une meilleure prise en compte de notre empreinte
écologique dans les bâtiments publics (Energie Photovoltaïque, compteurs intelligents,
isolation thermique)
– Renforcer la part de la production locale dans nos cantines scolaires,
(Et la liste est loin d’être exhaustive) nos collectivités locales sont dispensées de la lourdeur et de la
longueur des procédures et peuvent au plus vite permettre aux petites entreprises du BTP, aux PME
du secteur agricole et agro-industriel local de remplir leurs carnets de commande, sauver leur
entreprise par l’activité, embaucher et ça pour répondre à une commande publique et donc à
l’intérêt général local !
Le maire, par exemple, peut choisir directement de faire travailler tel ou tel artisan sur tel chantier de
travaux scolaires, tel autre sur la toiture de sa médiathèque et de répartir équitablement la part
d’activité pour permettre à tous de s’en sortir et de survivre.
C’est une mesure majeure, passée encore sous silence alors qu’elle constitue une véritable aubaine
pour une relance réelle de l’activité, une relance profitable à notre économie réelle, à notre tissu
économique telle qu’il est, et pour des besoins de travaux et de fournitures sur l’ensemble du
territoire à l’échelle de toutes les collectivités et établissement publics.
Si nos collectivités s’emparent de cette mesure en travaillant d’urgence à avancer le planning des
interventions en travaux pendant que « la fenêtre est ouverte » (seuil relevé) c’est toute notre
économie et notre territoire qui peut y gagner, y gagner concrètement et directement.

Bien sûr, la question de la trésorerie des collectivités et de leurs capacités financières à concentrer et
avancer leurs projets de travaux (pour le volet BTP) va se poser car si en aval les contraintes de
procédures sont considérablement levées, en amont l’aide à l’investissement (emprunts, avances de
trésorerie) avec la mobilisation exceptionnelle de la Caisse des Dépôts et de la BPI est cruciale.
C’est Là que les fonds du Plan de relance auraient ferait sens pour irriguer l’économie locale via les
collectivités locales, au bénéfice de nos TPE PME et des emplois qui en dépendent. Mais une
nouvelle « gabegie» menace les Réunionnais puisque les crédits à la Relance pourraient être
« détournés » en réparation des erreurs de montage et de conduite du chantier de la NRL.
Groupement, Région et transporteurs se montrent du doigt quand relancer notre économie grâce à
nos collectivités et nos PME n’est pas demander la lune !

Pierrick PIGNOLET

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