Tsundoku : l’art d’acheter des livres et de ne jamais les lire

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Le réseau social Gleeph est un site dédié aux amateurs de lecture permet d’échanger des conseils, de gérer sa bibliothèque et d’avoir accès à des recommandations personnalisées. Ses créateurs ont remarqué un phénomène bien étrange. Beaucoup de lecteurs achètent des livres, sans jamais les lire. Il s’agit du syndrome du Tsundoku. Ce terme japonais signifie empiler des choses en vue d’une utilisation future.

Le phénomène est né dans la bourgeoisie japonaise du 19ème siècle. Pour donner l’impression d’être cultivées, les bourgeoises achetaient des livres en quantité afin de remplir leur bibliothèque. Ainsi, lorsqu’elles recevaient, les invités se trouvaient entourés de livre, signe de culture mais aussi d’une certaine position sociale.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une quête de légitimité sociale, mais bien d’une profonde passion pour la lecture. Loin de la bibliomanie, le but n’est pas d’acheter pour acheter. Les personnes interrogées atteintes de ce syndrome affirment avoir une réelle intension de lire ces livres, de les choisir, les sélectionner en fonction de leurs goûts et envies.

Khalil Mouna travaille chez Gleeph et a essayé de percer les secrets de l’accumulation de livres à n’en plus finir ! Il affirme que plus de dix mille utilisateurs ont dans leur bibliothèque plus de cent livres non lus ! Pour lui, cette accumulation est liée à deux phénomènes : « Le premier est le manque de temps. On passe notre vie sur nos smartphones, au détriment de nos livres. Le second est la volonté de ne pas louper un bon livre. Dès qu’un livre nous est recommandé, on doit l’acheter, afin de ne pas l’oublier, de ne pas passer à côté ».

Souvent, les lecteurs aiment posséder leurs livres. Comme des objets de collections, ils sont conservés dans des lieux agréables souvent des pièces de vie. Ils font partie de nos vies, nous entourent, nous rassurent. Ce sont des objets sociaux.

Khalil Mouna affirme que c’est ce côté sécurisant qui insiste de nombreux lecteurs à continuer d’accumuler des livres. « Tout le monde est plus ou moins Tsundoku, mais on parle de syndrome quand il s’agit de dizaines de livres. Les livres sont les derniers objets culturels encore physiques. Plus grand monde n’achète des CD ou des DVD, mais des livres oui! « 

Bien que les livres numériques existent depuis une quinzaine d’années, leur consommation reste stable dans le temps. La passion des livres est aussi liée à la pratique de la lecture qu’au contact avec l’objet. Sa matérialité reste importante pour les lecteurs aguerris.

Se soigner ? 

Pour les enquêteurs, se soigner n’est pas forcément souhaitable. Beaucoup de personnes sont très heureuses d’aller à la librairie et d’en sortir avec plus de livres que de raison ! Et alors ?

Cette pile de livres peut être une réelle motivation, un moteur qui pousse à lire toujours plus. Ces livres en attente peuvent être comme un relai intellectuel, des stimulateurs. « Le tout est de ne pas perdre le goût de la lecture ! »

Khalil Mouna nous partage quelques conseils pour que les lecteurs puissent réellement lire les livres achetés :

  • Ne pas avoir peur de cette pile à lire : la placer au coeur de son environnement, la regarder tous les jours pour ne pas l’oublier. Placer un livre non-lu au milieu de sa bibliothèque, c’est le condamner à l’oubli et à un destin sans lecteur.
  • Ne pas hésiter à ne pas finir un livre. On sait rapidement si un livre nous plaît ou pas. Si ce n’est pas le cas, autant prendre le suivant de la pile !
  • Choisir des livres qui nous plaisent vraiment et pas des livres qu’on aimerait qui nous plaisent ou que nous sommes supposés apprécier.
  • Se faire des rituels de lectures : se définir des moments de lecture précis, dans un lieu agréable. Faire de ce moment de lecture un moment particulier, privilégié… parfait?

Et un petit dernier, très paradoxal au premier abord :

  • Regarder le maximum de recommandation de livres sur les plateformes ou chez son libraire. Les lecteurs prennent cela comme un jeu parfois, une chasse au livre parfait. Sur les applications par exemple, à l’instar de la quête de l’amour, certains swipe pour trouver le livre parfait! Finalement, plus on regarde de livre, moins on en achète, car la peur de louper le bon livre diminue au milieu des bouquins.

Comme disait Oscar Wilde, « Le seul moyen de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder. Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu’elle s’interdit. »

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