Une table ronde organisée à Paris sur « les revirements politiques dans les Outre-Mer »

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La Réunionnaise Yola Minatchy (avec la robe orange sur notre photo de Une) a organisé, ce samedi 21 mai 2022, à Paris, une table ronde afin d’analyser « Les revirements politiques des Outre-Mer, entre acte de désespérance et déni de l’histoire collective », entourée de Talents de l’Outre-Mer : Bruno Sainte-Rose, Olivia Grondin, Joëlle Otz, Yohann Corvis, Alexandre Gelbras, et du président du Casodom, Jean-Claude Saffache, etc…

Le Réseau des Talents de l’Outre-Mer, association de loi 1901 crée en 2011 à Paris regroupe 328 Talents ultramarins, qui ont reçu les prix « Jeunes Talents » ou « Talents confirmés » pour leur parcours d’excellence dans nombre de catégories socio-professionnelles. Ces prix sont décernés tous les deux ans depuis 2005 par le Comité d’Actions Sociales en faveur des Originaires des Départements d’Outre-Mer.

 Le Réseau des Talents de l’Outre-Mer, présidé par Yola Minatchy, première réunionnaise lauréate du prix en 2005, avocate au barreau de Bruxelles, mais aussi artiste plasticienne, regroupe des patriotes soucieux du devenir de leur terre natale. Lesquels mènent bénévolement nombre d’actions de solidarité afin d’attester qu’il existe un catalogue varié de l’excellence ultramarine dans des secteurs de pointe sur la scène internationale, en France et dans nos territoires.

Par exemple, vent debout contre la fuite des cerveaux ultramarins aux quatre coins du monde, la réunionnaise plaide depuis 2005 afin d’encourager le retour des Talents au pays natal, ou pour une mise en service des compétences au profit des Territoires, même à distance.

Autre exemple, le Réseau a mis aussi en place des mentorats par filière afin de soutenir et de tirer les plus jeunes ultramarins, parfois en proie à des difficultés, par un effet d’entraînement vers le haut.

Cette « élite » incarne et inspire une nouvelle attitude qui agit sans attendre une aide concrète de l’Etat afin de servir leur peuple, leur territoire. Ils ont fait de longue date leur précepte du : « ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays».

 Yola Minatchy a déclaré : «notre réseau est entièrement apolitique au sens de politique partisane. J’organise cependant cette table ronde sur ce sujet car je reste vivement interpellée par le fait que des territoires qui ont souffert des affres de l’esclavage, de la déportation, de l’engagisme plébiscitent au second tour des élections présidentielles un parti d’extrême droite, menant une sorte de politique sociale certes, mais dont le socle fondateur reste la catégorisation raciale (…) On peut relever plusieurs niveaux de lecture et causes profondes. Je ne doute pas que cette volatilité électorale, de l’extrême gauche à l’extrême droite, d’un tour à l’autre, résulte du sentiment d’abandon de tout un peuple océanique. Il traduit une défiance certaine vis-à-vis de l’Etat qui n’a pas été en mesure depuis la départementalisation de 1946 de résorber les retards de développement, les inégalités flagrantes, les taux exorbitants de chômage, de pauvreté, et ce, bien que l’Outre-Mer recèle d’atouts considérables qui contribuent à la grandeur de la France : 97% de la surface maritime française se situe en Outre-Mer, 80% de la biodiversité française se trouve dans les Outre-Mer, etc (…)

Notre réseau milite depuis plus d’une décennie en faveur d’une planification plus adaptée au potentiel de chaque territoire, et surtout suivie d’effets en matière de développement réel des Outre-Mer (…) Nous considérons par ailleurs que nous, ultramarins, incarnons nous-même les acteurs de notre propre développement, même si l’Etat aurait pu nous accompagner avec plus d’acuité (…) »

La martiniquaise Audrey Célestine (photo ci-dessus), Politologue, sociologue, auteur de Des vies de combat, femmes, noires et libres, Talent de l’Outre-Mer 2007, précise à son tour : « il manque des enquêtes approfondies et des données pour faire sens des résultats électoraux des différents territoires. La sidération face aux résultats dans de nombreux milieux invite précisément à encourager la recherche de qualité sur les sociétés et les comportements politiques dans les différents outre-mer. »

Le Talent Denis Pourawa, auteur, poète originaire de Nouvelle-Calédonie plaide à son tour à la table ronde afin « d’enclencher un processus de réconciliation débutant au sein des institutions, entre les élus ultramarins et le peuple, par un travail pédagogique lié à l’écriture et à la parole. »

La martiniquaise Line Numa Bocage, Professeur des Universités Cergy-Paris, directrice-adjointe du laboratoire Bonheurs qui réfléchit sur les pratiques, la didactique, et le développement des personnes, regrette également le manque de données quantitatives et qualitatives indispensables pour éclairer la compréhension des phénomènes de votes, notamment en ce qui concerne les jeunes, « qui ont besoin de s’exprimer et d’être entendus. »

Yola Minatchy a clôturé les débats en insistant par ailleurs vivement vis-à-vis des élus, des enseignants pour qu’une plus grande pédagogie soit mise en place concernant l’idéologie politique dans le discours public : plus d’explications sur la signification des partis politiques. Ces talents des Outre-Mer ne souhaitent pas être spectateurs de la destinée de leur territoire mais des acteurs responsables, un bataillon en marche pour la construction d’une Outre-Mer nouvelle.

Yves Mont-Rouge

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2 Commentaires

  1. « …demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ».
    Pas convaincu que du « JFK » permettra de sortir le million d’ultramarins de leur merdier social.
    Chacun de ces talents méritants ont, outre des capacités cognitives réelles, eu la chance, le hasard d’une rencontre : un parent, un éducateur, un entraîneur,…qui a permis leur éclosion.
    Tout ramener à de la gnac et du travail est au mieux de la naïveté au pire de la mauvaise foi.
    Seul un changement de paradigme au niveau de l’État français pour ses anciens comptoirs devenus au fil des mauvaises décisions s’empilant les unes aux autres, les « confettis de l’Empire » pourra y faire quelque chose.
    Sinon on restera sur le modèle présent : un marigot généralisé et une mise en exergue à intervalles réguliers de quelques « Hasards Heureux » (au sens pascalien) et le jeter à la figure des autres : regardes, toi aussi tu peux y arriver en te tirant les doigts du c….
    Bref du story-telling affligeant, mensonger et surtout tellement culpabilisant dans la plus pure pensée philosophique judéo-chrétienne et coloniale. Du « Fo-Kon-Ya-Ka ».
    Des mesures concrètes pour remédier au soi-disant « Ascenseur social en panne » existes et sont déjà appliquées en toute discrétion.
    Elles sont juste réservées à une caste de privilégiés : appartenance confessionnelle, familiocratie (aristocratie et grand-bourgeoisie), copinage, retour de bons services, échanges de bons procédés, odalisques et autres courtisans, courtisanes, mignons et mignonnes, favoris et favorites des Seigneurs en place.
    C’est ainsi que fonctionne ce pays depuis plusieurs siècles par le fait du Prince et le népotisme.
    La Vième République de « Gaulle-Debré-Rotschild » n’a fait elle que valider et généraliser la gangrène de la corruption, la renforcer de façon réglementaire (promotion au Choix, au Grand Choix, tour Intérieur, tour Extérieur,…) autant d’artifices pour nommer ceux choisis aux postes voulus et amplifier l’indicible jusqu’à le rendre écœurant « ad nauseam ».
    Emmanuel Macron incarne par excellence aujourd’hui cette caste de privilégiés, qui se targue de parcours scolaires brillantissimes (réels ou supposés). De la « Méritocratie républicaine » pur jus.
    Macron a le grand mérite de mettre à bas toute cette mascarade « républicaine ».En fermant définitivement les Grands Corps de l’État : ENA, Préfectorale et Ambassadeurs, il se débarrasse de toutes ses fioritures qui étaient là pour « opiumer » le peuple.
    Il pourra choisir maintenant de nommer celui qu’il aura choisi sans fard aucun.
    Comme il a pu élever son précieux Benalla de simple gendarme à Lieutenant-colonel, d’un seul trait de plume.
    La seule différence pour les régimes français depuis 1830…l’information qui circule et qui s’incruste en dehors des « médias, perroquet-laquais du Pouvoir en place »..
    Au-delà des déclarations d’intention grandiloquentes, deux choix s’offrent à ce réseau balbutiant : se faire connaître davantage, de la lisibilité et donc de l’influence grandissante, ce qui permettra à certains du réseau de gratter un ou deux « fromages de la République », tout comme les autres réseaux existants depuis des lustres. Soit de rédiger des propositions de promotion sociale et de les faire porter par le parti politique adéquat.
    It’s up to You !!!

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